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Hong Kong : deux journalistes du média pro-démocratie Stand News inculpés de "sédition"

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Par Euronews  avec AFP
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Le rédacteur en chef de Stand News, Patrick Lam, escorté par des policiers après une perquisition dans son bureau à Hong Kong
Le rédacteur en chef de Stand News, Patrick Lam, escorté par des policiers après une perquisition dans son bureau à Hong Kong   -   Tous droits réservés  Vincent Yu/Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved

A Hong Kong, un nouvel épisode de la répression des autorités pro-Pékin contre la presse indépendante a eu lieu mercredi 29 décembre. Stand News, un média en ligne pro-démocratie a été contraint de fermer quelques heures après un raid de la police. Et deux journaliste arrêtés lors de cette opération de police ont été inculpés jeudi de "sédition", a annoncé la police.

Une nouvelle fois, la communauté internationale a dénoncé les attaques faites à la liberté de la presse dans l'ancienne colonie britannique.

Ce jeudi, la police de sécurité nationale de Hong Kong a donc "officiellement inculpé deux hommes âgés de 34 et 52 ans, et une société de média en ligne, pour conspiration en vue de réaliser une publication séditieuse", a-t-elle indiqué dans un communiqué sans fournir les identités des deux personnes.

AP Photo/Vincent Yu
Documents saisis au siège du Stand News, le 29 décembre 2021 à Hong KongAP Photo/Vincent Yu

Selon des documents judiciaires, il s'agit du rédacteur en chef Patrick Lam et de son prédécesseur Chung Pui-kuen, arrêtés mercredi en même temps que cinq autres personnes liées à Stand News. L'entreprise éditrice du site, Best Pencil, est également poursuivie.

Outre messieurs Lam et Chung, une ancienne journaliste et quatre ex-membres du conseil d'administration du média ont été arrêtés. Parmi ces personnes, figurent Denise Ho, star de la "cantopop" et activiste pro-démocratie et LGBT – qui possède la nationalité canadienne – et l'avocate et ancienne membre du Conseil législatif de Hong Kong Margaret Ng. Ces cinq autres personnes "restent détenues aux fins d'investigations supplémentaires", a précisé la police.

Vaste opération de police

Plus de 200 agents avait été envoyés ce mercredi au siège de Stand News, ainsi qu'aux domiciles de plusieurs employés de la rédaction, pour mener des perquisitions

Les sept responsables ou ancien responsable du média avaient donc été arrêtés, accusés de conspiration en vue de diffuser une "publication séditieuse".

60 millions de dollars de Hong Kong, soit 7 millions d'euros, d'avoirs de la société éditrice ont été également gelés par les autorités.

Le rédacteur en chef de la publication, Patrick Lam a été vu conduit menotté à l'intérieur des bureaux de Stand News. Un tribunal a autorisé à saisir du matériel informatique et journalistique. Le rédacteur en chef adjoint, Ronson Chan, qui est aussi président de l'Association des journalistes de Hong Kong, n'a pas été arrêté, mais son domicile a été fouillé et du matériel informatique saisi.

Sur le site du média réduit au silence, un message, sur fond noir, accueille désormais les internautes les informant que "Stand News a cessé ses activités, son site Web et tous ses médias sociaux".

Stand News
Page d’accueil du média hongkongais Stand News, le 30 décembre 2021Stand News

Dans ce même message, Stand News a indiqué que tous ses employés avaient été "immédiatement licenciés". Le média a aussi remercié ses lecteurs de leur "soutien continu" et a réaffirmé sa ligne éditoriale qui était "de s'engager à sauvegarder les valeurs fondamentales de Hong Kong : la démocratie, les droits de l'homme, la liberté, l'état de droit et la justice"

Vague internationale de réprobation.

Ce coup de filet survient alors que la communauté internationale s'inquiète de l'implacable reprise en main menée à Hong Kong depuis les manifestations pro-démocratie de 2019.

"Le journalisme n'est pas de la sédition", a notamment réagi ce mercredi le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, qui a appelé la Chine et les autorités de Hong Kong à "cesser s'en prendre aux médias libres et indépendants".

Le porte-parole de la diplomatie de l'Union européenne, Peter Stano a dénoncé une "poursuite de la détérioration de la liberté de la presse" à Hong Kong.

Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a dénoncé "une attaque ouverte contre la liberté de la presse déjà en lambeaux à Hong Kong" et Amnesty international a accusé "les autorités d'instrumentaliser la législation hongkongaise".

Fondé en 2014, Stand News avait été nominé en novembre pour le Prix de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Ce média avait été très actif pendant les manifestations antigouvernementales en 2019 qu'il filmait régulièrement en direct,

Il s'agit du deuxième média indépendant à disparaître à Hong Kong depuis que les autorités locales fidèles à Pékin ont entamé une implacable reprise en main de la ville l'an dernier.

En juin dernier, le quotidien pro-démocratie Apple Daily avait, en effet, fermé après l'arrestation de ses dirigeants et le gel de ses actifs. Le journal et son fondateur militant, Jimmy Lai, étaient devenus des symboles du mouvement pro-démocratique et une épine dans le pied du gouvernement et de la police de Hong Kong. Il encourt la prison à vie. Le rédacteur en chef d'Apple Daily Ryan Law et son directeur général Cheung Kim-hung avaient été également inculpés le 18 juin pour collusion avec une puissance étrangère. Ils encourent eux aussi la prison à vie.

Critiques "irresponsables"

Face à la levée de bouclier internationale, la Chine est restée droite dans ses bottes. Devant la presse, le porte-parole de la diplomatie chinoise, Zhao Lijian, a ainsi défendu la fermeture de Stand News, expliquant que "la liberté d'expression ne saurait servir d'abri à des activités criminelles".

Zhao Lijian a rejeté les critiques étrangères en estimant qu'aucun pays "n'a le droit de s'ingérer dans les affaires de Hong Kong".

"Certaines forces étrangères, sous couvert de défendre la liberté de la presse, se sont livrées à des propos irresponsables", a-t-il dénoncé.