Newsletter Newsletters Events Évènements Podcasts Vidéos Africanews
Loader
Suivez-nous
Publicité

Pourquoi le projet franco-allemand de chasseurs FCAS a-t-il échoué ?

Dassault et Airbus devraient construire le futur avion de combat européen (photo d’illustration).
Dassault et Airbus devaient construire le futur avion de combat européen (photo d’illustration). Tous droits réservés  Copyright 2009 AP. All rights reserved.
Tous droits réservés Copyright 2009 AP. All rights reserved.
Par Franziska Müller & Sonja Issel
Publié le Mis à jour
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google
Partager Close Button

Le projet FCAS, censé devenir le plus grand programme européen de défense, est finalement un échec. Après des années de négociations, industriels français et allemands restent divisés.

Après des mois de bras de fer autour du projet, l'annonce officielle est tombée ce lundi 8 juin : le programme de chasseur franco-allemand FCAS (Future Combat Air System) a finalement échoué. Une annonce faite par les chefs d'État et de gouvernement allemand et français.

PUBLICITÉ
PUBLICITÉ

Selon l'Élysée, "les autorités allemandes estimaient qu'il n'était pas possible d'exercer une pression supplémentaire sur les entreprises concernées".

Mais comment cette coopération de défense de premier plan a-t-elle pu échouer ?

Un coût de 100 milliards d'euros

Le sigle FCAS désignait ce qui était considéré comme le plus grand et probablement le plus coûteux programme d'armement européen. Un projet lancé à Paris en 2017 par le tout nouveau président français Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel (CDU).

Au cœur du projet se trouvait le "Next Generation Weapon System" (NGWS). Il prévoyait un nouveau chasseur de prochaine génération, pouvant être utilisé avec pilote à bord ou, en option, sans pilote. Il devait être épaulé par des drones d'accompagnement, les "Remote Carriers". L'ensemble des composantes devait être relié par une "Air Combat Cloud" numérique, où les données des capteurs auraient été agrégées en temps réel afin de fournir une image commune de la situation.

Ce système devait rendre les opérations aériennes futures plus efficaces. Il était pour cela censé présenter des capacités furtives avancées, afin de compliquer sa détection par les radars et autres capteurs. Le FCAS devait en outre être doté de moyens modernes de guerre électronique et pouvoir employer des armements de précision à longue portée.

Contrairement aux chasseurs actuels comme l'Eurofighter ou le Rafale, le FCAS était conçu comme un "système de systèmes" interconnecté. Drones et autres capteurs devaient y alimenter un cloud, dont les données auraient été exploitées directement grâce à l'intelligence artificielle. L'objectif était de préserver et d'accroître durablement les capacités européennes en combat aérien. Les coûts de développement étaient récemment estimés entre 80 et 100 milliards d'euros.

Pourquoi le projet FCAS a échoué

La principale raison de l'arrêt réside dans un différend insoluble entre les groupes d'armement Dassault et Airbus. En mars, le chancelier et le président français avaient tenté une ultime médiation.

Le groupe français de défense Dassault, à l'origine de chasseurs comme le Mirage et le Rafale, devait coopérer dans le domaine aéronautique avec Airbus, entreprise franco-allemande. Airbus est partiellement détenu par l'État : l'Allemagne et la France en possèdent chacune environ 10 % du capital, et l'Espagne environ 4 %.

Une répartition par domaine d'expertise était alors prévue : Dassault devait développer le futur avion de combat et Airbus les drones d'accompagnement associés. Selon des informations de la chaîne ZDF, le patron de Dassault, Éric Trappier, aurait refusé de partager certaines données sensibles et brevets avec Airbus.

D'autres points de friction auraient porté, entre autres, sur les droits de propriété liés aux nouvelles technologies et sur le partage des revenus espérés à l'avenir.

Plus récemment, il n'a pas été possible de trancher quelle entreprise, et quelles personnalités, occuperaient les postes de direction. Dassault les revendiquait depuis longtemps, tandis qu'Airbus refusait de se contenter d'un rôle de partenaire junior. Dassault justifiait cette prétention à diriger le programme en affirmant se considérer comme le maître d'œuvre du projet. L'entreprise faisait aussi valoir qu'elle détenait l'ensemble du savoir-faire nécessaire pour développer un avion de combat "de A à Z".

Dassault est à l'origine du chasseur Rafale et veut désormais développer seul la prochaine génération.
Dassault est à l'origine du chasseur Rafale et veut désormais développer seul la prochaine génération. Copyright 2013 AP. All rights reserved.

Les exigences militaires divergeaient également : la France tenait à un avion capable d'emporter l'arme nucléaire et d'être embarqué sur porte-avions pour ses forces armées. L'Allemagne ne jugeait pas ce besoin pertinent.

Lorsque le patron d'Airbus, Guillaume Faury, a proposé en février 2026 de produire deux versions du chasseur, le conflit entre les entreprises est reparti de plus belle. Début mars, Dassault a accusé Airbus de torpiller le projet par cette proposition.

"Airbus ne veut plus travailler avec Dassault", déclarait en mars Éric Trappier, directeur général de Dassault, cité par le quotidien français Le Monde.

La Combat Air Cloud doit continuer à être développée

Les plans du nouveau chasseur ne seront désormais plus exploités, à une exception près. Le "système de systèmes" doit, lui, continuer à être développé. Selon des sources gouvernementales, le développement de la "Combat Cloud", c'est-à-dire la combinaison de drones, d'intelligence artificielle et de cloud de données, doit se poursuivre.

Après l'abandon du programme, Airbus est désormais en quête de nouveaux partenaires. Dans le secteur, le groupe suédois de défense Saab et le programme de chasseur britannico-japono-italien sont notamment cités comme pistes de coopération possibles. Dassault devrait par ailleurs développer de façon autonome une nouvelle génération de Rafale.

Avec l'échec de ce chasseur commun s'achève l'un des projets d'armement européens les plus ambitieux de ces dernières années. Dans le même temps, cette décision marque un changement de cap : plutôt qu'un avion unique, Berlin et Paris semblent désormais miser sur des développements nationaux distincts, abrités sous un même toit technologique.

Lors du prochain Conseil des ministres franco-allemand, qui se tiendra en juillet en Allemagne, les deux ministères de la Défense doivent élaborer un plan de travail commun, centré sur un nombre limité de projets jugés réalistes et pertinents par le gouvernement allemand.

Accéder aux raccourcis d'accessibilité
Partager Discussion Suivez Euronews sur Google

À découvrir également

Plus d’argent pour l’armée : pour quoi faire ? Bras de fer entre eurodéputés dans The Ring

Allemagne : de plus en plus de jeunes hommes refusent de rejoindre l'armée

La ministre française des Armées doute que la Russie veuille vraiment la paix avec l'Ukraine