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Au coeur de l'Amérique, les inondations submergent les agriculteurs

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Déjà affectés par la guerre commerciale entre Washington et Pékin, les agriculteurs de l'Etat rural du Nebraska (centre) luttent depuis deux mois contre des inondations exceptionnelles, qui ont détruit des champs entiers, perturbé les moissons et retardent les semis.

D'Omaha, célèbre pour être la ville natale du milliardaire Warren Buffett, à la frontière nord avec l'Iowa, autre Etat du grenier agricole du pays, l'autoroute W275 traverse un paysage décimé.

Parmi les arbres terrassés et pieds de maïs envahis par les eaux, la boue s'est installée, et le sable a envahi certains champs. Les eaux des rivières, comme l'Elkhorn, sont encore à des niveaux anormalement élevés.

Il n'est pas rare de tomber sur un panneau "Road closed", annonçant qu'une route a été fermée parce qu'inondée au point de ressembler à un canal.

Des ponts, des barrages et des digues ont cédé sous la force des eaux de la rivière Missouri coupant l'accès à certaines localités et à de nombreux services et infrastructures publics.

- "Coincé"-

En ces premiers jours du mois de mai, certaines vaches ont regagné les enclos. Mais les éleveurs font encore l'inventaire de leurs pertes, entre les bêtes mortes et celles rendues malades par les eaux sales.

"Une partie du bétail a été coincé dans les inondations et on ne pouvait rien faire", raconte Jim Dinklage, exploitant à Orchard, à trois heures en voiture d'Omaha.

Non loin de son ranch, les averses diluviennes ont créé un îlot dans un champ de maïs.

"Il y a 93 comtés dans le Nebraska et l'état d'urgence a été déclaré dans 81 comtés, ce qui inclut 104 villes et cinq réserves indiennes. Au total 85% de l'Etat du Nebraska a été affecté soit par les inondations, soit par le blizzard de mi-mars", explique à l'AFP Steve Wellman, le directeur du département de l'Agriculture.

Les dommages sont estimés à 400 millions pour les éleveurs de bétail et 440 millions de dollars pour les céréaliers.

Dans cet Etat, troisième producteur de maïs et deuxième d'éthanol aux Etats-Unis, l'agriculture est le premier secteur économique: un emploi sur quatre est lié au secteur.

Chez Ruth et Sid Ready à Scribner, l'heure est aux comptes, d'autant que la fenêtre des semis de maïs, de la mi-avril au 10 mai de préférence, est en train de se refermer et que celle des sojas, jusqu'au 1er juillet se rétrécit.

"Si on ne sème pas au printemps, on sera sans revenu toute l'année", assène Ruth, expliquant qu'il y a actuellement trop d'eau dans le sol, ce qui réduit les surfaces cultivables et risque d'affecter la qualité de la récolte.

- "Explosif" -

Ruth et Sid, qui élèvent également des vaches, estiment que leurs coûts vont doubler cette année.

Hormis des dépenses fixes -- prêts liés à la terre, crédits pour l'achat des tracteurs et impôts -- et des frais variables (graines, engrais, fertilisants et produits chimiques), les coûts de transport des marchandises ont doublé en raison du mauvais état des routes.

"C'est un cocktail explosif", conclut Sid, ajoutant qu'il y a un autre coût inestimable: la disparition de longues années d'efforts pour régénérer, entretenir et accroître la fertilité et la productivité des sols à l'aide d'éléments nutritifs.

"Il faut des générations pour développer des sols fertiles et tout ça vient de disparaître", renchérit Ruth.

Les appels d'agriculteurs désespérés ont doublé en un an sur la ligne rouge mise en place par l'association Interchurch Ministries Nebraska (IMN) pour leur apporter une aide psychologique.

Face à cette détresse, différentes aides ont été annoncées dont un étalement des échéances, le rééchelonnement de la durée des prêts, la possibilité de les renégocier et une diminution du taux d'emprunt...

Ces inondations tombent au moment où les revenus des agriculteurs sont en baisse, de l'ordre de 50% depuis 2013, tandis que leurs dettes ont augmenté d'un tiers atteignant des niveaux inédits depuis les années 80.

Cette précarisation, alimentée par une chute des prix des matières premières agricoles, est exacerbée par le conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine, destination clé pour les récoltes américaines.

"Nos produits sont les plus affectés par la guerre commerciale", souligne Sid Ready. Cela ne l'empêche pas d'applaudir le président Donald Trump qui veut rééquilibrer, selon lui, les échanges.

En attendant, les ventes de soja américain ont plongé de 75% en 2018 comparé à 2017, selon l'American Soybean Association (ASA).

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