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Flambée de violence au Proche-Orient: pourquoi maintenant ?

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Flambée de violence au Proche-Orient: pourquoi maintenant ?

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Le Proche-Orient semble être au bord d’une nouvelle guerre avec les raids aériens israéliens contre la bande de Gaza et les tirs de roquettes depuis le territoire palestinien. Pour de nombreux observateurs, ce n’est pas par hasard si cette flambée de violence survient maintenant.

Nous sommes à deux mois d‘élections générales en Israël. Et comme souvent, ces périodes pré-électorales sont marquées par des opérations militaires en direction des territoires palestiniens.

Et puis, il y a surtout l’initiative palestinienne à la fin du mois auprès de l’assemblée générale de l’ONU. Objectif : obtenir le statut d’Etat non-membre. “Ce que nous faisons est très significatif, explique l’envoyé spécial palestinien à l’ONU, Ryiad Mansour. Ce n’est pas insensé. Je crois que les dirigeants israéliens sont morts de peur à l’idée que l’Assemblée générale des Nations Unies se prononce officiellement sur le statut de l’Etat de Palestine et qu’in fine, nous obtenions une reconnaissance internationale à travers le statut d’Etat observateur”.

Autre élément à prendre en compte: les changements intervenus ces derniers mois dans la région, avec, notamment, l’arrivée au pouvoir de Mohamed Morsi en Egypte. Issu des Frères musulmans, il a promis un politique plus dure à l‘égard d’Israël, par rapport à son prédécesseur Hosni Moubarak. Mohamed Morsi a ainsi condamné très rapidement et très fermement les raids israéliens sur Gaza.

Pascal Boniface est le directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Il est interrogé par notre correspondant à Paris, Giovanni Magi.

Giovanni Magi, euronews:
Pourquoi ce regain de violence à Gaza intervient maintenant ? Est-ce à cause de la demande palestinienne de devenir Etat non-membre à l’ONU, ou des prochaines élections israéliennes?

Pascal Boniface, directeur de l’IRIS :
Effectivement il y a un cadre général stratégique qui mène à cette montée des tensions. D’une part, (il y a) la montée des tensions entre la Syrie et Israël puisque Bachar al-Assad, depuis l’accord de Doha, est beaucoup plus isolé. Et donc il a tiré des roquettes sur Israël qui ont inquiété Israël. Et puis, effectivement, il y a un calendrier particulier israélo-palestinien qui est lié à la fois à la tenue d‘élections prévues fin janvier en Israël – et la politique de force est toujours populaire. Elle pourrait conduire Netanyahu à gagner des voix. Et puis, en même temps, de l’autre côté, le Hamas se sent un peu concurrencé par la demande palestinienne d’obtenir un vote à l’Assemblée générale de l’ONU qui va certainement être favorable à la demande palestinienne – on ne sait pas encore dans quelle proportion, on ne sait pas quelle sera l’attitude des pays européens, mais ce que l’on sait c’est que cette demande palestinienne va aboutir parce qu’elle aura pour elle la majorité et que, devant l’Assemblée générale, il n’y a pas de veto.

euronews:
A votre avis un scénario comme en 2008-2009 pourrait-il se reproduire, avec une opération militaire israélienne de grande envergure, avec des lourdes conséquences pour les populations civiles ?

Pascal Boniface:
On ne peut pas l’exclure mais ce n’est pas le scénario majeur parce qu’Israël serait certainement encore plus isolé qu‘à l‘époque. La stratégie israélienne est plutôt de mettre l’Iran comme danger numéro 1 et non pas les Palestiniens comme danger numéro 1 dans la région. Et donc une intervention terrestre à Gaza, d’une part, serait peut-être compliquée puisque, apparemment les Palestiniens ont des roquettes antichar plus importantes qu’en 2008; d’autre part, cela pourrait être un piège pour Tsahal, piège politique mais également piège militaire. Et puis un piège médiatique dans la mesure où les pertes humaines ne feraient qu’augmenter la popularité palestinienne dans le monde à quelques jours d’un vote à l’Assemblée générale de l’ONU.

euronews:
A qui profite cet état de “guerre permanente”: au Hamas ? à Israël ?

Pascal Boniface:
Il profite au Likoud, au gouvernement en place en Israël qui a besoin de montrer qu’il dirige le pays, qu’il le protège, qu’il peut employer une politique de force. On peut penser qu’effectivement ces affrontements mettent le Hamas dans une position d’opposant numéro 1 à Israël et qu’il y a à la fois une concurrence entre Israël et les Palestiniens et puis une concurrence politique au sein d’Israël entre les partisans des négociations et les partisans d’une ligne de force. Ces lignes de clivage, on les retrouve entre Palestiniens, entre le Hamas et l’Autorité palestinienne.

euronews:
Ces attaques pourraient-elles compliquer les relations déjà fragiles entre Israël et l’Egypte?

Pascal Boniface:
Il y a un point qui ne sera pas atteint entre l’Egypte et Israël: c’est la guerre. L’Egypte ne fera pas la guerre à Israël. Non pas que certains n’en aient pas la volonté, mais elle (l’Egypte) n’en a pas les moyens. Le rapport de force militaire entre l’Egypte et Israël est très largement favorable à Israël et si l’Egypte se lançait dans cette aventure, elle serait largement vaincue militairement, serait humiliée et aucun pouvoir ne peut prendre ce risque. Donc, quels que soient les sentiments – et les sentiments sont peu favorables à Israël en Egypte, il y aura certainement une dégradation des relations politiques et diplomatiques, mais il n’y aura pas un retour à la guerre, tout simplement pour des questions de rapport de force militaire. En plus, l’aide américaine à l’Egypte s’arrêterait si l’Egypte prenait ce sentier de la guerre.