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Une Europe bien éloignée de ses citoyens

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Une Europe bien éloignée de ses citoyens

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Les responsables européens savent qu’ils doivent relever un défi : trouver comment rapprocher l’Union de ses citoyens. Ils savent bien qu’en pleine crise économique, il est crucial d’intervenir sur des sujets-clé pour que les populations se sentent davantage européennes et utilisent mieux leurs droits.
Les sondages livrent un verdict décevant pour Bruxelles : une majorité d’Européens ne connaissent pas leurs droits et leur confiance dans les institutions a fortement chuté depuis cinq ans.

Dans un pays comme l’Irlande où l’Europe suscite un débat féroce, Bruxelles a fort à faire pour remporter l’adhésion populaire. Mais déjà, certains se montrent plus intéressés que d’autres par ce que l’Union a à offrir. Declan est diplômé en informatique. Mal-voyant, le jeune homme de 23 ans est actuellement au chômage. “L’Europe s’est construite sur la notion de solidarité et il faut que cette solidarité perdure,” estime Declan, “on ne peut pas avoir une Union où tant de gens sont sans emploi et en souffrance. On doit aussi veiller à faire respecter les droits de l’Homme à travers toute l’Europe,” poursuit le jeune homme, “à l’heure où de plus en plus de choses sont accessibles grâce à internet, on doit concentrer nos efforts sur la manière dont l’Union peut mieux expliquer sur le web, leurs droits aux citoyens européens.”

Declan a choisi de se rendre à un débat organisé récemment par la Commission européenne à l’Hôtel de ville de Dublin. Objectif de Bruxelles : faire un pas en direction du public.

2013, baptisée année européenne des citoyens, sera marquée par une série d‘évènements similaires dans toute l’Union. “C’est très positif que le président de la Commission soit présent,” souligne Declan, “mais les responsables devraient sortir de leurs bureaux beaucoup plus souvent même si c’est très difficile parce que l’Union est tellement vaste, tellement technique et qu’elle s’occupe de tant de questions,” reconnaît-il, “il faut arriver à condenser tout cela dans une entité dont les gens se préoccupent : voilà le défi.”

Et il est loin d‘être gagné tant il semble qu’en général, les Européens ont du mal à se sentir comme tels. Ils sont probablement bien peu nombreux, ceux qui savent que l’hymne européen est l’Ode à la joie de Beethoven. Un air pourtant connu.

Dans la rue, les responsables européens le sont beaucoup moins. Devant les photo d’Herman van Rompuy, Catherine Ashton ou encore José Manuel Barroso, très peu les reconnaissent.

Au Portugal aussi, nombreux sont ceux qui donnent leur langue au chat même si un visage est familier : celui du président de la Commission européenne, également ancien Premier ministre du pays.

Les représentants de l’exécutif européen reconnaissent que l’Union n’est pas assez proche de ses citoyens, tout en espérant que cela ne ralentira pas la marche vers une plus grande intégration.

D’après la vice-Présidente de la Commission Viviane Reding, l’Europe fait pourtant déjà beaucoup pour communiquer avec les citoyens. “J’ai lancé la première consultation des citoyens européens et ce sont surtout des jeunes qui ont répondu, des milliers d’entre eux,” insiste-t-elle, “c’est une très bonne chose parce qu’il faut que les jeunes participent pour nous aider à construire l’Europe du futur,” ajoute-t-elle, “il y a aussi les centres d’information Europe Direct dans presque toute l’Union où les citoyens peuvent se renseigner.” Viviane Reding souligne également qu’il existe d’autres canaux de communication dans tous les Etats membres pour promouvoir les actions de l’Union.

Le prochain débat avec les citoyens est prévu au Portugal à Coimbra, le 22 février. Les dossiers européens qui concernent l‘éducation sont connus dans cette ville : il faut dire qu’elle accueille l’une des plus anciennes universités d’Europe. Et quand il s’agit de parler de l’avenir du continent, tout le monde a un avis sur la question. L‘économie est un motif de préoccupation majeure dans le pays : elle sera certainement au coeur de ce débat organisé par l’Union.

Nous rencontrons un écrivain et sociologue célèbre dans le pays. D’après Boaventura de Sousa Santos, professeur à l’Université de Coimbra, pour rapprocher l’Union des citoyens, il faut tout simplement que ceux qui gouvernent soient élus au suffrage direct. “A l’heure actuelle, il y a ce qu’on appelle un déficit européen, un déficit de démocratie,” explique-t-il, “la démocratie existe au niveau des différents Etats membres, mais pas au plan européen,” poursuit le sociologue, “le Parlement européen n’a pas les pouvoirs qu’il devrait avoir et le pouvoir exécutif – comme au sein de la Commission européenne – n’est pas élu par les citoyens.” Selon ce spécialiste, les responsables européens devraient aussi s’inspirer des pratiques sur les autres continents et les valeurs européennes devraient être intégrées dans les programmes d‘éducation.

Parmi les étudiants de la ville, on est très critique sur l’Union. “La vérité, c’est qu’on parle de l’Union européenne, mais elle n’est pas unie,” estime Simão Cabral, étudiant en droit, “malheureusement, le Parlement européen et les députés de chaque nation qui y est représentée continuent de défendre les intérêts de leur propre pays,” affirme-t-il, “et ils oublient ce qui est véritablement important au niveau de l’Union, à savoir : l’intérêt de tous.”
“Il y a un immense fossé entre l‘élaboration des politiques et leur application dans les différents pays parce que la population européenne ne s’y intéresse pas,” tranche un autre étudiant, Miguel Martins, “personne ne s’en préoccupe au Portugal sauf en ce moment parce que c’est la crise ; mais en général, les gens ne veulent pas savoir ce qui se passe.”

Pour changer l’Europe, chaque voix compte. Tout l’enjeu sera de réussir à susciter l’intérêt et inciter les populations à s’exprimer.