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L'opposante bélarusse Svetlana Tikhanovskaïa se dit prête à discuter avec le Kremlin

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Elle incarne aux yeux du monde entier, le mouvement de protestation au Bélarus. Cette enseignante s'est retrouvée sur le devant de la scène en endossant le rôle de leader après le placement en détention de son mari qui était candidat à la présidence du pays. Svetlana Tikhanovskaïa vit aujourd'hui en exil en Lituanie, mais depuis Vilnius, elle continue d'entretenir la contestation au Bélarus et rencontre des dirigeants de l'Union européenne alors qu'elle tente de construire l'avenir de son pays après l'élection controversée du mois d'août. C'est ce qu'elle a notamment fait au Forum GLOBSEC qui s'est déroulé les 7 et 8 octobre à Bratislava. Nous l'avons interviewée sur place.

Isabelle Kumar, euronews :

"J'aimerais tout d'abord évoquer avec vous le mandat d'arrêt dont vous faites l'objet en Russie. Comment avez-vous réagi quand vous l'avez appris ?"

Svetlana Tikhanovskaïa, leader de l'opposition au Bélarus :

"Cela n'a rien changé pour moi. C'est leur problème. On se bat pour la victoire et c'est seulement quand on l'aura obtenue que je pourrai rentrer chez moi. C'est tout."

Isabelle Kumar :

"Mais que ressentez-vous d'un point de vue personnel quand un adversaire comme la Russie veut vous interrompre dans vos efforts pour établir la démocratie dans votre pays ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Vous savez, le sujet, ce n'est pas la Russie, mais le Bélarus. Nous parlons du Bélarus et nous devons prêter attention au Bélarus et non à la Russie. C'est notre responsabilité de résoudre cette crise politique dans notre pays."

Isabelle Kumar :

"Cela ne vous fait pas peur de faire l'objet d'un mandat d'arrêt en Russie ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Non." [rires]

"Angela Merkel a dit qu'elle allait faire tout son possible pour nous aider"

Isabelle Kumar :

"Vous avez rencontré toute une série de dirigeants de l'Union européenne à Bratislava et en particulier Angela Merkel. Vous avez parlé à Emmanuel Macron. Au-delà des déclarations, quels engagements concrets et réels ont-ils pris devant vous ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Tous les leaders que j'ai rencontrés sont extrêmement solidaires du peuple bélarusse. Ils comprennent le sens de notre lutte, pourquoi nous faisons cela et ce que nous voulons obtenir à la fin de ce combat. Actuellement, mon rôle consiste à demander une médiation pour organiser des négociations avec nos autorités. Donc je leur demande s'ils peuvent être ces médiateurs. Et je crois qu'ils nous aideront de ce point de vue."

Isabelle Kumar :

"Vous vouliez qu'Angela Merkel, la chancelière allemande, fasse de la médiation. A-t-elle dit oui ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Elle a dit qu'elle allait faire tout son possible pour nous aider à cet égard."

Isabelle Kumar :

"Et comment ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Elle appellera à ce que l'on trouve la meilleure issue parce que c'est une responsable politique qui a de l'expérience et elle sait comment organiser les choses au mieux, si c'est possible évidemment. Peut-être que pendant qu'ils organiseront cette médiation, une autre chose pourra se produire et on envisagera une autre issue à cette situation. Donc nous faisons passer ce message aux différents pays, à savoir que nous avons besoin d'aide, mais nous allons continuer de nous battre au Bélarus qu'il y ait ou non des efforts de médiation en parallèle."

