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Le salaire minimum : un droit universel pas toujours respecté

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Le salaire minimum : un droit universel pas toujours respecté

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Noël. Malgré la crise, les Britanniques dépensent près de 84 milliards d’euros dans leurs courses de fin d’année, un chiffre en hausse de près d’un pour cent par rapport à l’an passé. Mais de l’autre côté des vitrines, c’est une autre histoire. Les vendeurs en magasins figurent parmi les plus bas revenus du pays y compris sur la célèbre avenue Oxford Street à Londres.

“ Je gagne 7,50 euros de l’heure. Avec 720 euros, j’ai du mal à tenir quatre semaines”, explique une jeune vendeuse. Un autre ajoute : “ Ce travail ne me suffit pas; je suis à la recherche d’un second job. C’est très dur vous savez. Je ne vais devoir dormir que deux heures par jour. Mais je n’ai pas vraiment le choix.” Un troisième témoigne également : Il faut faire attention à toutes ses dépenses, être sûr que cela rentre dans le budget, voir par exemple si on peut sortir ou pas avec ses amis. Moi, je fais très attention avec mon argent. Je veux être sûr qu’il m’en reste suffisamment pour manger et même pour aller travailler. C’est fou ! C’est sûr que cela m’aiderait beaucoup d’avoir un peu plus de sous.”

Au Royaume-Uni, le salaire minimum est d’environ huit euros par heure. Mais la règle n’est pas toujours respectée.

A l’origine, le salaire minimum est né pour lutter contre l’exploitation des travailleurs en particulier dans l’industrie où prolifèrent les ateliers de misère. Il est introduit d’abord en Nouvelle-Zélande à la fin du XIXème siècle avant d’arriver quelques années plus tard en Angleterre, mais seulement dans certains secteurs, puis au début des années 1950 en France. Aujourd’hui, le salaire minimum s’est universalisé mais son montant varie énormément d’un pays à l’autre. Il est particulièrement bas dans les pays en voie de développement où la main d’œuvre est très peu qualifiée.

Cette main d’œuvre bon marché abonde en Afrique du Sud. Pour protéger les travailleurs les plus précaires, notamment les ouvriers agricoles, l’État a fixé un revenu minimum d’environ cinquante centimes d’euros par heure. «Ce n’est pas beaucoup d’argent. Mais nous n’avons pas beaucoup de compétences donc c’est le seul travail que l’on est capable de faire. On essaye d’avoir suffisamment d’argent pour survivre », explique un travailleur agricole. Une ouvrière abonde dans son sens : «C’est important d’avoir un salaire minimum. Comme ça, le gouvernement peut se rendre compte du coût réel de la vie. C’est sûr que nous aimerions gagner plus d’argent. Mais on n’ose pas demander davantage car on a peur de perdre notre emploi. On a peur que notre employeur engage quelqu’un d’autre à notre place.»

Desmond Mudge est agriculteur : «L’avantage du salaire minimum , c’est que l’on peut compter, durant la récolte, sur une main d’œuvre motivée. On a besoin de tout le monde au quotidien durant cette période critique. On paye bien nos ouvriers; ceux qui travaillent durs ont même des primes. Donc ils travaillent bien.»

Il existe en Afrique du Sud une quarantaine de salaires minimums différents dont les montants varient selon le secteur d’activité ou la zone géographique. Comment cet instrument de protection sociale a-t-il évolué durant les années post-apartheid dans un pays où le taux de chômage est l’un des plus élevés au monde? L‘économiste

Haaron Bhorat apporte des éléments de réponse: «Dans la majorité des cas, les salaires minimums ont permis d’augmenter les revenus des travailleurs les plus précaires. On a pu ainsi observer que les salaires des domestiques, des ouvriers agricoles ou des chauffeurs de taxis avaient en moyenne progressé. Mais en même temps, on a constaté que ces salaires planchers avaient entraîné une baisse des recrutements dans certains secteurs, en particulier dans l’agriculture. Il y a donc des constats différents, mais, de manière générale, il est clair que le salaire minimum peut créer du chômage. A mon avis, le défi pour les politiques est de trouver le bon compromis. Car d’un autre côté, il est évident que les salaires planchers protègent les travailleurs et qu’ils ont réduit les niveaux de pauvreté des ménages. »

