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L'épave de la honte exposée à Venise

L'épave de la honte exposée à Venise
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L'épave du pire naufrage de migrants en Méditerranée, en avril 2015, sera exposée à la Biennale d'art contemporain qui s'ouvre samedi à Venise, comme une invitation à la réflexion sur un des phénomènes majeurs du XXIe siècle.

Dans la nuit du 18 au 19 avril 2015, ce bateau de pêche chargé d'un millier de migrants a percuté un cargo portugais envoyé à son secours et a coulé à pic, sous les yeux horrifiés de l'équipage qui n'a pu sauver que 28 personnes.

Le gouvernement de l'époque, dirigé par Matteo Renzi (centre gauche), avait décidé d'aller rechercher l'épave qui gisait par 370 mètres de profondeur pour l'amener en Sicile afin de tenter d'identifier les victimes et leur donner une sépulture digne.

Par une ouverture rectangulaire que l'on distingue nettement sur les flancs balafrés de cette grosse barque à la peinture bleue et rouge écaillée, les pompiers sont allés récupérer les restes des centaines de personnes entassés dans la coque.

Des dizaines de médecins-légistes se sont relayés pour participer à l'examen des 800 à 900 victimes. Ils ont retrouvé des documents du Soudan, de Somalie, du Mali, de Gambie, d'Ethiopie, du Sénégal, de Côte d'Ivoire, d'Erythrée, de Guinée Bissau et du Bangladesh.

Ils ont aussi trouvé des petits sachets de terre que certains emmenaient de leur pays et le bulletin scolaire qu'un adolescent avait cousu dans ses vêtements comme passeport pour une nouvelle vie.

Les victimes sont désormais inhumées dans différents cimetières de Sicile et l'épave, au départ promise à la destruction, a été finalement été préservée pour intégrer un projet de "Jardin de la mémoire" en Sicile.

Mais en attendant, l'artiste suisse Christoph Buchel a obtenu l'autorisation des autorités italiennes et du Comité du 18 avril - qui représente les victimes - pour transporter et exposer l'épave à Venise dans le cadre de son projet "Barca Nostra" (Notre barque).

Elle est exposée à l'Arsenal, les immenses chantiers navals vénitiens. Aucune installation autour, aucune explication devant. "C'est un lieu silencieux, à l'abri du bruit, une invitation au silence et à la réflexion", a expliqué à la presse le président de la Biennale, Paolo Baratta.