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Enfin libre, le militant politique Rami Shaat est arrivé à Paris

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Par Euronews  avec AFP
Rami Shaath est arrivé à Paris samedi 8 janvier 2022, libéré après 900 jours de détention en Egypte.
Rami Shaath est arrivé à Paris samedi 8 janvier 2022, libéré après 900 jours de détention en Egypte.   -   Tous droits réservés  JULIEN DE ROSA/AFP or licensors

Le militant politique égypto-palestinien Ramy Shaath est arrivé samedi à Paris, visiblement soulagé après plus de 900 jours de détention en Egypte. Mais sa famille s'insurge qu'il ait été contraint de renoncer à sa nationalité égyptienne pour obtenir sa libération.

"C'est énorme. Je suis très heureux d'être ici", a-t-il lancé en anglais quelques minutes après être sorti de l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, le bras levé tout en tenant la main de son épouse, la Française Céline Lebrun, qui avait elle-même été expulsée d'Egypte au moment de son arrestation.

"J'ai passé les deux dernières années et demi entre des prisons, des lieux de disparition forcée, certains sous terre, d'autres à l'isolement, d'autres encore où j'étais avec énormément de monde soumis à un traitement particulièrement inhumain", a-t-il raconté.

Ramy Shaath a été libéré "dans la soirée du (jeudi) 6 janvier, après plus de 900 jours de détention arbitraire", a écrit sa famille dans un communiqué. Les autorités égyptiennes l’ont ensuite remis à un représentant de l'Autorité palestinienne à l'aéroport du Caire, d'où il a pris un avion pour Amman. Il a atterri en France samedi après-midi.

Disant partager le "soulagement" de l'épouse de Ramy Shaath, le président français Emmanuel Macron a salué, sur Twitter, "la décision des autorités égyptiennes" et dit "merci à tous ceux qui ont joué un rôle positif dans cette heureuse issue".

"Depuis plus de deux ans, les autorités françaises ont été pleinement mobilisées auprès des autorités égyptiennes afin que la situation de M. Shaath puisse trouver une issue positive", a de son côté commenté le ministre des Affaires étrangères français dans un communiqué.

Figure de la révolution égyptienne

Ramy Shaath, 48 ans, est une figure de la révolution égyptienne de 2011 et le coordinateur en Egypte du mouvement Boycott, désinvestissement, sanctions (BDS, prônant le boycott d'Israël dans la lutte contre l'occupation des Territoires palestiniens, Ndlr). Il était détenu depuis juillet 2019 pour avoir voulu fomenter des "troubles contre l'Etat".

Après "deux ans et demi de détention injuste dans des conditions inhumaines", sa famille regrette que les autorités égyptiennes l'aient "contraint" à "renoncer à sa citoyenneté égyptienne comme condition préalable à sa libération". "Personne ne devrait avoir à choisir entre sa liberté et sa citoyenneté", a-t-elle déploré dans le communiqué.

En décembre, cinq organisations de défense des droits humains avaient interpellé le président français Emmanuel Macron sur le sort de ce militant, fils du dirigeant politique palestinien Nabil Shaath.

Un an plus tôt, au cours d'une visite à Paris du président égyptien Abdel Fattah al-Sissi le 7 décembre 2020, M. Macron avait affirmé s'être entretenu avec lui de "cas individuels", dont celui de Ramy Shaath.

60 000 détenus d'opinion

L'Egypte compte plus de 60 000 détenus d'opinion, selon des ONG. Les Etats-Unis estiment que le pays viole les droits humains dans tous les domaines et ont en conséquence gelé 10% de leur aide.

La libération de Ramy Shaath ne met pas fin à "la nécessité d'une action internationale contre le bilan catastrophique du gouvernement égyptien en matière de droits humains", estiment dans un communiqué onze ONG, dont Amnesty international et la Fédération internationale des droits de l'Homme.

Un autre prisonnier a été libéré samedi, après plus de deux ans de détention préventive. Il s'agit de Ramy Kamel, militant copte des droits humains, qui s'est fait connaître lors de la révolte populaire de 2011 qui a balayé le président Hosni Mobarak.

Ramy Kamel a été arrêté le 23 novembre 2019 sur des accusations d'appartenance à un groupe terroriste. "Ramy est parmi les siens... c'est la fête !", s'est réjouie sa soeur Bossi sur sa page Facebook.

Parmi les "innombrables prisonniers" encore "arbitrairement détenus" en Egypte figurent beaucoup de "militants pacifiques, défenseurs des droits humains, avocats, universitaires et journalistes détenus uniquement pour avoir exercé leurs droits à la liberté d'expression, de réunion pacifique et d'association", ont listé ces organisations, appelant Le Caire à libérer ces opposants.

Un autre militant égyptien des droits humains, le chercheur Patrick Zaki, a été libéré en décembre après 22 mois de détention mais encourt toujours jusqu'à cinq ans de prison pour "fausses informations" à cause d'un article dénonçant les discriminations contre les chrétiens.