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Espagne : conforté en Galice, le Premier ministre Rajoy face au défi nationaliste


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Espagne : conforté en Galice, le Premier ministre Rajoy face au défi nationaliste

Empêtrée dans la crise, l’Espagne tire les leçons des deux scrutins régionaux d’hier en Galice et au Pays basque.

On savait la partie difficile pour le gouvernement de Madrid, alors que dans un climat social tendu par le chômage et une cure d’austérité sans précédent, ce dernier pourrait devoir se résigner à demander un sauvetage financier à l’Europe.
De fait, les élections d’hier donnent la mesure des embuches à venir.

En Galice, certes, Mariano Rajoy a réussi à sauver la face. La terre natale du chef du gouvernement a donné une très confortable avance au Parti Populaire, lui assurant la majorité absolue. Dans cette région traditionnellement conservatrice, mais ou la crise fait des ravages, ce scrutin menaçait de se transformer en référendum sur la politique de rigueur, et était risqué pour Madrid.

Et si le président de la Région Alberto Nuñez Feijoo, fidèle de Rajoy l’emporte, c’est aussi parce que l’opposition socialiste, elle, sanctionnée par les électeurs, a perdu beaucoup de sièges.

Au Pays basque, la fin de quatre décennies de violence a ouvert la voie aux indépendantistes qui entendent poursuivre le même but par la voie des urnes. La Gauche indépendantiste de la coalition Bildu s’offre une percée spectaculaire et s’impose comme la seconde force régionale derrière les nationalistes conservateurs du PNV.

Un front nationaliste très majoritaire au pays basque, dont Majiano Raroy se serait bien passé à l’approche des élections en Catalogne au nord est du pays, le 25 novembre, prélude à un référendum sur l’autodétermination.

La région la plus riche d’Espagne connait une flambée séparatiste que vient nourrir la crise. Le 11 septembre, près d’un million de personnes manifestaient pour l’indépendance de leur région.

Vicenç Batalla, Euronews :
Pour parler des élections régionales au Pays Basque et en Galice, nous rejoignons à Barcelone
l’analyste politique du quotidien El País, Josep Ramoneda, bonjour. Les sondages ont eu raison, le Parti Populaire du chef du gouvernement Mariano Rajoy reconduit sa majorité absolue en Galice, et au Pays Basque, les Nationalistes dans leur ensemble obtiennent un record de voix. Est-ce la lecture de deux pays différents?

Josep Ramoneda. Political analyst, EL País :
Oui évidemment, deux pays différents, ou l’ont emporté ceux qui y gagnent presque toujours. Durant ces années de démocratie, le Parti Populaire a presque toujours gouverné en Galice, sauf durant 2 législatures. Et le Parti Nationaliste
Basque, le PNV, a presque toujours gouverné au Pays Basque sauf une très courte législature de 3 ans présidée par le socialiste Patxi López. Ce sont donc les mêmes qui ont gagné.
En Galice, le PP perd des voix mais il améliore ses positions, il sort rassuré de cette élection et Rajoy gagne du temps, pas tant par mérite personnel que du fait que le Parti Socialiste s’effondre en Galice et au Pays Basque, suivant une courbe à la baisse initiée en 2010.

Vicenç Batalla, Euronews :
Au Pays basque, la fin de l’action armée de l’ETA a permis le retour de la gauche nationaliste Abetzale qui arrive en deuxième place. Comment va t-elle peser sur le prochain gouvernement autonome? Le Pays basque peut-il déclencher un processus indépendantiste à son tour?

Josep Ramoneda:
Désormais, nous avons une carte beaucoup plus exacte du Pays Basque : plus personne n’est exclu des élections, il n’y a plus de violence qui conditionne les élections, et donc nous savons un peu plus où nous sommes. C’est paradoxal, et même douloureux de voir que la législature qui mit fin à la violence, que le gouvernement socialiste qui présidait le Pays basque lors de cette législature, tout comme le gouvernement Zapatero qui fut celui de la fin de la violence, et bien, tous les deux sont sortis perdants de cette histoire.

En revanche, le bénéficiaire de la fin de la violence c’est Bildu, la Gauche indépendantiste. Je crois que pour Bildu, désormais, les choses seront plus complexes, parce qu’ils devront gouverner et ce ne sera pas facile. Avec ces élections, on voit qu’ils ont déjà perdu des voix dans les mairies ou ils gouvernent.

A présent, le PNV, un parti nationaliste et modéré, avec un leader et futur président du Pays basque, un homme qui incarne la force tranquille, qui est un homme très prudent, très sage, très avisé… le PNV pour l’instant donne la priorité à la crise.

Mais c’est vrai, ensemble, ils totalisent 60% des voix, donc la force indépendantiste est très élevée. Et selon comment évolueront les choses en Catalogne, il y aura sans doute une émulation avec des conséquences. Ces élections confirment que l’Espagne entre dans une période compliquée et décisive en ce qui concerne sa structure territoriale et institutionnelle.

Vicenç Batalla, Euronews:
Avec cette majorité absolue en Galice, Rajoy obtient-il un satisfecit sur sa politique budgétaire malgré les protestations de la rue?

Josep Ramoneda :
Je crois que non. Ce serait une erreur de la part du PP de l’entendre ainsi. Ils ont toujours gouverné en Galice. Cette fois ils ont augmenté leur majorité en SIEGES, mais pas du fait de leurs résultats, par l‘échec des autres. Le PP a perdu 150 mille voix en Galice, et c’est beaucoup de voix. C’est vrai aussi qu’il gagne en tranquillité parce qu’il n’a pas d’opposition, pas d’alternative en face. Si Rajoy paie le prix du plan de sauvetage, eh bien quelqu’un d’autre du PP gouvernera a sa place.

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