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L'UE anticipe une croissance plus faible sur fond d'inflation liée à la guerre en Ukraine

Par Naomi Lloyd  & Guillaume Desjardins
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Le coût économique de la guerre menée par la Russie en Ukraine frappe durement les pays européens. Leur économie était sur la voie d'une expansion solide au sortir de la pandémie, mais aujourd'hui, l'Union européenne a ramené ses prévisions de croissance de 4 à 2,7 % et relevé celle concernant l'inflation. 

Impact économique

L'économie de l'Union européenne ressent l'impact de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Les prix de l'énergie ont connu une nouvelle flambée, portant l'inflation à des niveaux record.

L'Ukraine et la Russie produisent près d'un tiers du blé et de l'orge dans le monde et sont d'importants exportateurs de métaux. Des perturbations dans ces chaînes d'approvisionnement, mais aussi les coûts plus élevés de nombreuses matières premières ont fait grimper le prix des denrées alimentaires et d'autres biens et services de base. Ce qui exerce des contraintes sur les entreprises et nous laisse moins d'argent dans les poches. L'Union européenne a réduit ses prévisions de croissance en les faisant passer de 4 à 2,7 % pour cette année et de 2,8 à 2,3 % pour 2023. L'inflation qui avait été envisagée à 3,9 % il y a quelques mois est aujourd'hui, attendue à 6,8 % en moyenne.

Le coût pour l'Allemagne

La guerre met les économies européennes à l'épreuve de manière hétérogène. La prévision de croissance pour l'Allemagne est l'une des plus faibles en Europe, à savoir 1,6 %. L'Allemagne avec son Mittelstand, cet écosystème industriel ancré au niveau local, est également fortement intégrée aux pays voisins dont l'Ukraine.

En 2021, l'Union européenne a importé pour 760 millions d'euros de câbles ukrainiens, destinés surtout à l'automobile, mais également au secteur de l'aérospatial.

Même si l'entreprise Rocket Factor Augsburg (RFA) ne s'approvisionne pas directement en Ukraine, lorsque la Russie a envahi son voisin en février dernier, c'est tout un écosystème qui s'est retrouvé sens dessus dessous.

Cofondateur de RFA, Jörn Spurmann reconnaît que ces perturbations font des ravages."Nos fournisseurs ont des difficultés pour obtenir certaines choses, nous voyons que les prix augmentent dans la logistique en raison de la pénurie de conteneurs - un problème qui espérons-le, sera temporaire -," précise-t-il.

"Évidemment, nous constatons aussi une hausse des prix de l'énergie - nous espérons aussi qu'elle soit limitée dans le temps -," explique-t-il avant d'ajouter : "Il y a certaines choses qui affectent notre activité, surtout notre chaîne d'approvisionnement."

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Rocket Factor Augsburg (RFA) subit les conséquences de la hausse des prix et des perturbations dans ses chaînes d'approvisionnementeuronews

S'ils veulent pouvoir envoyer leur première fusée dans l’espace en 2023 comme prévu, Jörn Spurmann et son équipe doivent faire preuve de créativité comme adapter à leurs fusées, des pièces et composants produits en séries pour d'autres secteurs et donc, plus faciles à se procurer.

"Il y a des fournisseurs qui se présentent aujourd'hui, avec des prix plus élevés ou des délais plus longs, donc nous devons trouver des alternatives," indique Jörn Spurmann. "Nous n'avons pas de sources uniques, mais cela demande plus de temps et d'efforts dans la gestion de la chaîne d'approvisionnement de notre côté," fait-il remarquer.

Ce type de perturbations n'impacte pas seulement le secteur de l'aérospatial, il met à mal une reprise économique tant espérée après deux ans de pandémie, d'autant plus qu'après des années d'inflation plus que modérée, la hausse du coût de la vie fait son grand retour sur la scène européenne.

Inflation record depuis la réunification

Les prévisions économiques de la Commission européenne prévoient une inflation de 6,5 % en Allemagne cette année, un record depuis la réunification en 1990.

Joachim Schallmayer, directeur des marchés financiers et de la stratégie à Dekabank, estime que cette pression sur les prix affecte la consommation. "Les ménages perdent du pouvoir d'achat, donc ils consommeront moins," déclare-t-il. 

"Pour les entreprises, cela veut dire une perte relative de compétitivité, surtout pour celles qui sont situées en Allemagne : nous devons supporter le poids de ces prix de l'énergie plus élevés et elles peuvent le répercuter dans une certaine mesure, mais pas entièrement," fait-il savoir.

