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Afghanistan : la loya jirga appelle à un cessez-le-feu "immédiat et permanent"

Premier jour de la loya jirga à Kaboul, le 29 avril 2019
Premier jour de la loya jirga à Kaboul, le 29 avril 2019 -
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La loya jirga, vaste assemblée de hauts dignitaires afghans, s'est conclue vendredi à Kaboul sur un appel à un cessez-le-feu "immédiat et permanent" en Afghanistan, que les talibans ont aussitôt implicitement rejeté.

"Afin de respecter la volonté et les exigences de la majorité de la population (...) le gouvernement de la République islamique d'Afghanistan et le mouvement taliban doivent déclarer et appliquer un cessez-le-feu immédiat et permanent dès le premier jour du ramadan", affirme la résolution concluant cette solennelle assemblée.

Plus de 3.200 politiciens, responsables religieux, dirigeants communautaires et membres de la société civile y participaient depuis lundi dans la capitale afghane, sous très haute sécurité.

Dans son discours de clôture, le président Ashraf Ghani s'est dit "prêt à mettre en œuvre l'exigence juste et légitime du peuple" d'un cessez-le-feu, mais a souligné que "cela ne peut se faire que d'un seul côté".

"Si les talibans sont pleinement prêts pour le cessez-le-feu, alors nous pouvons parler des détails techniques", a-t-il lancé devant la loya jirga ("grande assemblée" en langue pachtoune). Il a également proposé "en signe de bonne volonté" la libération de 175 prisonniers talibans. "J'attends votre réponse", a lancé M. Ghani à l'adresse des rebelles.

Mais ces derniers ont implicitement décliné l'offre dans un communiqué, se bornant à répondre que "les moudjahidines essaieront de ne pas infliger de pertes aux civils pendant et après le ramadan", qui devrait débuter dimanche ou lundi.

- Dialogue inter-afghan -

Cette réponse laconique devrait susciter une immense déception parmi la population afghane comme au sein de l'assemblée.

Tous les participants avaient en mémoire le cessez-le-feu de trois jours observé en juin 2018 à la fin du ramadan, le premier depuis qu'une coalition internationale menée par les Etats-Unis avait chassé les talibans du pouvoir en 2001. Des scènes sans précédent de fraternisation s'étaient alors déroulées entre la population, les insurgés et des membres de l'armée afghane.

M. Ghani a souhaité relancer cet espoir en appelant "les talibans à se préparer à des négociations de paix à l'intérieur de l'Afghanistan" et "à ramener la paix chez eux", suscitant les vivats des milliers de représentants.

Dans leur communiqué, les talibans ont indiqué être "occupés à discuter avec les Etats-Unis" dans des pourparlers séparés au Qatar. Mais "une fois qu'un accord aura été conclu avec eux, la prochaine étape sera de parler aux Afghans en Afghanistan", ont-ils promis.

- "Embrasser la paix" -

Les insurgés, qui avaient rejeté une invitation de M. Ghani à participer à la loya jirga, rencontrent depuis mercredi à Doha l'émissaire américain pour la paix, Zalmay Khalilzad, pour un nouveau round de négociations de paix.

Les autorités afghanes, qualifiées de "marionnettes" de Washington par les insurgés, ont jusqu'à présent été tenues à l'écart de ces discussions bilatérales, démarrées il y a plusieurs mois.

"J'ai souligné aux talibans que le peuple afghan, leurs frères et sœurs, souhaite la fin de cette guerre. Il est temps de déposer les armes, d'arrêter la violence et d'embrasser la paix", a tweeté vendredi M. Khalilzad.

Les thématiques d'un cessez-le-feu, d'un dialogue inter-afghan, d'un calendrier de retrait des troupes étrangères et des assurances en matière de contre-terrorisme constituent "quatre questions interdépendantes", a-t-il ajouté.

"Rien ne sera définitif tant que nous ne nous serons pas mis d'accord sur les quatre questions", a-t-il insisté.

L'envoyé spécial américain "devrait oublier l'idée que nous déposerons les armes", lui a répondu sur Twitter le porte-parole des talibans Zabihullah Mujahid.

Parmi les 23 points de la résolution finale de la loya jirga, censée définir les limites d'un accord de paix avec les talibans, sont également évoqués "un calendrier de retrait des troupes de l'Otan", la préservation de la Constitution et de "tous les droits des Afghans, y compris les droits des femmes", l'ouverture d'un bureau politique des talibans à Kaboul ou encore un échange de prisonniers.

La Mission des Nations Unies en Afghanistan a indiqué qu'elle soutenait l'appel au cessez-le-feu et se tenait prête à "aider les parties à mettre un terme au conflit".

Malgré ces demandes de fin des combats, la guerre suit son cours meurtrier en Afghanistan, tuant des milliers de civils et de combattants chaque année. Les forces américaines continuent de former leurs partenaires afghans sur le terrain et de mener des frappes aériennes dans le but de pousser les talibans vers un règlement politique.

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