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La Libye sur le dur chemin de la réconciliation

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La Libye sur le dur chemin de la réconciliation

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Forte de sa révolution, la Libye doit se reconstruire sur les décombres de l’ancienne dictature.
Un défi qui doit passer d’abord par la réconciliation, et la mise en place de nouvelles institutions.
Les armes se sont tues, mais beaucoup reste à faire pour assurer la stabilité d’un pays ou dissensions régionales, rivalités tribales, et lutte pour le pouvoir battent encore leur plein.
  
“Nous devons apprendre à vivre notre liberté”
 
Depuis la mort de Kadhafi, la capitale libyenne offre un spectacle parfois insolite.
Le complexe de Bab al Aziziya, l’ancien siège du pouvoir du dictateur déchu à Tripoli, est devenu un lieu de visite, où les citadins se mèlent aux héros de la révolution..
Ce jour là, Hana et sa soeur Awatef sont venues assister avec leur mère à un événement historique: la démolition  des restes de l’une des demeures de Kadhafi, dont les jets de l’OTAN n‘étaient pas venues à bout.
 
“Pour nous, cet endroit le représente LUI. Sa pensée, ses hommes. Toutes les atrocités ont commencé ici, tout ce qui s’est passé en Libye depuis 42 ans. Donc cet endroit pour nous aujourd’hui, maintenant qu’il est parti, représente notre liberté. La liberté de la Libye et le futur de la Libye. Et une fois qu’il sera démoli, espérons qu’il ne restera plus rien de Kadhafi” explique Hana.
 
Sa soeur Awatef ne cache pas son émotion: 
 
“Je ne peux pas décrire ce que je ressens. Je n’y crois toujours pas. Vraiment j’ai du mal à y croire. Parfois je me demande, “est-ce que c’est vrai?” Et puis je me rends compte que oui, c’est vrai! Et alors je me sens vivre à nouveau”.
   
“C’est un pays qui n’a jamais connu la liberté politique, qui n’a jamais eu plusieurs partis politiques. Nous avions un seul dirigeant, un dictateur, une pensée unique” reprend Hana. “ Nous devons apprendre à exercer notre liberté maintenant. Nous devons apprendre à accepter les divisions politiques, et nous espérons arriver à conserver l’unité de notre peuple en même temps”.
 
Reconstruire l’unité, inventer la démocratie
 
Reconstruire l’unité du pays, sur les décombres de la révolution, un enjeu crucial pour la Libye,
où la réconciliation entre forces rebelles et anciens partisans du régime déchu restent à faire.
 
La démilitarisation, la maîtrise des tensions inter-regionales, et des rivalités tribales, ne sont que quelques uns des autres défis à venir.
 
Lors de la premiere visite officielle d’une instance politique internationale au Conseil National de Transition (CNT), le president du Parlement européen venait offrir son soutien à la construction  des futures institutions libyennes.
 
 
Si le Conseil national de transition a promis d’engager le pays sur la voie de la democratie, ce sera à l’aune de la loi islamique, a réaffirmé le président du CNT.
  
Un gouvernement d’interim sera chargé de gérer la reconstruction du pays aux côtés du CNT d’ici la tenue d’elections constituantes dans 8 mois.
 
 
Une sécurité précaire
 
D’ici là, il faudra répondre aux attentes du pays, à commencer par le rétablissement de la sécurité.
 
C’est ce que des manifestants venus du Sud du pays, a un millier de kilometres de la capitale, sont venus demander aux nouvelles autorités de Tripoli.
  
“Nous sommes ici pour protester et faire entendre la voix de ceux qui vivent dans le sud. Il y a des bandes criminelles, des restes de Khaddafi, qui violent les droits de l’homme. Ils ont arrêté des citoyens, ils commettent des vols, des viols, ils portent atteinte à notre sécurité” raconte un manifestant.
 
