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Irlande : où en est le rugissement celtique au sein de l'UE ?


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Irlande : où en est le rugissement celtique au sein de l'UE ?

Tigre celtique, canard boîteux, ce sont les métaphores animales qui ont décrit l’Irlande au cours des dix dernières années. Maintenant que les Irlandais sont en charge de la présidence tournante, leur europhilie est-elle passée du rugissement au caquètement? Avec nous dans Italk, le vice-Premier ministre Eamon Gilmore.

Première question: “Mon nom est Soukaina et je suis Belge. Je voudrais savoir, après l’aide de l’Europe, ce que pensent les gens d’Irlande à propos de l’Union européenne?

Est-ce qu’en Irlande, les gens sont toujours europhiles ou est-ce qu’il le sont moins en ce moment?

Eamon Gilmore: “Cela fait quarante ans que l’Irlande a rejoint ce qui était alors la Communauté Économique Européenne et cela a été une expérience très positive pour l’Irlande. L’Union européenne a contribué énormément à la croissance économique du pays, à la modernisation de nos lois, à l’introduction de beaucoup de droits sociaux, comme, par exemple, l‘égalité salariale. Beaucoup de nos lois sur l’environnement trouvent leurs origines en Europe. Cela a donc été une expérience très positive”.

Deuxième question: “Je m’appelle Maria, je suis Espagnole. Je voudrais savoir ce que prévoit l’Irlande pour résoudre la crise du drapeau en Irlande du Nord et comment vous comptez gérer la montée des nationalismes en Europe?”

Maria voudrait donc savoir ce que vous pensez du nationalisme. Vous devez être préoccupés un peu par les évènements récents à Belfast?

Eamon Gilmore: “Oui, en effet, nous le sommes, et je pense que cela montre la nécessité d‘être constamment vigilant et de travailler sur notre processus de paix. Nous avions un conflit en Irlande du Nord qui a duré pendant environ trente ans. C‘était un conflit très violent. 3,500 personnes ont perdu la vie. Ca représente un grand nombre de personnes tuées et beaucoup, beaucoup d’autres ont été blessées. Au fil du temps, nous avons travaillé sur un processus de paix – le gouvernement irlandais et le gouvernement britannique ensemble avec les partis politiques d’Irlande du Nord. Cela a débouché sur un règlement et l‘établissement d’une administration partagée en Irlande du Nord.
Cependant, nous avons vu ces dernières semaines quelques perturbations inquiétantes. J’espère qu’elles ne dureront pas. Mais cela montre les défis que nous devons relever, celui de construire un avenir commun pour les gens en Irlande du Nord. Je pense que cela montre aussi dans quelle mesure l’identité nationale et d’autres identités sont très fortes partout en Europe. Alors que l’Union européenne a eu du succès dans la construction d’une union de 500 millions de personnes, dans cette union, il existe beaucoup de peuples et beaucoup de groupes de personnes qui ont une identité nationale ou régionale très forte. Il est important que nous, tout d’abord, respections ces identités, mais qu’il y ait le respect mutuel de tous et que nous travaillions ensemble comme un peuple en Europe pour construire un meilleur avenir ensemble pour tous nos citoyens”.

Autre question: “Bonjour, je m’appelle Chantal, je suis Belge. J’aurais voulu poser une question: que compte faire l’Irlande pour contrebalancer le pouvoir de l’Allemagne dans l’Europe?

Avez-vous l’intention de faire quoi que ce soit pour réduire la puissance allemande ou est-ce tuer la poule aux oeufs d’or?

Eamon Gilmore: “Je pense qu’il est important que nous reconnaissions tous que l’Union européenne est composée non pas d’un seul état ou même d’un petit nombre de grands états. L’Union européenne est composée de 27 États membres et quand la Croatie deviendra membre, il y aura 28 États-membres. Je pense qu’il est important que nous fassions notre travail en Europe en utilisant la méthode communautaire, qu’il y ait un solide esprit d‘équipe entre tous les États membres, un respect mutuel entre les états plus petits et les plus grands états…”

La puissance économique donne vraiment à l’Allemagne une supériorité, n’est-ce pas? Cela rend toute la situation un peu déséquilibrée.

