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Afghanistan : les illusions perdues après la nomination du gouvernement taliban

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Par Euronews avec AFP
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Les Occidentaux ont réagi négativement mercredi à la composition du gouvernement intérimaire afghan.
Les Occidentaux ont réagi négativement mercredi à la composition du gouvernement intérimaire afghan.   -   Tous droits réservés  Photo : Muhammad Farooq (Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved.)
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Les Occidentaux ont réagi négativement mercredi à la composition du gouvernement intérimaire afghan, qui comprend la vieille garde talibane mais aucune femme, et tranche avec les promesses d'ouverture du régime.

De retour au pouvoir depuis la mi-août, les talibans ont présenté mardi un gouvernement qui n'est ni "inclusif" ni "représentatif" de la diversité ethnique et religieuse de l'Afghanistan, a déploré l'UE.

Des nouveaux ministres qui figurent sur des listes de sanction de l'ONU

En son sein, figurent plusieurs personnalités talibanes déjà très influentes deux décennies plus tôt, quand les islamistes avaient imposé un régime fondamentaliste et brutal entre 1996 et 2001.

Le gouvernement a été annoncé à quelques jours du 20e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, qui avaient déclenché une intervention internationale menée par Washington et débouché sur leur chute du pouvoir.

Tous les membres de ce gouvernement dirigé par Mohammad Hassan Akhund, un ancien proche collaborateur du fondateur du mouvement, le mollah Omar, décédé en 2013, sont des talibans. Et presque tous appartiennent à l'ethnie pachtoune.

Plusieurs des nouveaux ministres figurent sur des listes de sanction de l'ONU. Quatre sont passés par la prison américaine de Guantanamo.

Mohammad Hassan Akhund est connu pour avoir approuvé la destruction en 2001 des bouddhas géants de Bamiyan (centre), selon Bill Roggio, rédacteur en chef du Long War Journal (LWJ).

Abdul Ghani Baradar, co-fondateur du mouvement, devient vice-Premier ministre et le mollah Yaqoub, fils du mollah Omar, ministre de la Défense.

Le portefeuille de l'Intérieur revient à Sirajuddin Haqqani, dirigeant du réseau éponyme, qualifié de terroriste par Washington et historiquement proche d'Al-Qaïda.

En annonçant ce gouvernement, le porte-parole taliban, Zabihullah Mujahid, a affirmé qu'il n'était "pas complet" et que le mouvement essaierait d'inclure par la suite "des gens venant d'autres régions du pays".

Des paroles mais pas d'actes

L'UE a rappelé qu'avoir un gouvernement "inclusif et représentatif" était "l'une des cinq conditions posées" en vue d'une éventuelle reconnaissance diplomatique. La France a aussi déploré que "les actes ne suivent pas les paroles".

Les États-Unis, eux, ont relevé l'absence de femmes et se sont dits "préoccupés" par "les affiliations et les antécédents de certains de ces individus", même s'ils jugeront "sur (les) actes".

Le secrétaire d'Etat Antony Blinken devait s'entretenir mercredi en Allemagne avec ses partenaires de vingt pays secoués par le retrait d'Afghanistan, pour coordonner leurs positions.

La Chine, accusée de persécuter sur son propre territoire les Ouïgours et d'autres minorités musulmanes, et qui est l'un des rares pays à maintenir son ambassade ouverte à Kaboul, a pour sa part salué la mise sur pied d'un gouvernement qui met fin "à plus de trois semaines d'anarchie".

Depuis leur prise du pouvoir, les talibans n'ont cessé d'affirmer qu'ils avaient changé. Mais leurs promesses peinent à convaincre.

Le retour du ministère pour la Promotion de la vertu et la Répression du vice, qui faisait régner la terreur dans les années 1990, devrait ainsi susciter bien des inquiétudes dans la population.

"Tous les Afghans, sans distinction ni exception, auront le droit de vivre dans la dignité et la paix dans leur propre pays"
Hibatullah Akhundzada
Chef suprême des talibans

Resté silencieux jusque-là, Hibatullah Akhundzada a invité le nouveau gouvernement à "faire respecter la charia" et à "éradiquer la pauvreté et le chômage". L'économie afghane est ravagée par des décennies de conflit et dépend de l'aide internationale, en grande partie gelée ces dernières semaines.

La société s'est libéralisée

Habitués par le passé à gouverner sans être contestés, les talibans sont confrontés depuis quelques jours à un défi nouveau pour eux. Signe que la société afghane s'est libéralisée en 20 ans, plusieurs manifestations contre le nouveau régime, rassemblant une majorité de femmes, ont eu lieu dans de grandes villes, et ont été dispersées par des coups de feu mardi à Kaboul.

Les manifestations ont pris un tour mortel à Hérat (ouest), où deux personnes ont été tuées et huit blessées par balle mardi, selon un médecin local.

La situation est restée plutôt calme mercredi. Un petit rassemblement a rapidement été dispersé par les talibans à Kaboul, a constaté un journaliste de l'AFP. La même chose s'est passée à Faizabad (Nord-Est), selon les médias locaux. Plusieurs journalistes ont été arrêtés.

Zabihullah Mujahid a qualifié ces manifestations d'"illégales" tant que "les lois ne sont pas proclamées", et demandé aux médias de "ne pas (les) couvrir".

Les manifestations dénonçaient notamment la répression des talibans dans le Panchir, bastion anti-taliban de longue date, où la rébellion est menée par le Front national de résistance (FNR) et son chef Ahmad Massoud.

Les talibans ont affirmé lundi en avoir pris le contrôle mais le FNR a assuré continuer la lutte.

Un porte-parole du FNR, Ali Maisam Nazary, a estimé mercredi que "le récit autour du taliban moderne" était terminé après la formation de ce gouvernement, qui deviendra selon lui rapidement "paria" et "illégitime".

L'ex-président Ashraf Ghani, dont la fuite le 15 août a ouvert les portes de Kaboul et du pouvoir aux talibans, a présenté de son côté mercredi ses excuses au peuple afghan pour ne pas avoir su lui offrir la "stabilité et la prospérité" et faire en sorte "que les choses se finissent différemment".