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Sophie Pétronin est libre, elle était la dernière otage française au monde

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Sophie Pétronin, libérée, retrouve son fils
Sophie Pétronin, libérée, retrouve son fils   -   Tous droits réservés  AFP
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Des retrouvailles émouvantes... Soulevée de terre à sa descente de l'avion à Bamako, accueillie par les bras et les pleurs de son fils, Sophie Pétronin a retrouvé la liberté près de 4 ans après son enlèvement le 24 décembre 2016 dans le nord du Mali.

Avec elle, les autorités ont fait libérer deux otages italiens le prêtre Pier Luigi Maccalli enlevé en 2018 au Niger et un jeune touriste Nicola Chiacchio kidnappé en février 2019 dans le nord du Mali.

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Le Père Pier Luigi Maccalli, à gauche, et Nicola Chiacchio à droite, 8 octobre 2020Mali Presidency via AP

Sophie Pétronin, aujourd'hui âgée de 75 ans, est attendue en France aujourd'hui par Emmanuel Macron, mais elle a déjà annoncé son intention de revenir au Mali.

AP/AP
Sophie Pétronin, 8 octobre 2020AP/AP

Avant son enlèvement, elle vivait et dirigeait depuis des années une organisation d'aide à l'enfance à Gao :

"Je vais aller en France en Suisse et après je vais revenir voir un peu ce qui se passe ici. **Cela fait presque 4 ans que je n'ai pas vu comment se déroule les programmes, or les financements continuent, il a pris ma place, donc on me rassure et c'est mon fils donc j'y crois, que tout va bien. Mais il faut quand même que j'aille juste jeter un œil et les saluer, parce que j ai pris cet engagement, si vous prenez un engagement, allez au bout de votre engagement, sinon vous aurez perdu votre raison d'être sur cette terre."**

Son fils Sébastien Chadaud, arrivé mardi à Bamako et présent à ses côtés, a refréné son ardeur en disant que cela se ferait "en toute sécurité". "Attends-toi à ce que je cadre certaines choses, tu n'iras pas où tu veux", a-t-il dit après s'être beaucoup investi en sa faveur.

Quelques mots sur sa détention

Elle a dit n'éprouver "aucune colère".

Dans un entretien distinct avec l'AFP et Radio France Internationale, elle a déclaré faire "partie de la famille gaoise" (de Gao) et esquissé une vision dédramatisée de ce qu'avait été sa captivité.

Le temps lui a paru "un peu" long, "mais j'ai transformé la détention, si on peut dire, en retraite spirituelle".

"J'étais dans l'acceptation de ce qui m'arrivait et j'ai pas résisté, et puis voilà je m'en suis sortie", a-t-elle dit.

Cela "se passait bien, l'air était sain, bon (...) Je me suis accrochée, j'ai tenu, j'ai beaucoup prié parce que j'avais beaucoup de temps, je me suis promenée, j'ai bien mangé, j'ai bien bu, de l'eau fraîche hein !".

Elle a indiqué qu'elle pouvait écouter la radio et que ses gardiens, sur lesquels elle n'a pas fourni de précisions, lui faisaient passer des messages ou des vidéos, comme l'une dans laquelle son fils lui disait: "tiens bon". Elle lui a rendu hommage : "Mon fils est un battant, mais dans la famille, nous sommes tous des battants".

Elle s'est gardée de parler de ses gardiens comme de "djihadistes".

"Appelez-les comme vous voulez, moi je dirais que ce sont des groupes d'opposition armés au régime", a-t-elle dit. Elle a invoqué des accords passés qui n'auraient pas été tenus et qui provoqueraient les hostilités actuelles.

Gouvernement et groupes armés "trouveront le chemin pour la paix, je leur souhaite en tout cas vivement", a-t-elle déclaré.

Elle s'est dite en "pleine forme".

Selon toute vraisemblance, ce qui a rendu possible la libération des trois européens, ce sont les négociations des autorités pour que Soumaïla Cissé, chef de l'opposition, soit libéré.

Mali Presidency via AP
Soumaïla Cissé au centre, 8 octobre 2020Mali Presidency via AP

Soumaïla Cissé, 70 ans, figure de l'opposition malienne, avait été kidnappé en mars dernier alors qu'il se trouvait en campagne électorale dans la région de Tombouctou.

La junte qui a renversé le président Keita le 18 août dernier et le tout récent gouvernement de transition avaient fait de son retour une priorité.

Tous étaient aux mains du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), alliance de groupes djihadistes affiliée à Al-Qaïda, selon le gouvernement malien.

Échange de prisonniers ?

Pendant le weekend et en début de semaine, les nouvelles autorités maliennes ont libéré environ 200 djihadistes présumés ou condamnés et les ont acheminés sans explication officielle vers le centre et le nord du pays.

Sur le plan intérieur, la libération de Soumaïla Cissé, 70 ans, est un succès pour le nouveau pouvoir malien, dominé par les militaires. En retrouvant sa liberté, Soumaïla Cissé peut reprendre sa place dans la sphère politique en vue des élections prévues dans un délai de 18 mois.

Si la libération de Sophie Pétronin ne peut que réjouir la France, militairement très présente au Sahel, la contrepartie la plus visible : la remise en liberté de djihadistes susceptibles de commettre de nouveaux attentats pourrait s'avérer un pari risqué pour le Mali, voire les pays voisins.

Surtout si parmi eux se trouvent les responsables de certains des attentats les plus meurtriers de ces dernières années dans la région.