“Le Sud est devenu une sorte de refuge pour les mercenaires de Khaddafi. Ils se sont regroupés là-bas et commettent toutes sortes d’exactions, en se faisant passer pour des révolutionnaires du 14 février.”
 
Selon un autre manifestant: 
 
“Certains de ces gens viennent du Niger, du Tchad. Ce ne sont pas des Libyens. Ils nous maltraitent. Ils ont tout détruit chez nous. Donc nous demandons au CNT et au Conseil militaire de nous aider”.
 
Ils appellent aussi l’Europe à jouer un rôle de protection dans le Sud de la Libye, principal point de passage, disent-ils, des africains qui veulent se diriger vers l’Europe.
  
Les victimes collatérales de la révolution
 
Les ressortissants d’Afrique noire sont aussi des victimes collatérales de la révolution libyenne.
 
Notre voyage se termine en Tunisie, à la frontière nord de la Libye.
  
Le camp de réfugiés de Choucha est le seul à ne pas avoir encore été démantelé dans la région.
 
Il abrite encore quelques 4000 réfugiés, dont bon nombre viennent de pays d’Afrique sub-saharienne.
 
Fuyant la misère et les conflits dans leur pays d’origine, des dizaines de milliers d’entre eux vivaient en Libye aux premières heures de la révolution.
 
Ils ont du fuir de nouveau.
  
Comme Yakubadam, coincé ici depuis plus de 7 mois avec sa famille.
 
Réfugié du Darfour, il vivait de petits boulots à Tripoli comme clandestin.
 
Maltraités à l‘époque, les noirs sont désormais pourchassés par les rebelles et parfois tués, parce qu’accusés d‘être des mercenaires à la solde de Khaddafi.
 
Officiellement, les brigades de khaddafi comptaient quelques 6000 mercenaires noirs en février.
 
Ce sont tous les autres qui en paient aujourd’hui le prix, raconte Yakubadam.
 
“Ce n‘était pas tout le monde, qui était mercenaire” dit-il. “On ne nie pas que ça s’est passé. Mais ceux qui l’ont fait étaient forcés par les hommes de Khaddafi. Ils disaient “soit tu es avec nous, soit tu es avec les rebelles. Il y a des gens à Misrata qui ont été tués pour ça. Les brigades forcaient ces hommes à les rejoindre, sinon ils les tuaient. il fallait choisir entre deux maux, et même l’option la plus douce est amère pour nous. Soit tu allais avec les brigades, et tu te faisais tuer par les rebelles, soit tu n’y allais pas, et tu étais perdu.
Mais on a pas tous participé.”
 
 
Certains à Choucha ne sont là que depuis peu.
 
Soudanaise, Rania et sa famille sont arrivés il y a quelques semaines, après avoir été bloqués pendant 18 jours par les rebelles à la frontière tunisienne.
 
La famille vivait en Libye depuis 9 ans; impossible d’y rester aujourd’hui.
 
Selon Rania, la situation pour les noirs en Libye est pire que sous Kadhafi:
 
“Les gens de Benghazi, qui ont pris le pouvoir, pensent que les noirs sont leurs ennemis. Ils disent que Kadhafi aimait les noirs, alors tout le monde pense que nous sommes des ennemis.”
 
Au poste frontière, la famille de Rania et les autres ont été privés par les rebelles de la nourriture qui était envoyée par les tunisiens. Beaucoup ont été battus.
 
Il a fallu que le petit frère de Rania tombe gravement malade, pour qu’enfin on les laisse franchir la frontieère pour rejoindre le camp de Choucha.
 
“C’est dur”, soupire Rania, dont l’horizon semble pour l’instant bloqué aux confins du camp.
  
 
Une poignée de pays de l’Union européenne ont accepté d’accueillir quelques dizaines de réfugiés de Choucha.
 
L’avenir des autres semble aussi incertain que celui de la Libye, qui devra surmonter le contre-coup de sa révolution.