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Au Soudan, escalade de la violence et risque de chaos généralisé

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La brusque escalade de la violence au Soudan, avec la dispersion sanglante du sit-in de la contestation lundi à Khartoum, fait planer le risque d’un chaos généralisé dans ce pays, malgré la promesse des militaires au pouvoir de tenir des élections d’ici neuf mois.

Au moins 35 personnes ont été tuées lors de la dispersion du rassemblement tenu depuis le 6 avril devant le siège de l’armée, un tournant dans le bras de fer entre les manifestants et les généraux à la tête du pouvoir de transition, après plus de cinq mois de contestation.

Pourquoi cette escalade?

Depuis la dispersion du sit-in et les violences contre les manifestants, la rupture entre les parties semble avoir atteint un point de non-retour: le général Abdel Fattah al-Burhane, à la tête du Conseil militaire, a renié tous les accords passés lors des pourparlers, qui étaient à l’arrêt depuis le 20 mai. En retour, la contestation a catégoriquement rejeté le principe d‘élections dans neuf mois, qualifiant le Conseil de “putschiste”.

Professeur de Sciences politiques à l’Université Neelain de Khartoum, Hassan al-Saouri estime que l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC), qui regroupe les principales composantes du mouvement, “a adopté une position dure dans les négociations”.

Selon lui, la grève générale organisée la semaine dernière “a eu du succès et était sur le point de paralyser totalement la capitale”. Les militaires ont cherché à reprendre la main en mettant un terme à un sit-in emblématique.

Désormais, les deux parties semblent d’autant plus irréconciliables qu’il n’y avait déjà “aucune vision commune pour diriger le pays”, juge M. Saouri.

- A quoi peut-on s’attendre?

Les prochaines semaines pourraient mener à une spirale de la violence et au chaos, chaque partie campant sur ses positions.

Selon une note du cabinet d’analyse américain Soufan Group publiée mardi, il existe une similitude entre la situation soudanaise et “les manifestations du Printemps arabe qui se sont transformées en insurrections” globales, l’exemple le plus dramatique étant la Syrie.

“Il y a un vrai risque que la situation dégénère en une guerre civile”, ajoute le Soufan Group.

Le risque de troubles graves dans les prochaines semaines est confirmé par M. Saouri, pour qui “le pays se dirige vers toutes sortes de chaos, politique, militaire ou sociétal”.

Dans ce contexte, alors que l’armée n’est pas nécessairement unifiée, de jeunes officiers pourraient faire défection et “rejoindre les rangs de la révolution”, tandis que d’autres continueraient à “soutenir le Conseil militaire”, dit-il.

Des experts s’interrogent en outre sur le rôle des Forces de soutien rapides (RSF), dirigées par le chef adjoint du Conseil militaire, Mohamad Hamdan Daglo dit “Hemeidti”. Les RSF sont accusées par les manifestants d’être les principaux auteurs du “massacre” lundi. Issues de redoutables milices du Darfour (ouest), région où sévit un conflit depuis 2003, elles ont fait l’objet par le passé d’accusations de graves exactions par des organisations de défense des droits humains. Leur présence s’est accrue ces derniers mois à Khartoum.

- Des élections seraient-elles crédibles?

Dans une société aux mains de militaires depuis des décennies, l’organisation d‘élections pluralistes, libres et justes semble vouée à l‘échec.

“Il est improbable que les élections soient justes en raison de l’appel à boycotter (d’un côté) et de la position de l’armée” de l’autre, affirme Mathieu Guidère, professeur à l’Université de Paris-VIII et spécialiste du monde arabe.

Pour Andreas Krieg, qui enseigne au King’s College de Londres, les élections ne pourront pas être libres car “la société civile au Soudan est incapable de se développer sous la pression actuelle des militaires”.

Selon lui, les élections promises sous neuf mois “n’offriront pas de choix représentatifs et pluralistes”.

- Quels soutiens pour les militaires?

Lundi, les capitales occidentales et l’ONU ont condamné la répression.

Mais, quelques jours avant la dispersion du sit-in, le général Burhane s’est rendu au Caire, à Ryad et à Abu Dhabi. Il y a rencontré les dirigeants de ces trois pays, foncièrement hostiles aux soulèvements populaires dans la région.

“Lors de sa visite dans le Golfe, la situation en Libye et au Yémen a été rappelée au général”, avec l’idée qu’elle était le “résultat du manque de détermination des dirigeants”, dit M. Guidère, avant d’ajouter: “on lui a rappelé ses devoirs: protéger l’Etat, maintenir la stabilité, éviter la guerre civile par tous les moyens”.

Selon M. Guidère, le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, ancien militaire qui a pris le pouvoir en Egypte en 2013 après une période de troubles et au prix d’une répression implacable, a été présenté comme un modèle.

Le pouvoir militaire de Khartoum bénéficie plus largement du soutien des dirigeants des principaux pays de la région qui souhaitent “maintenir le statu quo autoritaire et tentent systématiquement d’appuyer les anciens régimes et leurs armées”, déclare Karim Bitar, de l’Institut des relations internationales et stratégiques (Iris).

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