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Donald Tusk, Premier ministre polonais : " Nous voulons adopter la monnaie unique dès que possible "

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Donald Tusk, Premier ministre polonais : " Nous voulons adopter la monnaie unique dès que possible "

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La Pologne prendra au mois de juillet la présidence tournante de l’Union européenne. Pour connaître ses priorités et ses objectifs, euronews a interviewé le Premier ministre Donald Tusk. Crise économique, révoltes dans le monde arabe et future adoption de l’euro par Varsovie. Sur toutes ces questions, le chef du gouvernement polonais nous livre ses réponses :

Sergio Cantone, euronews : “ Monsieur le Premier ministre, bienvenue sur euronews. Votre pays va prendre la présidence de l’Union européenne à une période délicate sur fond de problèmes politiques et de manque de consensus parmi les citoyens sur la question de l’Europe. Comment pensez-vous pouvoir contrecarrer cette montée de l’euroscepticisme à travers l’Europe ? “

Donald Tusk : “ L’Union européenne n’est pas un concept réservé aux périodes faciles. Elle doit aussi faire ses preuves quand les temps sont difficiles, et c’est à mon avis la première mission de la présidence polonaise. Rebâtir une confiance dans l’Europe équivalente à la nôtre. “

euronews : “Il y a des pays qui voudraient réduire leur participation au budget de l’Union européenne, parce qu’ils disent dépenser trop. Que pensez-vous de cela ? Est-ce que c’est aussi le signe d’un euroscepticisme grandissant parmi les citoyens des pays les plus riches ? “

Donald Tusk : “ Est-ce que le financement des autoroutes, la protection du climat, et plus généralement les investissements qui viennent du budget de l’Union européenne sont responsables de la crise ? Nous connaissons la réponse. Bien sûr que non. Je voudrais aussi souligner le fait que le budget européen n’a pas augmenté ces dernières années par rapport aux budgets nationaux, il a plutôt diminué.

Actuellement, toute personne ayant du bon sens ne demanderait pas une augmentation radicale des dépenses. Nous devons tous réduire les dépenses publiques, mais si les victimes de la crise financière devaient être la politique commune et le budget européen, ce serait la plus grande erreur que l’Union européenne puisse commettre. “

euronews : “ Monsieur le Premier ministre, je ne fais pas seulement référence à la politique de cohésion et au budget mais aussi aux pays qui doivent en secourir d’autres dans l’Union européenne en raison de la crise de l’euro. Dans ce cas précis, il ne s’agit évidemment pas de la politique de cohésion. Que pensez-vous des critiques qui viennent des pays où l’on a le sentiment de payer pour les autres ? “

Donald Tusk : “ Je ne voudrais pas faire de différence entre les responsabilités des Allemands et des Grecs par exemple. Nous avons tous les mêmes devoirs, qui sont d’une part ne pas gaspiller l’argent public comme cela s’est déjà produit dans certains pays du sud, et d’autre part ne pas se sentir dupé par l’Union européenne, parce qu’au sein du marché européen, les pays riches engrangent aussi de grands profits. “

euronews : “ Tôt ou tard, La Pologne va rejoindre la zone euro. Mais les Polonais ne semblent pas très enthousiastes à l’idée d’adopter la monnaie unique. Qu’en est-il de votre gouvernement ? Quelle est sa position ? “

Donald Tusk : “ Nous avons pris notre décision depuis un certain temps, et nous prenons cela très au sérieux en Pologne. L’adhésion à l’Union européenne et la signature des Traités impliquent que la Pologne devienne un membre de la zone euro. Nous voulons adopter la monnaie unique dès que possible. Le fait qu’aujourd’hui l’enthousiasme de la population vis-à-vis de l’euro ne soit pas aussi fort qu’il l‘était auparavant est dû à la situation actuelle de l’eurozone et non pas à un revirement subjectif des Polonais. “

euronews : “Mais vous justifiez les craintes de vos citoyens par rapport à l’approche qu’ont certains Etats membres de la zone euro vis-à-vis de la monnaie unique. “

