Tour de France: le maillot jaune, entre magie et euphorie

Le Français Charly Mottet, revêtu du maillot jaune, lors de la 16e étape du Tour de France entre Blagnac et Millau, le 16 juillet 1987
Le Français Charly Mottet, revêtu du maillot jaune, lors de la 16e étape du Tour de France entre Blagnac et Millau, le 16 juillet 1987
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Souvent stimulant mais parfois écrasant, le maillot jaune du Tour de France lance son détenteur dans un inconnu d’euphorie. Charly Mottet et Cédric Vasseur racontent.

“Peu importe qui le porte, la magie opère. Le maillot jaune, on ne le voit pas, on entend d’abord, les gens applaudissent comme une ola permanente”, souligne Mottet, l’un des grands coureurs français des années 1980 et 1990 avant de devenir un technicien respecté, sélectionneur puis organisateur.

“C‘était la fin de l’insouciance”, se souvient-il à propos de sa prise de pouvoir en 1987. “On est sollicité en permanence dès le départ de l’hôtel. On se dit qu’après, ce sera différent en course. Mais, pas du tout, les gens qui viennent sur le Tour veulent voir le maillot jaune. Dans un peloton, on entend ce qui se dit sur le bord de la route. Je l’ai vu, je l’ai vu… Cela dure sur des kilomètres”.

“Le public presse en permanence”, confirme Cédric Vasseur, auteur d’un long intérim dix ans plus tard. “Je me suis toujours senti investi de responsabilités. On a envie d‘être à la hauteur”. Mais, ajoute-t-il, “ce doit être dur d‘être une star du show-business parce que, pour eux, c’est tous les jours comme ça”.

- “Quasiment pas à frotter” /p>

“Juillet est un mois de vacances et le Tour est une fête nationale”, rappelle le Nordiste, aujourd’hui à la tête de l‘équipe Cofidis. “Quand on a le maillot jaune, on n’est pas accueilli de la même manière à l’hôtel. C’est une haie d’honneur à chaque fois”.

Chacun s’en accommode plus ou moins bien. “Certains peuvent avoir du mal à gérer cette forte pression sur les épaules, admet Vasseur. En ce qui me concerne, elle m’a transcendé”.

“Avec cette tenue sur les épaules on se rend compte qu’on est capable de réaliser des performances qu’on ne se pensait pas capable de faire, explique-t-il. Quand on a le maillot jaune, on se dit que ça roule vite et que ça brûle dans les jambes. Mais on se dit aussi qu’on peut encore y aller, on se découvre de de vraies capacités”.

Habillé de jaune après une longue échappée solitaire du côté de La Châtre (Indre), le Français se souvient de cette expérience enchantée: “Tout se fait en fonction du maillot jaune. Il inspire le respect dans le peloton. Quand on est roue dans roue à 50 km/h on essaye de garder la roue de son équipier, on ne laisse passer que les coureurs qui méritent ce respect. Le maillot jaune n’a quasiment pas à frotter (se faire une place). Quand il s’arrête pour faire une pause naturelle, les autres s’arrêtent, c’est le signal.”

“Le cerveau fonctionne en permanence” –

Le peloton d’aujourd’hui observe-t-il cette retenue ? “Je pense qu’il y a encore plus de respect dans le peloton, répond Vasseur. On admire un maillot jaune, on sait que c’est difficile d’aller le chercher”.

Encore plus quand son porteur est candidat à la victoire finale. “Il y a deux sortes de maillots jaunes: ceux qui savent que ça ne va pas durer et ceux qui veulent le ramener à Paris”, relève Mottet, qui appartenait à la seconde catégorie (4e en 1987 et 1991).

“C’est une pression sur les épaules et c’est aussi une pression folle sur les coéquipiers, renchérit Vasseur. On dort moins bien, ça donne plein d‘étoiles mais on n’arrive plus à trouver le sommeil, le cerveau fonctionne en permanence. On peut tenir trois-quatre jours, dix jours c’est difficile. Pour avoir les meilleures chances de gagner le Tour, il vaut mieux le prendre au bon moment”. Autrement dit, le plus tard possible.

Peut-on se préparer à ce bouleversement ? Thibaut Pinot et Romain Bardet, pour citer les deux chances françaises pour la victoire finale cette année, sont-ils aptes à le faire ? “Oui, répond sans hésiter Mottet. Même s’ils n’ont jamais porté le maillot jaune, ils sont programmés, ce ne sera pas une surprise. Peut-être ne gagneront-ils jamais le Tour mais, dans leur équipe, tout le monde roule pour eux. Ils sont là pour ça, pour le classement général”.

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