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Une avalanche d'hommages après la mort de Desmond Tutu, dernière icône anti-apartheid

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Par euronews  avec AFP
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Une avalanche d'hommages après la mort de Desmond Tutu, dernière icône anti-apartheid
Tous droits réservés  Jack Thornell/AP1982

C'est la dernière des grandes icônes de la lutte contre l'apartheid: l'archevêque Desmond Tutu, la conscience de l'Afrique du Sud mais aussi un grand espiègle et un rire puissant, est mort dimanche à 90 ans.

Jusque récemment, le prix Nobel de la paix a imposé sa petite silhouette violette et son franc-parler légendaire pour dénoncer les injustices et écorner tous les pouvoirs.

Le président Cyril Ramaphosa a exprimé "sa profonde tristesse" face au décès de ce "patriote sans égal", "un homme d'une intelligence extraordinaire, intègre et invincible contre les forces de l'apartheid", qui laisse une veuve, "Mama Leah", et leurs quatre enfants.

Cette mort représente "un nouveau chapitre de deuil dans l'adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée", a-t-il ajouté, un mois après la mort de FW de Klerk, dernier président blanc du pays.

Après l'avènement de la démocratie en 1994, et l'élection de son ami Nelson Mandela, Desmond Tutu avait donné à l'Afrique du Sud le surnom de "Nation arc-en-ciel". Il avait présidé la Commission vérité et réconciliation (TRC) dont il espérait qu'elle permettrait de tourner la page de la haine raciale.

The Arch, comme le surnomment affectueusement les Sud-Africains, était affaibli depuis plusieurs mois. Souffrant depuis longtemps d'un cancer de la prostate, il est sans doute mort de vieillesse, paisiblement à 7 heures dimanche, selon plusieurs de ses proches interrogés par l'AFP.

Il ne parlait plus en public mais saluait les caméras présentes à chacun de ses déplacements, sourire et regard malicieux, comme lors de sa vaccination contre le Covid ou en octobre à la cérémonie célébrant ses 90 ans.

Une prière a été organisée à la cathédrale St George, son ancienne paroisse. Des passants viennent déposer des fleurs et se recueillir.

"C'est si triste", soupire Miriam Mokwadi, infirmière retraitée de 67 ans. "Tutu était un vrai héros pour nous, il s'est battu pour nous", dit-elle émue, tenant sa petite fille par la main.

D'autres se succédaient devant sa maison du Cap, ou encore celle que l'archevêque avait conservé à Soweto, un township de Johannesburg, selon des journalistes de l'AFP.

Perte "incommensurable"

En signe de deuil, les joueurs de cricket sud-africains ont aussi porté un brassard noir au premier jour d'une importante compétition contre l'Inde, près de Johannesburg.

"Nous pleurons sa disparition", a réagi l'archevêque anglican du Cap, Thabo Makgoba, mais célébrons "aussi la vie d'un homme profondément spirituel".

"Il ne craignait personne (...) Il contestait les systèmes qui rabaissaient l'humanité", a-t-il rappelé, tout en pardonnant quand "les auteurs du mal connaissaient un vrai changement de cœur".

Un long engagement pour les droits de l'Homme

Desmond Tutu s'était fait connaître aux pires heures du régime raciste de l'apartheid. Alors prêtre, il organise des marches pacifiques contre la ségrégation et plaide pour des sanctions internationales contre le régime blanc de Pretoria.

Sa robe lui a épargné la prison. Son combat non-violent avait été couronné du prix Nobel de la paix en 1984.

Après l'apartheid, fidèle à ses engagements, il avait dénoncé les dérives du gouvernement de l'ANC, des errements dans la lutte contre le sida aux scandales de corruption.

C'était un être humain extraordinaire. Un penseur. Un leader. Un berger
Fondation Mandela

En 2013, il avait même promis de ne plus voter pour le parti fossoyeur de l'apartheid : "Je n'ai pas combattu pour chasser des gens qui se prenaient pour des dieux de pacotille et les remplacer par d'autres qui pensent en être aussi".

Parmi ses autres combats, il a aussi défendu les homosexuels : "Je ne vénérerais pas un Dieu homophobe (...) Je refuserais d'aller dans un paradis homophobe"  et milité pour le droit au suicide assisté.

La dernière fois que le pays a eu de ses nouvelles, c'était le 1er novembre. Loin des regards, il avait voté aux élections locales.

Une avalanche d'hommages

Les réactions se multipliaient en hommage à l'archevêque anglican sud-africain Desmond Tutu, icône de la lutte contre l'apartheid et prix Nobel de la Paix, après l'annonce de sa mort, dimanche à 90 ans.