Donald Tusk : “ En Pologne, nous ferons ce que nous avons à faire dans notre marche vers l’eurozone. J’ai toujours dit que les ressentis devaient être considérés comme tels et qu’il y avait des critères concrets. “

euronews : “ Mais la monnaie unique est impopulaire en Pologne, n’est-ce pas ? Les gens voient d’un mauvais oeil ce qui se passe dans la zone euro. “

Donald Tusk : “ Non, non. Nous avons toujours souligné que la décision serait prise quand la Pologne remplirait tous les critères de Maastricht. Certains ont dit que la Pologne, grâce à sa situation économique et financière, pourrait emprunter la voie rapide vers l’euro, mais nous pensons que pour entrer dans la zone euro de manière responsable, la Pologne doit remplir tous les critères de Maastricht, et c’est à ce moment-là que nous prendrons notre décision. Croyez-moi, si l’enthousiasme est moindre qu’auparavant, il reste suffisant pour que la Pologne rejoigne l’eurozone. “

euronews : “ La plupart des difficultés de la politique étrangère et de sécurité commune viennent du Proche-Orient, avec les révoltes en cours dans le monde arabe, et l’Union européenne n’est pas capable de trouver une position commune face à cette situation. Quelle proposition allez-vous mettre sur la table ? “

Donald Tusk : “ Lorsque j’ai participé à la réunion de Paris, celle où l’intervention européenne a été enclenchée – je pense qu’on peut le dire ainsi – je me suis demandé : est-ce qu’il y a vraiment des divergences entre les Etats membres de l’Union ? Je pense que la situation n’est pas aussi mauvaise que ce que certains observateurs laissent entendre de l’extérieur. “

euronews : “ Pardonnez-moi mais les Allemands notamment étaient très réticents à entrer en guerre avec la Lybie, tout comme ils étaient réticents à ce que les Français et les Britanniques lancent les attaques, les bombardements. Quant aux Italiens, personne ne savait vraiment ce qu’ils voulaient, mais ils n‘étaient pas satisfaits de la situation. Donc, c’est un problème majeur pour l’Union européenne. L’Union européenne a été incapable d’exprimer une position unique en raison des divisions entre ses Etats membres. “

Donald Tusk : “ Le fait est que dans les engagements militaires forts, on retrouve essentiellement les Français et les Britanniques, mais d’autres partenaires s’impliquent aussi en fonction de leurs possibilités. C’est pourquoi je crois que l’attitude politique de l’Europe a été à la hauteur, si l’on tient compte des expériences précédentes. Et il faut tenir compte d’autre chose : nous n’avons pas de normes militaires et administratives uniformes et cela révèle le besoin qu‘à l’avenir la politique de sécurité européenne soit mieux organisée, plus intégrée, réglementée. Dès lors, il n’y aura plus de discussions contrariantes et de débats sur la contribution de chaque pays. “

euronews : “ Que pensez-vous de la politique européenne vis-à-vis de la Russie. Croyez-vous qu’elle est cohérente ? Ou la Russie représente-t-elle un autre dossier qui divise les pays européens ? “

Donald Tusk : “ Je suis heureux que cette conversation ait lieu au moment où nous finalisons des négociations ardues, notamment ici à Bruxelles, pour faire en sorte que les citoyens russes puissent voyager sans visa au moins depuis la région autonome de Kaliningrad. Cela a été une initiative polonaise et nous sommes en train de la finaliser. C’est un pas de plus vers la normalisation des relations polono-russes. Je crois que la Pologne, grâce à son expérience et à l’approche que mon gouvernement a adoptée ces dernières années – une approche qui consiste à bâtir de bonnes relations avec la Russie – grâce à tout cela, l’Europe est sur la bonne voie pour conduire une politique cohérente, cohésive et consistante, sans changements radicaux. “