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Les réformes que la Russie doit mener : entretien avec Mikhaïl Gorbatchev


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Les réformes que la Russie doit mener : entretien avec Mikhaïl Gorbatchev

Dans le concert de voix appelant Vladimir Poutine à quitter le pouvoir, le 24 décembre dernier, on pouvait compter sur celle de Mikhaïl Gorbatchev. Ayant tiré sa révérence en 1991, le dernier dirigeant soviétique n’a pas manqué d’adresser de virulentes critiques au chef de l’exécutif. Ce réformateur convaincu revient avec le correspondant d’Euronews à Moscou sur les nécessaires changements à apporter, à commencer par la réforme du système électoral.

Alexandre Shashkov pour Euronews : à l’issue de l‘élection présidentielle, et alors que Dimitri Medvedev et Vladimir Poutine s’apprêtent à échanger leurs places, que pensez-vous de la campagne électorale et des résultats de ce scrutin présidentiel ?

Mikhaïl Gorbatchev, ancien dirigeant soviétique : “ ce qui distingue ces élections présidentielles des précédentes, c’est le fait que la société a émergé, durant la campagne électorale, d’une sorte d‘état végétatif.
Et en se mobilisant, elle a fini par bousculer l’agenda du Premier ministre, du futur président, et également de la Douma, la chambre basse du Parlement. Les questions du changement de système, de sa démocratisation, et d’une réforme générale visant à améliorer le sytème électoral sont toujours à l’agenda.
Le système électoral a déjà été réformé par le passé, mais – et cela met en colère – , il est devenu pire, dans le sens où le citoyen a été encore exclu plus du processus électoral et de sa finalité.
Aujourd’hui, il faut renverser la vapeur.
Et le Président Medvedev, dans les derniers jours de son mandat, propose de convoquer une assemblée constitutionnelle en vue d’amender le système actuel, de prendre en compte les derniers événements, et notamment les revendications liées au système électoral.
J’espère que cette proposition ne va pas rester lettre morte.”

Euronews : pensez-vous que Medvedev va pouvoir aboutir sur ce projet, qu’il aura suffisamment de temps?

Mikhaïl Gorbatchev : “ je ne le crois pas, car nous manquons d’expérience s’agissant de ce type de changement. Nous connaissons la constitution telle qu’elle est, mais comment la modifier, dans quelle direction?
Certes, les nouvelles orientations nous apparaissent aujourd’hui plus clairement.
Par exemple, on doit revenir aux élections de gouverneurs régionaux. Si les gouverneurs ne sont plus désignés par le Kremlin mais directement élus par le peuple, ils seront moins passifs face aux autorités, ils feront davantage entendre leur point de vue.
Bien sûr, il deviendra plus difficile de composer avec ces gouverneurs car il vont prendre de l’assurance, acquérir une indépendance politique, mais honnêtement, c’est ce dont nous avons besoin.
Puisque le peuple souhaite s’exprimer davantage, il est temps d’agir. Et il s’agit là d’un changement positif.”

Euronews : pensez-vous que Poutine, en tant que président, va poursuivre les projets de démocratisation de Medvedev, en vue de réformer le système politique?

Mikhaïl Gorbatchev : “le président élu – je pense que nous pouvons désormais l’appeler ainsi – a signifié lui-même, et à plusieurs reprises, que les questions du processus électoral, de la législation électorale et plus généralement du système politique, occuperont une large place dans son agenda.
C’est ce qu’il a déclaré, même si on l’a aussi entendu dire : “ attelons-nous à tel ou tel point dans l‘économie d’abord”. Mais non, rien ne devrait venir bousculer cette priorité.
Et les changements évoqués par le président – si on le prend au sérieux et s’il ne s’agit pas de déclarations d’intention – sont d’une telle envergure qu’ils vont nécessiter un effort énorme de l’exécutif, du législatif, et de la société toute entière.
Honnêtement, même si Poutine ne voulait pas s’attaquer à ces questions, même s’il souhaitait revenir à d’anciens modes de fonctionnement, il ne le peut plus aujourd’hui.
Et de surcroît, je pense que la question des élections législatives anticipées va se poser assez vite, car on sait dans quelles conditions les membres du Parlement ont été élus en décembre dernier.
Il faut renouveler le Parlement, on a besoin d’un Parlement actif et efficace.”

Euronews : si on regarde en arrière. Medvedev arrive au terme de son mandat, que diriez-vous de ses quatre années à la tête de la Russie ?

Mikhaïl Gorbatchev : “ d’une manière générale, je considère Medvedev comme un homme qui a de l’avenir, mais il a manqué d’expérience et de temps pour l’accumuler. Une fois, il m’a dit : “ J’ai des années devant moi”, ce qui signifie qu’il souhaite poursuivre ses projets, et si c’est le cas, tant mieux pour lui. Mais il aurait pu être plus utile, il aurait pu agir avec davantage de fermeté, ce qui lui aurait assuré une position plus importante que celle qu’il occupe aujourd’hui.
Et personne d’autre que lui-même n’est à blâmer pour cela.
J’espère qu’il apprendra de ses erreurs.”

Euronews : parmi les candidats à la présidentielle, lequel a votre préférence?

Mikhaïl Gorbatchev : “ il s’agit de Prokhorov, peut-être parce que nous sommes lassés par les autres candidats.
Il a des idées neuves, d’autres manières de communiquer sa vision et une grande expérience dans les affaires.
De ce point de vue, il appartient à une autre génération, et c’est là ce qui m’intéresse.
Toutefois, comme nous tous, il a beaucoup à apprendre, s’agissant notamment – et ce n’est pas rien -, de la réforme de notre système électoral, qui doit permettre de faire émerger de nouvelles figures de la politique.
Et cela requiert de la compétition, de l’ouverture. C’est la question la plus importante aujourd’hui.”

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