Isabelle Kumar :

"C'est une question interne au Bélarus, mais la Russie doit faire partie de la solution. Comment allez-vous impliquer Vladimir Poutine dans cette démarche ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Vous savez, il faut distinguer le peuple russe du Kremlin. Parce que nous avons de l'amitié pour le peuple russe. Nous avons des proches sur place. Nous avons des amis sur place. Et dans l'avenir, quand on aura un nouveau président au Bélarus, nous voulons continuer d'avoir cette relation, des relations commerciales. Nous serons toujours des voisins. Nous voulons même approfondir notre relation avec la Russie. C'est dommage que le Kremlin ait soutenu le régime bélarusse, mais nous ne pouvons rien y faire. Nous sommes prêts à discuter avec le Kremlin, nous sommes impatients de parler aux autorités russes. Et c'est dommage que jusqu'à maintenant, nous n'ayons pas pu entrer en contact."

Un départ de Loukachenko sans qu'il soit jugé par la CPI ? _"Cela doit faire partie de la négociation" _

Isabelle Kumar :

"Vous avez montré au GLOBSEC, des photos témoignant d'atteintes aux droits de l'homme dans votre pays. Des centaines de personnes sont emprisonnées chaque semaine parce qu'elles participent aux manifestations. Voudriez-vous que le président Alexandre Loukachenko soit jugé devant la Cour pénale internationale ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Ce devrait être un sujet abordé dans les négociations..."

Isabelle Kumar :

"Mais c'est quelque chose qui sera négocié ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Certainement, parce que ce sera plus simple comme ça de lui faire quitter le pouvoir... Nous n'avons pas de revanche à prendre. Nous voulons simplement construire un nouveau pays, établir la démocratie. Et s'il y a pour lui, la possibilité d'aller quelque part, de se retirer au bord de la mer et de rester là-bas, je pense que ça doit faire partie de la négociation."

"Les Bélarusses sont prêts à se battre jusqu'à la victoire"

Isabelle Kumar :

"Craignez-vous - si la situation n'évolue pas, si la communauté internationale ne vous soutient pas comme vous le souhaitez et qu'elle ne suscite pas ce changement - que ce mouvement de protestation qui semaine après semaine, fait descendre tant de personnes dans les rues ne finisse par s'essouffler ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"La contestation ne s'éteindra pas. Les manifestations seront peut-être moins importantes à cause de la météo ou d'autres facteurs, je ne sais pas. Mais elles ne s'arrêteront pas parce que notre peuple ne pourra pas revenir au statut d'esclaves dans lequel il a vécu depuis 26 ans. Tout a changé. Nous avons senti que nous étions unis et que nous formions une nation et nous avons exprimé notre fierté d'être bélarusses. Donc les Bélarusses sont prêts à se battre jusqu'à ce qu'ils obtiennent la victoire et les autorités doivent le comprendre."

"Nous sommes des femmes, nous sommes solides"

Isabelle Kumar :

"Comment expliquez-vous ce qui se passe à vos enfants ? Ils ont vécu tellement de choses, leur père est en prison, leur mère se met à voyager tout d'un coup. Comment leur expliquez-vous la situation ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Ma plus jeune fille a cinq ans et elle ne comprend pas que son père est en prison. Mais c'est pire pour elle parce que son père lui manque tellement et tous les soirs, elle pose la même question : "Quand est-ce que papa va venir ? Il me manque tellement." Et je dois lui expliquer qu'il est parti en voyage pour le travail, qu'il sera très bientôt là." Et tous les soirs, c'est la même chose. Mon plus grand garçon - lui - comprend où est son père, mais il ne me pose pas beaucoup de questions parce qu'il est suffisamment mature pour comprendre que c'est difficile à vivre. Donc on gère comme on peut, vous savez..."

Isabelle Kumar :

"Comment faites-vous face à toute cette pression ? À tout cela ? Votre vie a changé de manière radicale ces derniers temps. Tout d'un coup, vous êtes connue dans le monde entier. Comment vivez-vous cela ?"

Svetlana Tikhanovskaïa :

"Nous sommes des femmes, nous sommes solides, nous sommes beaucoup plus fortes que ce que les gens pensent. Mon peuple, c'est mon moteur, c'est ce qui me donne la force d'avancer."