Eamon Gilmore: “Pour apprécier la puissance économique, nous devons comprendre combien nous sommes dépendants les uns des autres. Je pense que c’est la signification de l’Union européenne : aucun état, aucun pays ne va être un grande puissance à lui seul. Le pouvoir que nous avons tous, la force économique que nous avons tous, viennent de notre interdépendance. La grande force de l’Union européenne, c’est qu’elle compte 500 millions de personnes. C’est le plus grand marché de la consommation dans le monde, il représente 25% du PIB mondial.
Nous avons eu des problèmes en Europe, des problèmes avec notre monnaie et avec notre système financier. Je pense que nous devons aller au-delà de ces problèmes maintenant et nous concentrer sur la reprise économique en Europe, en nous appuyant sur les forces qu’a l’Europe. Et pour nous appuyer sur ces forces, nous devons comprendre que nous sommes interdépendants. Il ne s’agit pas d’un seul Etat ou d’un petit nombre de grands états, il s’agit des 27 Etats-membres travaillant ensemble”.

Question suivante: “Je m’appelle Anke et je viens d’Allemagne. Ma question est la suivante : l’Irlande est la première à prendre la présidence dans le trio qu’elle forme avec la Lituanie et la Grèce. Je voudrais savoir ce que vous allez faire pour vous assurer qu’il y aura une cohésion forte et une bonne coopération entre ces trois pays en ces temps économiques difficiles.”

Le problème n’est-il pas, M. Gilmore, que tout est à très court terme? Chaque pays a six mois, et ensuite c’est au suivant?

Eamon Gilmore: “Oui, en ce qui concerne la présidence tournante. Mais, bien sûr, il y a aussi maintenant la présidence du Conseil européen, c’est une institution permanente, (avec) le président Van Rompuy. Et bien sûr, (il y a) le président de la Commission Barroso, et le Haut représentant pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité. Je pense que le nouveau système de trio – dans lequel la présidence actuelle travaille avec ses deux successeurs- donne une continuité à notre travail. Dans le cas de l’Irlande, cela veut dire que allons travailler avec la Lituanie et la Grèce. Il y a un dossier qui devra progresser dans les six prochains mois et l’Irlande en est très consciente. Nous espérons qu’il sera possible d’obtenir un accord sur le budget européen, le cadre financier pluri-annuel. Il y a ensuite un programme législatif qui doit être suivi à partir de cela.
Nous voulons voir le marché unique se développer, en particulier le marché numérique. Nous voulons voir la conclusion de quelques accords commerciaux qui sont en attente depuis un moment. Nous allons donc travailler sur ces dossiers et les faire progresser, et puis en coopération avec la Lituanie et la Grèce, nous nous allons les voir mener à bien durant les 12 mois qui suivront”.

Question finale: “Bonjour, je m’appelle François. Je viens de France. Je voudrais savoir ce que le gouvernement irlandais compte faire pour éviter la répercussion de la crise sur les jeunes et notamment pour éviter tous les mouvements d‘émigration qu’il y a en ce moment où l’on voit les jeunes partir d’Irlande pour chercher du travail. Comment mettre fin à cette situation?”

250 personnes, chaque jour, partent apparemment, selon des statistiques. Que pouvez-vous faire pour retenir des jeunes voulant partir ailleurs pour trouver du travail ?

Eamon Gilmore: “Le problème le plus important et le plus urgent auquel nous faisons face en Irlande et en Europe est celui du chômage et particulièrement celui des jeunes. Dans l’ensemble de l’Union européenne, environ 20% de nos jeunes n’arrivent pas à obtenir d’emplois. Il est urgent que nous remédions à cette situation. Il y a un certain nombre d’initiatives que l’Irlande a l’intention de prendre pendant la présidence de l’Union européenne. Parmi elles, l’idée d’une “garantie pour les jeunes”. Autrement dit, les jeunes auront accès à l’emploi, à l’expérience professionnelle ou à l‘éducation et la formation. Le pire état dans lequel les jeunes peuvent être laissés est celui du désoeuvrement, une situation de chômage sans espoir.
Il faut donc une combinaison de mesures : tout d’abord, augmenter la croissance européenne afin que des emplois soient créés, développer le marché unique et le marché numérique en particulier – un domaine où il y a beaucoup de potentiel pour l’emploi des jeunes-. Il faut développer notre éducation et les systèmes de formation, faire avancer l’idée d’Erasmus pour tous – le principe même d‘échanges dans le domaine de l‘éducation entre les pays européens. Mais par-dessus tout , il faut faire du chômage des jeunes et de la crise de l’emploi une priorité, pas seulement pour la présidence irlandaise, mais une priorité pour toute l’Europe, afin de donner aux jeunes l’espoir qu’ils auront un avenir que ce soit en Irlande ou dans un autre pays de l’Union européenne”.

Merci beaucoup Eamon Gilmore de nous avoir répondu depuis Dublin. Merci à vous pour vos questions. Vous pouvez voir qui sera notre prochain invité sur le site d’Euronews.

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