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L'Egypte à l'aube d'une présidentielle décisive pour son avenir

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L'Egypte à l'aube d'une présidentielle décisive pour son avenir

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C’est dans un climat de tension que les Egyptiens sont appelés aux urnes pour le second tour de la présidentielle qui pourrait voir Ahmed Chafiq, le dernier Premier ministre de Hosni Moubarak, accéder au pouvoir. Les révolutionnaires, qui espéraient voir sa candidature invalidée par la Haute cour constitutionnelle du fait de ses liens avec l’ancien régime, ont donc dû déchanter. Leur colère est d’autant plus forte que cet ex-général est le favori de l’armée.

En face de lui, Mohammed Morsi, le candidat des Frères Musulmans, arrivé en tête au premier tour de la présidentielle et qui compte bien confirmer la victoire de son parti aux législatives. Sauf que la Cour constitutionnelle vient d’invalider en partie les résultats des élections suscitant la colère des islamistes. Ils dénoncent un coup d‘état orchestré par l’armée au pouvoir. A la veille du second tour de la présidentielle, Mohammed Morsi s’est dit déterminé à protéger la révolution contre les corrompus de l’ancien régime.

Fawzi Sadallah, Euronews : Nous retrouvons au Caire notre correspondent Riad Muasses qui a suivi de près l’actualité de ces derniers jours. Quelle est l’ambiance actuellement en Égypte ou plutôt quel est l‘état d’esprit des Égyptiens après cette décision de la Cour constitutionnelle d’invalider partiellement les législatives?

Riad Muasses, correspondent d’Euronews au Caire : La population actuellement en Egypte est divisée. Une partie soutient Ahmed Chafiq, qui est un ancien collaborateur de Moubarak, alors que l’autre partie est hostile à l’ancien régime et s’oppose donc à la décision de la Cour constitutionnelle. D’une certaine façon, nous avons d’un côté les révolutionnaires et de l’autre les contre-révolutionnaires. Mais l’engagement des premiers pourraient reculer suite aux fautes commises par les Frères Musulmans depuis les législatives. Quant à l’autre camp, c’est le Conseil militaire qui tire les ficelles. Personnellement, je dirais que le Conseil militaire a manœuvré avec intelligence, tout d’abord dans le procès Moubarak dans lequel beaucoup d’éléments de l’ancien régime ont été innocentés. Puis il y a eu cette décision de dissoudre le Parlement qui constitue un coup dur pour les Frères Musulmans qui y étaient majoritaires. On sait très bien aujourd’hui que le Conseil militaire est un acteur essentiel dans le jeu politique en Égypte. Par exemple hier, l’armée égyptienne a distribué des tracts pour appeler la population à voter. Ces tracts étaient signés par le Département des affaires morales des forces armées ce qui signifie qu’ils jouent clairement un rôle essentiel dans cette élection; ils veulent que Ahmed Chafiq soit président. Et c’est ce qui rend furieuse une grande partie de la population égyptienne qui ne souhaite pas d’un retour à l’ancien régime.

Fawzi Sabdallah: Dans ce contexte, quelles sont, selon vous, les perspectives d’avenir pour l’Égypte?

Riad Muasses : Pour les observateurs, si Mohammed Morsi, le candidat des Frères Musulmans, remporte l‘élection, il sera un président symbolique, sans pouvoir. En revanche, si c’est Ahmed Chafiq, alors le Conseil militaire et toutes les forces de l’ancien régime le soutiendront et on sera confronté à un pouvoir dur qui favorisera le retour à l’ancien régime. Dans la rue, les Egyptiens s’inquiètent d’un tel scénario. Et on ressent aussi l’inquiétude des pays étrangers car il y aura sans doute des accrochages et des manifestations énormes.