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Mali : scission proclamée par les Touaregs séparatistes du MNLA

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Mali : scission proclamée par les Touaregs séparatistes du MNLA

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Les Touaregs séparatistes du MNLA ont annoncé qu’ils mettaient fin à leurs opérations armées dans le nord du pays et ils ont proclamé “l‘état de l’Azawad”. Le MNLA, le Mouvement national de libération de l’Azawad, a même appelé la communauté internationale à protéger ce territoire qui s‘étend autour de Kidal, Gao et Tombouctou. Territoire dont les rebelles ont chassé les troupes gouvernementales la semaine dernière. Le MNLA aurait combattu de concert avec les islamistes radicaux d’Ansar Dine qui a déclaré vouloir appliquer la charia dans tout le pays.
 
Pour discuter de l’avenir du Mali, François Chignac a interrogé Antoine Glaser, journaliste et écrivain, qui a signé plusieurs ouvrages sur l’Afrique et dirigé pendant près de trente ans “La Lettre du Continent”, spécialisée dans les problématiques africaines.
 
François Chignac, euronews:
“Le scénario d’une scission du Mali vous paraît-il plausible ?”
 
Antoine Glaser :
“Malheureusement, ce n’est pas à écarter. C’est vrai que l’on peut tout à fait imaginer que les touaregs, à partir de l’Azaouad (le Mouvement national de libération de l’Azaouad est la principale force de la rébellion touareg), considèrent qu’ils peuvent eux aussi revendiquer leur indépendance. Et c’est ce qui est en train de se passer. Et vous avez des pays comme la France, et des hommes comme le ministre des affaires étrangères Alain Juppé qui, déjà, parle d’accorder une autonomie à l’Azaouad. Vous voyez que c’est quand même une idée qui circule actuellement dans les têtes. Même au sein de la communauté internationale.”
 
euronews:
“On sait que que le Conseil de Sécurité ne cache pas son inquiétude. Y-a-t-il d’après vous un risque djihadiste dans la région?”
 
A.G.:
“Le risque djihadiste, il est là. Depuis plusieurs années, vous avez eu des enlèvements, des prises d’otages. Six français sont actuellement retenus en otages par Al Qaïda au Maghreb islamique, allié à ce fameux mouvement Ansar Dine qu’on a vu apparaître à Tombouctou. Mais il ne faut pas non plus surestimer les forces d’Al Qaïda au Maghreb islamique. Lorsqu’on parle de djihadisme, il s’agit plutôt d’une déstabilisation de cette région dans le domaine du trafic de contrebande, du commerce…”
 
euronews:
“Va-t-on vers un scénario afghan dans cette région du monde ?”
 
A.G.:
“Personne ne veut le dire clairement, mais c’est quand même la chute du colonel Kadhafi – personne ne regrette le colonel Kadhafi – mais c’est quand même la chute du colonel Kadhafi qui était un peu le parrain de la région, qui finançait les pays de la région, qui a déstabilisé l’ensemble de ces pays depuis la Mauritanie jusqu’au Tchad.
Je ne crois pas du tout que l’on aille vers un scénario afghan. Mais je crains que cette région soit instable pour plusieurs années, avec des zones grises”.
 
euronews:
“Y-a-t-il un risque de déstabilisation d’autres pays frontaliers. Je pense au Burkina Fasso, au Niger, au Sénégal à la Mauritanie?”
 
A.G..
“La principale déstabilisation, c’est celle qui se produit actuellement lorsque vous avez 200.000 Maliens qui sont partis au Niger ou au Burkina Fasso, dans des pays qui sont déjà extrêmement pauvres. Vous avez une situation alimentaire dont personne ne parle parce qu’on a l’impression que c’est récurrent mais cela reste néanmoins un réel problème humanitaire dans toute cette région. Et je pense qu’il peut y avoir déstabilisation de pays comme le Burkina Fasso, le Niger et le Tchad.”
 
euronews:
“L’Algérie va-t-elle laisser s’installer à sa frontière un Etat indépendant?”
 
A.G:
“L’Algérie est un peu l’acteur masqué dont personne ne parle, L’Algérie ne veut pas voir de troupes étrangères au sud, dans les pays voisins. L’Algérie a bien vu les colonnes des touaregs super-armées passer de la Libye au Mali. L’Algérie n’a pas bougé. En réalité, l’Algérie s’est débarrassée de ce problème. Il faut savoir que tout les gens d’Aqmi (Al Qaïda au Maghreb islamique) sont des Algériens. Finalement, on a l’impression que leur problème s’est déplacé dans les pays du Sahel et l’Algérie n’en parle pas. On entend pas l’Algérie, et c’est vrai que c’est un peu inquiétant.”