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Au coeur de la Hongrie d'Orban, UE rime avec "immigration"

Un panneau à l'entrée de la ville de Csorna, le 25 avril 2019 en Hongrie
Un panneau à l'entrée de la ville de Csorna, le 25 avril 2019 en Hongrie -
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ATTILA KISBENEDEK
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A Csorna, dans la plaine hongroise, l'Union européenne a participé au financement d'un hôpital, d'un contournement routier et de l'évacuation des eaux. Mais pour les habitants de cette paisible bourgade, l'Europe est avant tout une institution "trop libérale avec les migrants".

Seuls signes visibles de la campagne pour le scrutin européen du 26 mai dans ce chef-lieu de 10.000 habitants, les affiches du Premier ministre souverainiste Viktor Orban barrées du slogan "Stop à l'immigration !"

Le spectre d'une "invasion migratoire" et d'une submersion des "populations chrétiennes" par des musulmans constitue depuis 2015 le fil rouge de la rhétorique de Viktor Orban, confortablement réélu il y a un an pour un troisième mandat consécutif. Au prix d'un antagonisme croissant avec les institutions européennes.

Avec 65% des suffrages, le parti Fidesz du Premier ministre a réalisé son meilleur score dans la circonscription de Csorna, à 150 kilomètres de Budapest, où la plupart des habitants rencontrés par l'AFP font bloc autour de la politique migratoire du dirigeant.

"L'Europe s'est montrée trop libérale avec les migrants, il n'y a pas besoin de plus de musulmans", assure Istvan Balassa, 49 ans, un vendeur de langos, le beignet traditionnel hongrois.

Il est reconnaissant à Viktor Orban de "résister à Bruxelles" tandis que Borbely Ferencne, une habitante de 56 ans, est rassurée par la clôture barbelée érigée par Budapest à la frontière avec la Serbie: "Elle les tient dehors", dit-elle à propos des demandeurs d'asile.

Cette employée d'un jardin d'enfants juge que l'UE consacre trop d'argent à aider les migrants "et ne gère pas bien la question migratoire".

- Aides 'méritées' -

L'Union européenne a été généreuse avec la Hongrie qui, à l'instar des anciens pays du bloc communiste, bénéficie toujours d'importants fonds communautaires destinés à combler le retard de la région dans les infrastructures.

A Csorna, cet argent a notamment contribué au financement d'un contournement routier de la ville, d'une aile de l'hôpital et de la rénovation du système d'évacuation des eaux.

Sur la piste cyclable, elle aussi cofinancée par des fonds européens, un cycliste estime que ces aides sont un juste retour des choses: "la Hongrie a ouvert son marché aux entreprises européennes et mérite l'argent qu'elle reçoit".

"C'est un message très répandu, observe Jozsef Papp, l'ancien maire socialiste de la ville. Beaucoup estiment que l'argent versé à la Hongrie n'est qu'une fraction des bénéfices réalisés dans le pays par les entreprises européennes".

L'ex-élu de 59 ans, aujourd'hui retiré de la politique, perçoit "un sentiment d'hostilité croissant" de ses concitoyens envers l'UE. Même si selon un récent sondage Eurobaromètre, 82% des Hongrois plébiscitent le maintien dans l'union alors que le chômage, à 3,6%, est à son plus bas historique grâce notamment à l'implantation de nombreuses usines automobiles allemandes.

- Recul du pluralisme -

A Csorna, où l'on ne voit pas la trace d'un migrant, aucune autre affiche de campagne que celles de la majorité n'est repérable. "Aujourd'hui, 70 à 80% des Hongrois n'entendent que la propagande du gouvernement", s'indigne Akos Hadhazy, député indépendant, élu d'une autre circonscription.

Les partis d'opposition affirment ne pas avoir un accès équitable aux supports d'affichage détenus par des sociétés proches du pouvoir. Le mois dernier, ils ont manifesté devant le siège de la télévision publique, estimant qu'elle ne relaie que les messages de la majorité.

Au même moment, les chaînes d'Etat diffusaient en boucle des reportages alarmistes sur des "caravanes de migrants" essayant de rallier la Hongrie depuis la Grèce.

Le recul du pluralisme des médias en Hongrie a fait l'objet de plusieurs rapports inquiétants d'organisations indépendantes, comme Reporters sans Frontière. Selon une étude de l'institut d'analyse des médias Mertek, près de 78% du chiffre d'affaires des médias hongrois est généré par des entreprises contrôlées ou proches du Fidesz.

Ancien membre du Fidesz, aujourd'hui engagé dans la lutte contre la corruption, Akos Hadhazy estime que l'argent de l'UE a aidé des proches du gouvernement à bâtir ce système de contrôle des médias.

Gyorgy Szabad, un chauffeur de bus de Csorna, considère que "l'argent de l'UE est gaspillé en investissements inutiles, trop chers, attribués à des amis du pouvoir, sans aucune concurrence".

En mars dernier, l'agence antifraude de l'UE (Olaf) a ouvert une enquête sur un projet d'usine de panneaux solaires qui devait voir le jour à Csorna en 2015 avec six millions d'euros d'aide de l'UE. Un bâtiment a été construit mais l'usine n'a pas ouvert.

Cette enquête est "en cours", a déclaré à l'AFP le service de presse de l'Ofaf. Ni le député Fidesz de la région de Csorna, ni le responsable local du parti n'ont donné suite aux demandes d'entretien de l'AFP.

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