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L'avortement en Pologne : entre légalité partielle et clandestinité

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L'avortement en Pologne : entre légalité partielle et clandestinité

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Les Polonaises sont de plus en plus nombreuses à se rendre à l‘étranger, notamment en Allemagne pour mettre un terme à leur grossesse. En Pologne, les lois sur l’avortement figurent parmi les plus dures en Europe. Pourtant, des femmes avortent en secret, dans l’illégalité. Elles seraient presque 200.000 concernées chaque année.

Dans un quartier populaire de Varsovie, rencontre avec un homme d‘église ultra-conservateur. En pleine période électorale dans le pays, Ryszard Halwa, président de “SOS, protection pour la conception” est présent dans les médias pour tenter d’obtenir l’interdiction totale de l’avortement en Pologne.

Aujourd’hui dans le pays, avorter est illégal sauf en cas de viol, de risque pour la santé de la mère et en cas de malformation du foetus.

Une législation trop permissive d’après le prêtre qui parle d’une “loi effroyable et mortelle.”

Non loin de là : la Fédération polonaise pour les femmes et le planning familial. L’organisation se bat elle, pour une libéralisation de l’avortement.

Aujourd’hui, entre 100.000 et 200.000 interruptions volontaires de grossesse sont pratiquées dans l’illégalité chaque année dans le pays.Alors, les interdire totalement, comme le réclament les conservateurs, serait une catastrophe selon la présidente de la Fédération. “Des femmes pourraient perdre la vie parce qu’en cas de problèmes de santé, les médecins pourraient choisir de sauver la vie du foetus plutôt que celle de la mère,” estime Wanda Nowicka.

L’Irlande, Malte et la Pologne sont en Europe, les trois pays les plus sévères en matière d’IVG. Pour profiter de législations plus souples, les Polonaises sont de plus en plus nombreuses à passer les frontières pour se faire avorter. Elles se rendent en Slovaquie, en République tchèque ou en Allemagne.

Ainsi, le long de la frontière avec la Pologne, une multitude d’institutions publiques et privées leur propose leurs services.

En Allemagne, à Prenzlau, en 2008, environ 50 Polonaises par an ont réussi à échapper à un IVG clandestin dans leur pays.

Aujourd’hui, elles sont 600 chaque année à être admises dans cet hôpital.

Nous rencontrons l’une de ses patientes. Elle est très jeune et veut rester anonyme. Nous l’appelerons “Julita.” Son père l’accompagne dans ce moment difficile. “Jamais je n’aurais osé me faire avorter illégalement en Pologne, comme beaucoup d’autres le font. C’est pire, la situation là-bas. Ce n’est pas comme ici, en Allemagne où l’avortement est légal,” raconte-t-elle. “En Pologne, j’aurais eu peur des complications et c’est très difficile de trouver un médecin qui soit prêt à faire une IVG. La loi en Pologne est trop stricte. ça devrait être comme en Allemagne : si on veut se faire avorter, ça devrait être accessible à tout le monde, ça devrait être moins compliqué parce que chaque femme a le droit de décider pour elle-même. Mais je pense que ça ne va jamais changer en Pologne. L’Eglise catholique et les prêtres, eux, ils ont des idées arrêtées sur le sujet.”

Environ 90% des Polonais sont catholiques. L’Eglise

entretient des liens étroits avec la plupart des partis politiques. Et elle parvient à peser sur les décisions au niveau national. En 1993, elle a obtenu l’adoption d’une loi plus sévère sur l’avortement en échange de son soutien à l’adhésion du pays à l’Union européenne. Mais les anti-IVG veulent aller plus loin.