Alors que la croissance stagne et que les prix augmentent, l'UE espère que le plan de relance de 800 milliards d'euros permettra de contenir la situation.

Mais des nuages d'incertitude économique risquent de subsister dans les semaines et les mois à venir alors que la guerre continue de faire rage en Ukraine.

Inflation : "Les choses doivent probablement encore empirer avant de s'améliorer"

Pour en savoir plus sur la crise économique actuelle en Europe, Naomi Lloyd de Real Economy s'est entretenue avec Maria Demertzis, économiste et directrice adjointe du think-tank Bruegel, basé à Bruxelles.

Naomi Lloyd, euronews :

"La guerre en Ukraine a-t-elle fondamentalement changé les perspectives économiques européennes ou a-t-elle exagéré des problèmes économiques qui existaient déjà ?"

Maria Demertzis, directrice adjointe de Bruegel :

"Je pense qu'elle a joué ce phénomène d'exagération, c'est clair concernant l'inflation. Cette inflation est liée à l'énergie, en particulier provenant de la Russie. Cela touche l'Europe beaucoup plus que les États-Unis car nous dépendons beaucoup plus de la Russie que les autres. Cela dépend bien sûr de l'issue de la guerre et de la rapidité avec laquelle nous trouverons des alternatives en Europe. Ce qui ne peut pas se faire du jour au lendemain. Quant aux perspectives de croissance, nous sortons d'une pandémie - ou nous y sommes encore -, mais au moins l'économie en sort. Nous avons connu de fortes hausses de la croissance à cause de cela. Cela s'est un peu calmé, mais il n'y a pas de changement fondamental."

Naomi Lloyd :

"Les gens qui nous regardent voient leurs factures d'énergie augmenter. Même chose pour le coût de la vie et des denrées alimentaires. Devrions-nous nous préparer à de nouvelles hausses ?"

Maria Demertzis :

"Je pense que oui. Nous allons certainement connaître une autre année de ce genre en termes d'inflation anormale. Nous avons vu ici en Belgique, un doublement du prix de la farine, d'où des répercussions importantes sur le prix du pain. Nous le ressentirons encore dans notre porte-monnaie quand nous ferons le plein pour nos voitures ou nos courses pour la semaine. Et si j'ose dire, les choses doivent probablement empirer encore un peu avant de s'améliorer. Donc, nous devons nous préparer à une aggravation."

Naomi Lloyd :

"Cette hausse de l'inflation est-elle une véritable préoccupation ou sommes-nous simplement nerveux parce que nous sortons d'une très longue période de faible inflation ? "

Maria Demertzis :

"Cela dépend de ce avec quoi vous comparez cette inflation. Si vous la comparez aux dix dernières années, oui, c'est un peu ça : nous nous sommes habitués à des taux d'inflation très bas. Mais elle n'est pas problématique si vous la comparez à la situation dans les années 1970 avec la stagflation réelle, des taux d'inflation de 15 % et une croissance négative. Nous n'avons pas ces chiffres aujourd'hui. Je ne m'attends pas à ce que nous les atteignons, même dans le pire des scénarios. Mais bien sûr, c'est très difficile à prévoir."

"L'économie européenne est en bonne posture pour se relever"

Naomi Lloyd :

"Avons-nous besoin d'une hausse des taux d'intérêt ?"

Maria Demertzis :

"Je crois qu'il sera très difficile pour la Banque centrale européenne de ne pas augmenter les taux d'intérêt - et c'est le cas d'autres banques centrales qui doivent gérer leurs propres taux d'intérêt - quand nous observons une inflation de cette ampleur."

Naomi Lloyd :

"Dans quelle mesure jugez-vous la siuation de l'économie européenne préoccupante ?"

Maria Demertzis :

"Je pense que l'économie européenne a assez bien résisté à la crise de la pandémie. Alors, bien sûr, la nouvelle crise est d'une nature très différente et elle affectera aussi la façon dont nous pouvons coopérer au niveau mondial : ce qui, bien sûr, aura des répercussions économiques. L'économie européenne est en bonne posture pour s'en relever. Maintenant, la question de savoir si nous y parviendrons dépend aussi de l'évolution de la guerre."

Journaliste • Naomi Lloyd

Video editor • Jean-Christophe Marcaud

Sources additionnelles • Production : Louise Lehec ; cameramen : Pierre Holland, Ludwig Pinchart (Belgique) & Mathieu Rocher, Frank Weinert (Allemagne) ; Motion Design : NEWIC