Afrique du Sud

Le président Cyril Ramaphosa a exprimé "sa profonde tristesse suite au décès" de ce "patriote sans égal". Sa mort "est un nouveau chapitre de deuil dans l'adieu de notre nation à une génération de Sud-Africains exceptionnels qui nous ont légué une Afrique du Sud libérée".

"Un homme d'une intelligence extraordinaire, intègre et invincible contre les forces de l'apartheid, il était aussi tendre et vulnérable dans sa compassion pour ceux qui avaient souffert (...) sous l'apartheid, et pour les opprimés et les oppresseurs du monde entier", a rappelé M. Ramaphosa.

La Fondation Mandela a qualifié sa perte d'"incommensurable" : "C'était un être humain extraordinaire. Un penseur. Un leader. Un berger".

Etats-Unis

"L'archevêque Desmond Tutu était un mentor, un ami et un phare moral pour moi et tant d'autres", a déploré sur Twitter l'ancien président américain Barack Obama.
"Esprit universel, l'archevêque Tutu trouvait ses racines dans la lutte pour la liberté et la justice dans son propre pays, mais était également préoccupé par l'injustice où qu'elle se trouve", a ajouté Barack Obama, autre prix Nobel de la Paix.

Grande-Bretagne

Le Premier ministre britannique Boris Johnson s'est dit sur Twitter "profondément attristé".

"Il a été une figure essentielle de la lutte contre l'apartheid et de la lutte pour la création d'une nouvelle Afrique du Sud. Nous nous souviendrons de lui pour son leadership spirituel et sa bonne humeur irrépressible", a-t-il ajouté.

France

Le "combat" de Desmond Tutu "pour la fin de l'apartheid et la réconciliation sud-africaine restera dans nos mémoires", a salué le président Emmanuel Macron dans un tweet. Mgr Tutu "consacra sa vie aux droits de l'Homme et à l'égalité des peuples".

Norvège

Le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre a rendu hommage sur Facebook à un homme "qui a montré le pouvoir de la réconciliation et du pardon".

Union européenne

Le président du Conseil européen, qui représente les 27 pays de l'UE, Charles Michel, a rendu hommage à "un homme qui a donné sa vie à la liberté avec un engagement profond pour la dignité humaine. Un géant qui s'est dressé contre l'apartheid".

Kenya

Le président Uhuru Kenyatta a estimé que "le décès de l'archevêque Desmond Tutu est un coup dur non seulement pour la République d'Afrique du Sud (...) mais aussi pour tout le continent africain, où il est profondément respecté et célébré en tant qu'artisan de la paix."

"L'archevêque Tutu a inspiré une génération de dirigeants africains qui ont adopté ses approches non violentes dans la lutte pour la libération", a-t-il dit.

Ouganda

"Un géant est tombé. Nous remercions Dieu pour sa vie - une vie bien remplie, véritablement vécue au service de l'humanité", a écrit sur Twitter Bobi Wine, leader de l'opposition ougandaise.

Officiels religieux

- Le pape François s'est déclaré "attristé" par cette perte. "Conscient du service rendu à l'évangile par la promotion de l'égalité raciale et de la réconciliation" dans son pays, le souverain pontife "recommande son âme à la miséricorde aimante de Dieu tout-puissant".

- Le chef spirituel des anglicans et archevêque de Canterbury, Justin Welby : "Dans les yeux de Desmond Tutu, nous avons vu l'amour de Jésus. Dans sa voix, nous avons entendu la compassion de Jésus. Dans son rire, nous avons entendu la joie de Jésus. C'était beau et courageux."

- Le Dalaï Lama a salué un "grand homme, qui a vécu une vie pleine de sens", "entièrement dévoué au service de ses frères et sœurs". "L'amitié et le lien spirituel entre nous étaient quelque chose que nous chérissions", a-t-il dit de son vieil ami.

Autres réactions dans le monde

- Le groupe des "Sages", créé en 2007 par Nelson Mandela et qui rassemble des personnalités publiques travaillant aux grands problèmes mondiaux a célébré une "inspiration" pour le monde dont "l'engagement pour la paix, l'amour et l'égalité" continuera "d'inspirer les générations futures".

"Les Sages ont perdu un ami cher, dont le rire contagieux et le sens de l'humour espiègle les ont tous ravis et charmés", a réagi dans un communiqué le groupe qui compte dans ses rangs Ban Ki Moon ou Jimmy Carter.

- Bernice King, la fille de Martin Luther King, a écrit sur Twitter que "nous sommes meilleurs parce qu'il était ici (de ce monde, ndlr)".

- Le musicien britannique Boy George s'est dit "heureux" d'avoir rencontré Desmond Tutu, "une belle âme qui m'a donné la foi dans le fait que certains humains ont une grande force d'amour. Un homme étonnant, une énergie puissante et l'un des meilleurs (enfants, ndlr) de Dieu !"