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Guy Verhofstadt, chef des libéraux et démocrates, veut une Union Européenne plus forte

Guy Verhofstadt, chef des libéraux et démocrates, veut une Union Européenne plus forte
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Dans cette édition de Raw Questions, notre série d'émissions à l'approche des élections européennes dans laquelle vous posez vos questions aux candidats à la présidence de la prochaine Commission. Guy Verhofstadt, est l'un des candidat de l'Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), pour remplacer l'actuel président, Jean-Claude Juncker.

Verhofstadt est "une grande bête" du Parlement européen qui n'est pas étrangère aux projecteurs. Il est l'un des plus éminents eurodéputés libéraux d'Europe.

Député européen depuis 2009 et président du groupe parlementaire Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe (ADLE), il a été aux premières loges dans les plus grands débats d'Europe durant lesquels les dirigeants se sont affrontés. Il a notamment été le fer de lance de l'approche du Parlement européen à l'égard de Brexit au cas où Theresa May se retirerait.

Mais l'actuel eurodéputé sait ce que c'est que de siéger à un tel poste. Guy Verhofstadt a été premier ministre de sa Belgique natale pendant près d'une décennie. Il a introduit le mariage homosexuel en 2003 et sur la scène mondiale, il a résisté aux objectifs britanniques et américains de participer à l'invasion de l'Irak.

Guy Verhofstadt croit en une réponse européenne commune à la crise migratoire, et se fait le champion de la transition vers l'énergie propre. Il souhaite renforcer la coopération européenne en matière de défense afin de renforcer le rôle de l'Union sur la scène mondiale. Souvent accusé d'essayer d'anéantir la souveraineté nationale.

Ce vétéran de Bruxelles croit que plus d'Europe est la réponse aux problèmes de l'Union.

"Je n'ai rien fait d'autre que de la politique dans ma vie"

Darren McCaffrey : "Je ne pense pas que l'on puisse nier que vous avez un CV impressionnant sur bien des points, mais est-ce que ça ne jour pas contre vous d'être un politicien avec une carrière établie. Cela n'est peut-être pas vraiment en adéquation avec des Européens ordinaires?"

Guy Verhofstadt : "C'est vrai, je n'ai rien fait d'autre que de la politique dans ma vie. J'ai commencé comme conseiller municipal à Gand, j'ai débuté ma carrière dans ma ville. Et puis je suis entré dans la politique nationale. Il est donc vrai que la seule chose que je connais, c'est la politique. Mais je ne pense pas que ce soit un problème. J'ai essayé de faire de la politique avec passion et vision parce que je pense que ce sont les deux principaux éléments qui font un bon politicien; Il ne doit pas courir derrière l'opinion publique mais essayer de former l'opinion publique".

MIGRATION

Question d'un téléspectateur, Giacomo Orsini : "Vous avez souvent parlé au parlement d'une crise politique au sujet des migrants, et je dirais que le monde universitaire est d'accord pour dire que les données confirment qu'il s'agit d'une crise politique. Alors avez-vous l'intention d'aller au-delà de cette crise politique sur la migration si vous devenez président ?"

Ma priorité sera de faire face à toutes ces tragédies en Méditerranée en établissant ces trois piliers : la garde côtière et frontalière européenne, une politique et des critères européens communs en matière d'asile et, en même temps, une politique économique européenne de migration".
Guy Verhofstadt

Guy Verhofstadt : "Les nationalistes et les populistes montrent du doigt l'Europe. Mais ce n'est pas l'Europe qui est à l'origine de cette crise, c'est l'absence de politiques européennes. Il n'y a pas de garde-frontières et de garde-côtes européens, premier point. Il n'existe pas de système d'asile européen parce que le système de Dublin existant est essentiellement le contraire d'un système européen. Il n'existe certainement pas de système européen d'immigration économique, donnant la possibilité aux personnes de venir légalement en Europe".

Darren McCaffrey : "Comment rapprocheriez-vous l'Europe derrière une politique d'immigration qui fonctionne pour l'ensemble du continent ?"

Guy Verhofstadt : "En utilisant la règle de la majorité.... Aujourd'hui, ce que fait le Conseil européen, les États membres l'ont décidé, c'est que toutes ces politiques doivent être définies à l'unanimité. Vous savez très bien que si c'est à l'unanimité, cela n'arrivera jamais et ne fonctionnera jamais. Il y aura toujours un pays qui dira : "Je n'y crois pas, je ne le suis pas". Donc, la première chose à faire est d'appliquer le traité. Parce qu'il est bien dit dans le Traité que cela doit être adopté avec la règle de la majorité."

Tesa Arcilla : "Nous avons vu des bateaux en attente de sauvetage, nous avons vu des frontières fermées. Que dites-vous à ces dirigeants, comment les interpellez-vous ?"

