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Le réseau de pipelines de l'OTAN

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Le réseau de pipelines de l'OTAN

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Une base militaire belge, au coeur de l’Europe.

Avant de s’envoler pour sa mission, un avion militaire fait le plein de carburant.

Comme toute la flotte aérienne de l’Alliance basée sur le vieux continent, cet avion bénéficie d’un outil logistique hors du commun : le réseau de pipelines de l’OTAN.

Les pipelines de l’OTAN en Europe, c’est un ensemble de dix réseaux distincts, dont le plus étendu est le système de pipelines de centre Europe : le CEPS, soit 5 200 Km de conduites alimentées par treize points d’entrée, dont 6 en villes portuaires.

Le Havre, premier port européen pour tous les pétroliers en provenance de l’Atlantique.

Ici, c’est la Compagnie Industrielle Maritime qui gère la réception, le stockage et le transfert des hydrocarbures.

Une activité permanente, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, au gré de l’amarrage des pétroliers.

Les explications de Gildas Beauchesne, Directeur commercial de la Compagnie Industrielle Maritime, la CIM: «Le navire se connecte au terminal du Havre et réciproquement par l’intermédiaire des bras de chargement, que vous voyez derrière moi. Une fois que cette connexion est réalisée, les opérations commerciales de pompage peuvent débuter. En fonction de la puissance des pompes du

navire, le carburéacteur présent dans les cuves du navire va être pompé vers les installations

de la CIM à des débits qui peuvent monter pour certaines cargaisons jusqu’à 5000m3/heure. »

Il faut parfois jusqu’à une journée pour vider les cuves d’un pétrolier. Les hydrocarbures sont ensuite stockés et contrôlés.

Gildas Beauchesne : «une fois que toutes les garanties de sécurité et de qualité du produit sont atteintes, eh bien les opérations de pompage peuvent démarrer et elles génèrent une activité dans les lignes que vous voyez là, qui permettent d’arriver jusqu’au point de connexion entre les installations de la CIM et les 5200Km de réseau OTAN européen.»

C’est donc de Normandie que s’achemine une part des produits pétroliers qui irriguent le pipeline de l’OTAN.

C’est aussi en Normandie que ce pipeline est né, à l‘été 1944, avec le plus célèbre débarquement de l’histoire.

Les savants et les ingénieurs britanniques ont conçu l’opération Pluto, un chef d’oeuvre du génie militaire : un gigantesque oléoduc est déroulé à travers la Manche. 130 km entre l’île de Wight et Cherbourg pour la première canalisation.

Connecté aux stations de pompage de la côte anglaise, les oléoducs de l’opération Pluto

vont soutenir l’offensive alliée au fur et à mesure de son avance, en alimentant en carburant les transports de troupes, les blindés et l’aviation.

Héritier de Pluto, le pipeline de l’OTAN se développe au plus fort de la Guerre froide.

Aujourd’hui, il garantit les approvisionnements en carburant de tout le continent.

Il convoie plus de 13 millions de m3 par an, traverse cinq pays et relie 34 dépôts militaires qui stockent plus d’1 million de m3 de carburant.

Comme les autres, le dépôt militaire de l’OTAN à l’aéroport de Bruxelles, en Belgique, est enterré.

Après avoir voyagé à un mètre sous le sol, à l’abri de possibles destructions accidentelles ou encore d’attaques terroristes, l’oléoduc en provenance du port d’Anvers parvient jusqu’à un bunker en béton armé.

L’Europe dispose ainsi d’un système sécurisé, surveillé et entretenu en permanence.

Les militaires sont les premiers destinataires mais ils n’utilisent que moins de 10% des carburants en temps de paix.

Ce ratio s’inverse en cas de crise : en 1999, lors de la guerre du Kosovo, le réseau de pipeline de l’OTAN a mobilisé toutes ses capacités pour ravitailler l’intense campagne aérienne menée par l’Alliance.

Un exploit logistique mis en place en moins de 24 heures.

Aux commandes de ce réseau stratégique, la CEPMA, une agence de l’OTAN dédiée à la gestion du CEPS.

Chaque trimestre, les opérationnels de toutes les nations concernées se réunissent pour planifier l’activité et le développement du pipeline, sous la direction de Robert Goyens : «le but de ces réunions est d’assurer sur base continue, l’approvisionnement en énergie de nos clients, qui sont des clients militaires notamment à Ramstein où les Américains prennent énormément de produits pour leurs opérations en Afghanistan et également pour nos clients civils qui sont ravitaillés à Schiphol, Francfort, Findel et Bruxelles pour faire face aux besoins de tous les jours.»

7.04 militaire belge, salle contrôle, set up vermeulen

Le réseau est géré en temps réel par chaque pays hôte. En Belgique, la Belgian Pipeline Organisation surveille 800 Km de conduites et 14 stations de pompage depuis sa salle de contrôle de Louvain.

Aux manettes, le commandant Vermeulen : «on tourne à du 330m3/heure, on va augmenter jusqu’à 400m3/heure et ça représente à peu près douze camions. Donc si vous voyez un camion sur la route, il contient normalement 30m3. Donc ça veut dire que avec 4 lignes à l’instant même on enverrait cinquante camions par heure sur la route. Si on fait le compte du fait qu’on pompe 24h/24, 365 jours par an, on aurait des bouchons sur les réseaux de trafic en Belgique non stop.»

90% des carburants du CEPS sont destinés à approvisionner les clients civils de l’OTAN, et d’abord des aéroports comme Amsterdam, Francfort, Bruxelles.

A l’aéroport international de Bruxelles, le dépôt civil côtoie le dépôt militaire.

Dominique Duchesne Manager, une des directrice de Hydrant Refuelling System – Zaventem nous explique le principe : «depuis 1993 l’aéroport est exclusivement approvisionné par le pipeline de l’OTAN. Comme vous pouvez le voir ici, les installations militaires sont juste à côté, le pipeline arrive sous terre évidemment, pour enfin arriver à notre compteur dans nos installations. Nous avons gagné en flexibilité, mais certainement en sécurité.»

Sur l’aéroport de Bruxelles, la totalité du ravitaillement des 350 avions qui transitent chaque jour est assurée par le CEPS.

Un approvisionnement constant, supervisé par Dominique Duchesne : «nous sommes arrivés au bout de la chaîne, le kérosène enfin est acheminé jusqu’à l’avion. La mission d’HRS se termine au niveau du tarmac, interviennent ensuite des sociétés de mise à bord, Skytanking en l’occurrence a pris le produit en charge et est occupé à ravitailler un avion de Brussels Airlines.»

Chaque année, ce sont ainsi plus de 18 millions de passagers qui s’envolent de Bruxelles grâce au carburant livré par le CEPS.

Un réseau qui doit encore être développé.