Malgré la fin de l’apartheid, on trouve toujours dans certaines banlieues cossues du Cap des populations en majorité blanche, et dans chaque villa, des domestiques noirs pour la plupart. Pour lutter contre les abus, l’État oblige chaque employeur à verser un salaire décent. Mina est une privilégiée. Elle gagne plus que le salaire minimum. “La loi existe mais elle n’est pas appliquée », dit-elle. « Les gens voient bien dans les journaux ce qu’ils doivent payer à leurs employés. Mais ils s’en fichent des domestiques. Dans leur tête c’est : “tu prends ce que je te donne”. Mais il y aussi les travailleurs qui ont peur, qui se disent : « je vais peut-être perdre ma chambre, je risque de me retrouver à la rue.»

La femme qui emploie Mina témoigne : « Tous ceux que je connais, qui ont les mêmes moyens financiers que moi ici à Constancia, qui est une région riche, et bien aucun de leurs domestiques n’est dans la situation de Mina. Ils n’ont pas le même salaire, ils ne perçoivent pas, contrairement à Mina, des petits suppléments. Mina a constamment des avantages. Vous savez, la plupart des gens ne tiennent pas vraiment compte du salaire minimum. Ils essayent de payer le moins possible. »

Les enfants de Mina grandissent dans un bidonville. Le salaire n’est pas le seul problème. C’est une question aussi de reconnaissance et de respect des droits de l’homme. Hester Stevens, dirige le syndicat des domestiques : “L’apartheid a quelque part mis en évidence les abus dont étaient victimes les travailleurs domestiques. J’ai grandi durant les années apartheid; les domestiques n’avaient aucune reconnaissance. Nous n‘étions que des étiquettes avec des noms. Le gouvernement précédent avait même estimé que nous n’avions pas besoin de salaire, qu’on devait faire des stages pour mieux cuisiner. C’est de la discrimination. Nous faisons partie de ce pays et nous contribuons à son économie.»

En ces temps de crise, de nombreux pays revalorisent leurs revenus minimums pour protéger les plus précaires. Au Royaume-Uni, le salaire plancher est obligatoire pour tous depuis onze ans seulement. Et les résultats sont positifs. «C’est certain que cela a permis de réduire les inégalités», explique le responsable de la Low Pay Commission. “Certes, les inégalités continuent de progresser mais sans le salaire minimum, le fossé aurait été encore plus grand. Le salaire minimum ne pourra pas réduire tous les maux du monde. En fixant une limite, il vise surtout à combattre l’exploitation des salariés. Mais il ne pourra pas résoudre tous les problèmes du marché de l’emploi. Si on attend trop de lui, il va finir par s‘écrouler.»

L’homme derrière le salaire minimum obligatoire en Grande-Bretagne est le travailliste Sir Ian Mc Carney. C’est la plus belle réussite de sa carrière : “ C‘était la plus longue session de l’histoire parlementaire. Je n’ai jamais quitté la chambre. Ma barbe poussait, mes aisselles commençaient à sentir fort mais j‘étais déterminé à faire adopter le texte. J’en avais assez des Conservateurs. Pendant un siècle, ils avaient empêché que la loi passe. Je ne voulais pas qu’ils nous fassent attendre un siècle de plus. Quant le texte est passé, ça a été une joie totale. On avait l’impression qu’on avait gagné la Coupe du monde de foot. C‘était énorme. C’est dans ces moments là que l’on sait pourquoi on fait de la politique, quand on peut changer les choses »

« Que l’on soit en crise ou pas, plus aucun salarié ne devrait être exploité », conclut-il.