Guy Verhofstadt : "C'est une attitude purement scandaleuse de faire des politiques sur le dos des gens. Organisons une garde-frontière et des gardes-côtes, donnons aussi la possibilité à ces personnes, ces migrants, ces réfugiés de demander l'asile non pas en Europe mais aussi aux frontières de l'Europe, par exemple dans nos ambassades, nos consulats en Egypte, en Libye, hors de nos frontières. Dans ces circonstances, les gens ne seraient pas obligés de sauter entre les mains de ces trafiquants d'êtres humains".

"Les Etats-Unis d'Europe"

Darren McCaffrey : "Passons à notre prochaine question sur Facebook. Elle nous vient de Sophie Auréniane, originaire de Paris en France. Elle veut savoir : deviendrons-nous un jour les États-Unis d'Europe ?"

Guy Verhofstadt : "Le premier livre que j'ai publié sur l'Europe remonte à 2005/2006 et son titre était Etats-Unis d'Europe. J'étais encore Premier ministre membre du Conseil européen et mes collègues m'ont dit : "vous êtes fou Verhofstadt, vous voulez créer les Etats-Unis d'Europe ?" Mais ce n'est pas une idée nouvelle : le premier, je crois, à utiliser ce mot a été Victor Hugo, un écrivain célèbre qui a dit - au XIXe siècle - que l'avenir de ce continent, c'est les États-Unis d'Europe.

Tesa Arcilla : "Est-ce que ce n'est pas nier le simple fait que beaucoup de pays ont des vitesses de développement économique différentes, que tout le monde n'est pas sur la même longueur d'onde, que tout le monde n'a pas la même règle de droit, la même protection. Alors, comment pouvez-vous avoir les Etats-Unis d'Europe ?

Guy Verhofstadt : "C'est la même chose aux États-Unis d'Amérique."

Tesa Arcilla : "Ils n'ont pas de pays différents avec des histoires différentes."

Guy Verhofstadt : "Ce n'est pas vrai : ils sont 50 États différents , ils ont 50 drapeaux différents, 50 armées différentes. Il y a même une différence dans la peine de mort, que nous n'avons pas en Europe. Les États-Unis d'Europe sont un moyen d'organiser une action commune au niveau européen en reconnaissant, en garantissant l'autonomie des États membres. Je ne veux pas d'un super-État, je suis contre un super-État européen. Je ne veux pas d'un système où tout est décidé par Bruxelles à la Commission européenne. Je veux un système dans lequel il y a une valeur ajoutée au niveau européen, faisons-le au niveau européen".

Darren McCaffrey : "Mais le problème fondamental n'est-il pas que vous perdez cette bataille? Nous assistons à la montée de l'euroscepticisme ; le deuxième plus grand pays de l'Union européenne est, nous pensons, sur le point de partir. Vous pourriez vous retrouver dans la minorité en Europe, dans laquelle les gens ne veulent pas vivre aux États-Unis d'Europe."

Guy Verhofstadt : "C'est le contraire. Depuis le Brexit, nous constatons que dans tous les pays de l'Union européenne, il y a une large majorité en faveur du projet européen. Les gens ne sont pas contre le rêve européen, les gens ne sont pas contre le projet européen. Les gens s'opposent à la manière dont nous traduisons ce projet européen dans l'Union européenne d'aujourd'hui. C'est ça leur problème. Ils disent oui, mais nous ne parvenons pas à traduire ces coopérations européennes en actions concrètes, par exemple en matière d'immigration, de défense européenne, etc."

"Ce que nous devons faire, c'est réformer l'Union européenne"

Darren McCaffrey : "Comprenez-vous les préoccupations des électeurs qui se tournent vers les partis d'extrême droite et les partis populistes parce qu'ils ne comprennent pas la direction que prend l'UE et les politiques européennes dans des domaines comme la migration ?"

Guy Verhofstadt :

"Je ne suis pas non plus à l'aise avec la direction de l'Union européenne. Mais la solution aux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui n'est pas de revenir à une rhétorique nationaliste et populiste du XXe siècle. Ce que nous devons faire, c'est réformer l'Union européenne, c'est-à-dire, par exemple, établir une Commission européenne qui sera remplacée par des gouvernements européens, un petit gouvernement européen et non une grande Commission européenne. C'est par exemple de remplacer, pour éviter le gaspillage d'argent que nous avons en Europe, nos militaires par une armée européenne, c'est aussi remplacer les mauvaises politiques des États membres en matière de migration à la frontière européenne, et ainsi de suite."

Darren McCaffrey : "C'est encore plus d'Europe".

Guy Verhofstadt : "Non, non, non, vous dites cela, mais je pense exactement le contraire lorsque je dis, par exemple, que nous n'avons pas besoin d'une commission européenne de 28 membres, mais d'un gouvernement européen de 12 ou 15 ministres . Ce n'est pas une Union Européenne plus grande, c'est une Union plus efficace."

"Faire du changement climatique une condition préalable à la conclusion d'accords avec l'Europe"

Anuna De Weve, télespectatrice :

"Nous sommes actuellement confrontés à une crise existentielle et rien n'a été fait sérieusement pour la prévenir. Je vous demande donc ce que vous allez faire dans votre parti en Europe pour lutter sérieusement contre la crise climatique ?"

