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Bateaux dernière génération: la machine à explorer le temps

Thomas Coville sur son maxi-multicoque "Sodebo ultim 3" le 18 mars 2019
Thomas Coville sur son maxi-multicoque "Sodebo ultim 3" le 18 mars 2019 -
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Sebastien SALOM-GOMIS
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Rêver. Rêver d’aventure et de faire le tour du monde en 40 jours en allant plus vite que le vent. Thomas Coville entend défier le temps avec son géant des mers dernière génération (Sodebo Ultim 3), un bateau volant pour explorer la terre autrement.

Dernier-né d’une flotte exceptionnelle, le maxi-multicoque de 32 m de long pour 23 m de large (classe Ultim) a été baptisé dimanche aux Sables-d’Olonne (Vendée) pour courir le monde plus vite que jamais, dans une version moderne du “Tour du monde en 80 jours” de Jules Verne.

“Il y a un certain temps que l’espèce humaine a découvert tout ce qu’il y avait à découvrir sur la terre. Il n’y a pas d’endroit aujourd’hui où l’homme ne soit pas passé. L’exploration d’une certaine manière de la terre est terminée”, souligne à l’AFP Michel Serres, qui vient de publier “Morales espiègles” (Ed. Le Pommier).

“Par conséquent, il y a une sorte de dérive aujourd’hui, il faut bien changer le cap étant donné qu’il y a un stade qui est terminé et il faut attaquer un second stade. Et c’est pour cela que le tour du monde aujourd’hui est autre chose que ce qu’il était à l‘époque de Jules-Verne”, poursuit le philosophe, admiratif de Coville et qui voit son “rêve moins dans le record que dans la technique qui permet de le battre”.

- Jouissance /p>

Enfant, Coville croyait dur comme fer que le tour du monde, c‘était une échelle de 80 jours. Avant de faire sa première circumnavigation (en équipage) en 71 jours, il y a 22 ans. En 2016, il a mis 49 jours, un record en solitaire descendu à 42 jours un an plus tard par François Gabart (Macif).

“Aujourd’hui je bouscule ça. Je suis assez fasciné et heureux que, dans ma propre vie, j’ai été témoin et un des acteurs qui a déstabilisé ce rapport au temps pour le tour de la planète”, confie le marin, qui veut passer sous les 40 jours avec son nouveau bateau.

Ces nouveaux engins peuvent élever leurs coques au dessus de l’eau pour filer à des vitesses hallucinantes (plus de 40 noeuds, soit 75 km/h), comme s’ils volaient.

De quoi bluffer Jean-Louis Etienne, premier homme à avoir atteint seul le pôle Nord, en 1986. Il avait marché 63 jours.

“Aujourd’hui, les coureurs de course au large ne partent pas en balade, ils sont engagés pour gagner une course. C’est différent. Ils s’affranchissent des vagues, du mouvement de la mer. Je trouve ça passionnant. Il y a une jouissance, c’est évident. Je vais étudier ça !”, relève l’explorateur, auteur récemment de “L’enfant qui marche” (E. Plume) et “Osez l’autonomie” (Ed. Rustica).

A l’infini –

Depuis ces deux dernières années, les bateaux Ultim mis à l’eau sont capables de se déplacer plus vite que les dépressions pour ne plus les subir. “On avait jamais imaginé qu’on puisse aller plus vite que le vent”, s’enthousiasme le docteur Etienne, qui a fait le tour du monde en 1977 avec Eric Tabarly.

Coville est grisé par le fait de pouvoir aller plus vite que le temps qu’il fait quand il est impossible d’aller plus vite que le temps qui passe.

“Le temps, on le subit jusqu‘à la mort. Quand tu l’as désacralisé, tu le taquines, tu le provoques, il te bafoue parce que quand tu ne réussis pas, il te renvoie dans tes buts”, pense le marin, qui parle “de jouissance, à la fois de défier et de titiller quelque chose de quasi interdit”. “On ne joue pas avec le temps normalement”.

Pour l’aventurier Mike Horn, parrain du Sodebo Ultim 3, les chasseurs de records comme lui, en allant “dans l’inconnu, ont cette sensation d‘être vivant durant les 30.000 jours en moyenne qu’on a à vivre”.

“Quand on réussit, on peut rêver encore plus grand et faire rêver les autres. On ne rêve pas différemment aujourd’hui, on a juste la technologie qui change. Jules Verne rêvait de la même manière que Thomas aujourd’hui, ou que moi. Et on peut aller jusqu‘à l’infini comme ça”, relève Horn, qui, à 52 ans, entend réussir l’ascension du K2.

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