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Colombie: des disparues renaissent en poupées aux noms de fleurs

Colombie: des disparues renaissent en poupées aux noms de fleurs
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Des poupées de chiffons aux noms de fleurs rendent hommage en Colombie aux vies piétinées par le conflit armé, à des femmes disparues que Paulina Mahecha fait renaître par cette forme d’art-thérapie, qui panse son propre chagrin.

“Grâce à l’art, la douleur et la tristesse se soignent”, explique-t-elle à l’AFP, parmi ses oeuvres qu’elle a confectionnées, puis baptisées.

Rosita, Orquidea, Begonia… chaque poupée de chiffon représente l’un des près de 83.000 disparus qu’a fait cette guerre interne, soit trois fois plus que les dictatures d’Argentine, du Brésil et du Chili réunies.

Paulina a initié sa thérapie après 14 années à rechercher en vain sa fille, Maria Cristina Cobo, horriblement torturée par des paramilitaires d’extrême droite qui disputaient alors le contrôle du sud du pays aux guérilleros. La jeune femme avait 29 ans.

Lorsqu’elle a perdu “l’espoir de retrouver” ne serait-ce que son cadavre, elle a commencé à fabriquer une poupée inspirée de la dernière image qui lui restait de sa fille : en uniforme d’infirmière et enceinte de trois mois.

“Quand j’ai terminé et que je l’ai vue si jolie, c‘était comme lorsque j’ai mis Cristina au monde”, explique cette femme de 65 ans.

- Echappées de l’oubli /p>

Se sentant allégée de “la haine et de la rancoeur”, elle a voulu continuer pour d’autres familles qui vivent dans l’angoisse du sort réservé à leurs êtres chers, victimes d’un conflit fratricide de plus d’un demi-siècle.

Alors, elle parcourt le sud du pays, écoute les histoires des disparues, prends des notes sur leur apparence, puis la nuit, quand le sommeil ne vient pas, elle leur donne forme à partir de bouts de tissus.

De là, est née l’exposition itinérante “Les Cristinas du conflit”, une vingtaine de ses créations qui sillonnent la capitale Bogota, avec le soutien du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).

“Nous allons vous montrer à la société, afin qu’ils voient que vous n‘êtes pas oubliées, que vous êtes avec nous”, dit Paulina Mahecha à ses poupées.

Ses oeuvres permettent de rendre leur “dignité” à des femmes “tombées dans l’oubli”, réduites à des numéros sur des listes. “Là-bas, en zone rouge, personne ne parle par peur (…) alors moi, je parle pour elles”, ajoute-t-elle.

Elle n’a pas oublié le jour où elle a perdu la trace de son enfant, disparue le 19 avril 2004 entre les municipalités de San José et de Calamar, dans le département du Guaviare.

Crime terrifiant –

“Elle a été descendue de force de la voiture, torturée, ses ongles arrachés avec des pinces (…) démembrée et en plus, ils ont joué au foot avec sa tête”, dit-elle, tout en serrant la seule de ses poupées qui ne porte pas un nom de fleur, mais celui de sa fille : Cristina.

Chaque détail du martyre est consigné dans les aveux de l’un des paramilitaires, Jorge Miguel Diaz, texte qu’elle conserve soigneusement dans son sac. L’homme a raconté sa version des faits en 2005, lors du processus de démobilisation de ces milices sous le gouvernement du président de droite dure Alvaro Uribe (2002-2010).

Selon lui, les paramilitaires, principaux responsables des disparitions en Colombie, accusaient la jeune femme de collaborer alors avec la guérilla des Farc, qui s’est depuis désarmée après avoir signé la paix en 2016. Malgré les tortures, Cristina a nié jusqu‘à son dernier souffle, a-t-il précisé dans sa déposition sous serment.

Du fait de la brutalité de la guerre, Paulina Mahecha pense que n’importe quelle femme peut subir les souffrances de sa fille. Et elle rêve de ne plus avoir “à confectionner d’autres Cristinas, que les Cristinas soient retrouvées et que les mamans puissent enterrer leurs Cristinas”.

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