Tesa Arcilla :

"Le climat devient également un sujet électoral sérieux, alors qu'allez-vous faire?"

Guy Verhofstadt :

"Nous voulons passer d'une approche défensive du changement climatique à une approche plus offensive du changement climatique et cela signifie deux choses : la première est de faire du changement climatique une condition préalable à la conclusion d'accords avec l'Europe. Notre force est un énorme marché commun de 400/500 millions de consommateurs et de personnes. Dans les négociations avec la Chine, avec les États-Unis, nous devons utiliser ce poids pour dire par exemple à Trump : si vous voulez un accord de libre-échange avec nous, vous devez appliquer l'accord de Paris sur le changement climatique."

Tesa Arcilla : "Ce qu'il ne fera jamais".

Guy Verhofstadt : "Vous dites que demain, il peut y avoir un autre président, on ne sait jamais. Si nous n'utilisons pas cet argument, il ne changera jamais d'avis naturellement. C'est donc la première chose à faire. Et la deuxième, à mon avis, c'est de créer ce que j'appelle des champions européens de la transformation de notre économie en une économie plus respectueuse de l'environnement. Par exemple : le leader mondial sur vos batteries, la plus grande entreprise mondiale sur l'hydrogène".

BREXIT : "Je pense qu'il y aura un grand combat dans cette élection"

Darren McCaffrey : " Les gens disent que vous faites campagne. Jacob Rees-Mogg, l'un des principaux pro-Brexit, a dit que vous devriez venir plus souvent parce que vous êtes formidable pour les Brexiteur, car vous encouragez le soutien au Brexit en y menant votre campagne."

Guy Verhofstadt : "J'étais là pour soutenir Vince Cable, le LibDem, le parti le plus pro-européen là-bas. Ce que je vois, c'est qu'il est vrai que les conservateurs sont pénalisés par ce nouveau parti et par le parti Brexit, mais d'un autre côté, vous voyez une concentration des électeurs pro-européens sur le LibDems. Je pense qu'il y aura un grand combat dans cette élection - et je n'ai jamais été en faveur de ces élections - Un grand combat entre, d'une part, le parti pour le Brexit et, d'autre part, le parti LibDem, le parti le plus pro-européen en Grande-Bretagne. Voyons ce qui va se passer. C'est la démocratie."

Tesa Arcilla : "Nous avons une question de Susan dans le Hampshire, au Royaume-Uni : "Vous avez déclaré que l'une de vos principales raisons de venir et de rejoindre Vince Cable était d'envoyer un message clair aux peuples d'Europe pour ne pas copier l'exemple des Britanniques sur le Brexit. La question que je vous pose est la suivante : qu'est-ce qui, selon vous, vous donne le droit d'envoyer des menaces voilées aux citoyens de l'UE et d'interférer dans les processus démocratiques des États souverains ?"

Les élections Européennes sont quoi? Elles concernent l'Europe!"
Guy Verhofstadt

Guy Verhofstadt :" Mais ce sont les élections européennes, je suis là en tant qu'Européen, Vince Cable est Européen. C'est une question absurde parce que les Britanniques pensent que les élections européennes concernent la Grande-Bretagne et non l'Europe. Alors que les élections européennes sont quoi ? Elles concernent l'Europe !"

Darren McCaffrey :

N'est-ce pas la raison pour laquelle la Grande-Bretagne a voté pour partir ?

Guy Verhofstadt : "Oui, c'est tout le problème. Ils ont un problème pour partir, mais ca fait déjà deux ans qu'ils ont du mal à trouver un accord pour partir. J'ai suivi tout ca depuis le premier jour et je peux vous dire que je n'ai jamais vu une situation dans un pays, dans un parlement, où ils votent toujours contre quelque chose et jamais en faveur de quelque chose : ils votent contre aucun accord, ils votent contre l'accord, contre l'union douanière, ils votent"

Tesa Arcilla : "Vous parlez des politiciens, bien sûr, mais quand vous regardez... vous ne pouvez pas simplement rejeter une telle question, parce qu'elle est peut-être aussi représentative d'une certaine population d'électeurs au Royaume-Uni".

Guy Verhofstadt : "Encore une fois : il s'agit d'élections européennes et les élections européennes sont une question pour tous les Européens."

Darren McCaffrey : "Mais la question est : êtes-vous utile dans ce processus ?"

Guy Verhofstadt : "Le fait est qu'en Europe, nous disons que la Grande-Bretagne peut peut-être décider de sortir de l'Union européenne, mais nous ne permettrons jamais aux pro-Brexit de tuer l'Union européenne, de mettre fin à l'Union européenne. Ce qui est en fait le cas : certains Brexiteurs disent ouvertement que la seule chose que nous voulons est la fin de l'Union européenne. Nous ne laisserons jamais cela arriver. Ils peuvent faire ce choix d'entrer ou de sortir, mais nous ne leur permettrons jamais de tuer l'Union européenne."