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Dernier Noël en Europe avant d‘émigrer
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A Barcelone, Enric plie bagage pour un voyage dont il ne connaît pas la durée. Ce jeune espagnol de 29 ans vit son dernier Noël en Europe : il part s’installer en Amérique latine. Architecte à son compte, il estime que son avenir est compromis dans sa ville natale.

Comme Enric, ils sont des dizaines de milliers d’Espagnols, de Grecs, de Portugais et d’Irlandais à s‘échapper de pays en crise dans l’Union européenne. Et c’est un fait : l‘émigration est en hausse sur le continent.

Mais la séparation est loin d‘être évidente pour Enric : “je ressens quelque chose d’un peu bizarre parce que je suis en train de laisser derrière moi ma ville, les gens que j’aime,” confie-t-il, “j’ai quand même un sentiment hyper-positif, mais c’est comme si j‘étais pris d’un vertige ; heureusement,” poursuit-il, “je dors bien pour l’instant, mais je pense que je ne me rends pas encore totalement compte de la situation.”

L’heure des au revoir est proche. Enric n’a plus de quoi payer son loyer et ses dépenses courantes. Quand il sera de l’autre côté de l’Atlantique, il regrettera la proximité de la mer et la Catalogne. Son drapeau indépendantiste sera du voyage. Le jeune architecte et sa petite amie ont acheté un aller simple pour Cordoba, parfois appelé le Coeur de l’Argentine. Dans les 180 kilos de bagage qu’ils emportent, les livres préférés d’Enric sur l’art et l’architecture.

A des milliers de kilomètres de là, on est aussi sur le départ. Joe, trois ans, aide sa soeur Mary à faire sa valise. Ils habitent Kilrush, une petite ville côtière d’Irlande dont l’histoire est liée à l‘émigration. La jeune femme s’apprête à rejoindre l’Australie. “Il y a tant de gens qui sont partis autour de nous, mon frère aîné Kieran est parti vivre en Australie il y a trois semaines, ses amis ont fait pareil,” souligne Mary, “j’ai aussi des amis de l’université et des gens du coin qui vont émigrer là-bas.”

En Irlande, l‘émigration est à son plus haut niveau depuis les famines du XIXème siècle. On estime que 3000 personnes quittent le pays chaque mois : une centaine par jour.

Sur quatre ans, près de 200.000 Irlandais de moins de 29 ans sont partis à l‘étranger, emportant avec eux, leurs compétences et privant leur patrie, d’un potentiel de prospérité. Parmi les destinations, l’Australie figure en bonne place et elle attire de plus en plus de candidats irlandais à l‘émigration.

Mary elle, rejoint son frère à Brisbane. Elle possède un diplôme d’assistante sociale, mais en février, elle rejoindra une ferme australienne pour participer à la récolte des cerises. Un emploi qui espère-t-elle, lui permettra d’obtenir un visa longue durée et de nouvelles perspectives. “C’est une grande étape : l’Australie, c’est tellement loin, mais je suis vraiment enthousiaste,” lance-t-elle, “d’après ce que j’ai entendu dire, les perspectives d’emploi pour les travailleurs sociaux sont très importantes sur place, j’espère que je trouverai un boulot dans ce domaine une fois là-bas.”

En Irlande, le chômage frappe 15% de la population active. Le taux dépasse les 30% chez les jeunes. Le secteur public supprime des postes tandis que le privé investit moins et de nombreuses entreprises ont du mal à emprunter.

En Espagne, le tableau est encore plus noir : le marché du travail s’est fortement contracté. Enric en fait l’amère expérience. Un jeune sur deux est sans emploi. “Ce qui me pousse à quitter Barcelone, c’est le fait que ma situation professionnelle est plutôt mauvaise,” insiste le catalan, “les perspectives pour les cinq à dix prochaines années ne sont pas bonnes, cela ne va pas s’améliorer.”

Sa mère Rosa reconnaît qu’elle n’est pas surprise de la décision de son fils : “cela fait un petit moment déjà,” lui dit-elle, “que ta copine et toi, vous parlez de partir vu la situation économique de l’Espagne, mais quand cela arrive, cela choque quand même un peu, confie-t-elle avant de lancer : “je crois que c’est malgré tout, une opportunité intéressante pour vous deux.”

Enric est fier d’avoir participé au projet de construction d’une extension de l’Hôpital maritime de Barcelone. Mais pour cause de crise financière et d‘éclatement de la bulle immobilière, le chantier est à l’arrêt.

Ironie de l’histoire : la petite amie d’Enric est originaire d’Argentine. Elle est arrivée en Espagne il y a douze ans. Aujourd’hui sans emploi, elle veut rentrer dans son pays. Enric l’accompagne.

Emigrer nécessite de la préparation d’après lui. Il nous livre ses conseils. “Premièrement, il ne faut pas avoir peur !” insiste-t-il, “ensuite, il faut bien réfléchir au pays où on veut partir et si on connaît la langue de ce pays et puis, il faut se renseigner sur les exigences au niveau bureaucratique.”

Retour en Irlande où une fête est organisée pour le départ de Mary. Cette célébration est une tradition ancienne. Elle remonte au temps où les Irlandais quittaient l‘île par milliers pour traverser l’Atlantique. Aujourd’hui, de nombreux jeunes vivent leur rêve américain en Australie.

“L‘émigration a beaucoup d’impact dans la région en particulier dans cette zone rurale de l’Irlande,” explique Paul, l’organisateur de cette fête, “elle laisse un grand vide. C’est la tranche d‘âge entre 18 et 30 ans qui est la plus concernée par l‘émigration,” ajoute-t-il, “on parle peut-être d’un dixième de la population au niveau de la paroisse : sur environ 1700 habitants, cela fait bien 170 personnes qui sont parties.”

Dans le comté de Clare, le Nouvel An sera un peu triste sans Mary qui est devenue reine de beauté cette année en recevant les honneurs de la Rose de Clare. Sa mère fait part de sa mélancolie. “C’est un grand changement et c’est comme si une génération était partie et qu’elle nous manquait,” estime Shirley, “on a le sentiment que tout ce que veulent ces jeunes qui sont éduqués, brillants, intelligents, formés, c’est de quitter le pays, ils sont tous dans ce cas,” s’attriste-t-elle avant de conclure, “et on ne sait pas s’ils reviendront un jour parce que les opportunités ne sont pas géniales dans notre région.”

Alors que Barcelone a plongé dans la magie des fêtes, Enric s’offre une parenthèse dans ses préparatifs. Il dispose pour l’instant d’un visa touristique pour l’Argentine. Il espère signer un contrat de travail sur place, ce qui lui permettra de devenir résident permanent.

Pour fêter son aventure, Enric a invité ses amis dans un petit village des Pyrénées.

Garantir un emploi ou une formation à chaque jeune européen… C’est l’objectif de la Commission qui appelle les Etats membres à se doter de programmes nationaux ambitieux. Des fonds européens seront mobilisés. Et il y a urgence : l’Europe a plus que jamais besoin de sa jeunesse.

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