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Budget, emploi et croissance : le Parlement européen a son mot à dire

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Budget, emploi et croissance : le Parlement européen a son mot à dire

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Le budget européen suscite beaucoup de controverses entre ceux qui veulent plus de fonds pour aider l’Europe à sortir de la crise et ceux qui demandent de l’austérité comme celle qui leur est imposée. Pour répondre à vos questions, nous accueillons Eider Gardiazábal Rubial, vice-présidente de la Commission des budgets au Parlement européen et membre du groupe de l’Alliance progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D).

Kadira, de nationalité belge :
“Pourquoi le Parlement européen vote-t-il contre le budget approuvé par le Conseil ?”

Eider Gardiazábal Rubial, vice-présidente de la Commission des budgets au Parlement européen :
“Le seul message que nous voulons envoyer au Conseil, c’est : “ce résultat ne nous plaît pas, ouvrons les négociations parce que le Parlement a droit aussi à dire ce qu’il pense sur le prochain cadre financier.” Le résultat du précédent Conseil est vraiment très loin de toutes les demandes que le Parlement avait faites. Que demandions-nous ? Simplement, plus d’argent parce que nous croyons que le projet européen a besoin de plus d’argent pour financer toutes les politiques pour sortir de la crise : pour la recherche et développement, l’innovation, l’aide pour les jeunes, la lutte contre le chômage, etc.
Nous avons aussi demandé plus de flexibilité parce que nous ne pouvons pas décider d’un budget pour cette année car nous ne savons pas quelle sera la situation d’ici deux, trois ou quatre ans : nous voulons cette marge de manoeuvre pour pouvoir changer si jamais survient une situation imprévue.”

Hafsa, originaire de Belgique :
“Les votes pour le budget européen étant secrets, les parlementaires vont-ils voter selon ce que veut leur pays d’origine ou en fonction des attentes du Parlement européen ?”

Eider Gardiazábal Rubial :
“C’est difficile de faire la distinction. Je pense que nous avons deux âmes : nous représentons évidemment notre pays, mais nous ne pouvons pas oublier que nous sommes des parlementaires européens. Mais une chose est très claire : si le budget européen n’est pas bon pour l’Europe, dans mon cas il ne sera pas bon pour l’Espagne. Mais actuellement, le résultat du Conseil n’est pas bon pour l’Europe et donc, ne peut pas être bon pour les Etats membres.”

Ben, d’Angleterre :
“J’aimerais savoir ce que fait le Parlement pour mettre la pression sur le Conseil dans l’objectif de limiter vraiment les bonus des banquiers.”

Eider Gardiazábal Rubial :
“Le Parlement a toujours son pouvoir et c’est vrai que la limitation des bonus des banquiers a été l’une des demandes depuis le début de la crise.”

Chris Burns, euronews :
“Mais il y a quand même beaucoup de résistance, y compris au sein du Parlement…”

Eider Gardiazábal Rubial :
“Evidemment, il y a beaucoup de résistance, il y a beaucoup d’intérêts en jeu, mais je pense qu’il faut tenir. Le Parlement doit mettre la pression sur le Conseil et cette mesure doit être prise.”

Chris Burns :
“Passons à une question sur l’emploi des jeunes. Rappelons que le taux de chômage les concernant est généralement deux fois plus élevé que pour l’ensemble de la population active. En Espagne, il atteint 50%.”

Eider Gardiazábal Rubial :
“50%, c’est très élevé. C’est tragique. C’est une tragédie pour l’Espagne, mais aussi pour l’Europe parce que nous ne sommes pas les seuls à avoir ce taux.”

Pablo, originaire d’Espagne :
“J’aimerais savoir quand sera appliquée la garantie européenne pour les jeunes en recherche d’emploi et en quoi elle va consister exactement.”

Eider Gardiazábal Rubial :
“Il faut mettre des solutions sur la table et la garantie européenne pour la jeunesse est une solution. Je pense que la garantie pour la jeunesse est un pas. Il est vrai que c’est un très petit pas et c’est l’une des raisons pour lesquelles nous ne sommes pas contents du résultat du Conseil parce qu’il n’y a que six milliards d’euros prévus pour cette garantie pour la jeunesse.”

Chris Burns :
“On dirait que c’est beaucoup.”

Eider Gardiazábal Rubial :
“En réalité, ce n’est rien et il y a une étude qui dit que les pertes économiques des Etats membres par le chômage des jeunes représentent 153 milliards d’euros par an. Or nous sommes en train de parler de six milliards sur sept ans. J’ai fait les comptes : cela fait 60 euros par jeune chômeur par année. Ce n’est pas grand-chose pour être efficace.”

Yasmina, étudiante belge :
“La politique de croissance aura-t-elle un effet et n’est-ce pas trop tard ?”

Eider Gardiazábal Rubial :
“Je pense que ce n’est peut-être pas trop tard, mais il est vrai qu’on aurait pu le faire avant. Cette idée d’austérité qui est venue de certains pays et qui finalement, a été décidée au niveau global par les 27, on pouvait en douter dès le début. Moi, je n‘étais pas d’accord avec l’austérité. Mais quatre ans ont passé et la situation est encore pire aujourd’hui. Donc, il faut vraiment changer de politique et mettre en place des politiques de croissance – pas seulement au niveau de l’Union parce que le budget européen ne représente qu’1% du Produit intérieur brut – : il faut aussi le faire dans les Etats membres et surtout dans ces Etats membres qui ne sont pas dans une crise aussi forte que certains pays du Sud. Il faut de la coopération, de la solidarité également dans les politiques de croissance.”

Chris Burns :
“Il faut rappeler que le budget européen de près de mille milliards d’euros ne représente qu’1% du PIB.”

Samya, de nationalité belge :
“Pensez-vous qu’un jour, l’Union européenne pourrait avoir ses propres ressources pour ne plus dépendre des Etats membres ?”

Chris Burns :
“On peut avoir le sentiment que l’Union européenne doit faire la quête auprès des Etats membres pour avoir les moyens d’agir. Pensez-vous que l’on devrait faire ce bond en avant : que l’Union européenne devrait lever des impôts directement auprès des citoyens ?”

Eider Gardiazábal Rubial :
“Oui, il faut absolument qu’on ait des ressources propres. D’ailleurs, ce n’est pas une question nouvelle : c’est une question qui se pose depuis le début de la construction européenne, de savoir si le budget de l’Union doit avoir ses ressources propres. Le problème, c’est qu’actuellement, 80% des ressources de l’Union sont issues des contributions nationales. C’est pour cela que nous avons lutté et nous sommes en train d’en voir les résultats : nous avons proposé par exemple, la taxe sur les transactions financières. Ce n’est pas seulement une taxe qui servira pour les pays, nous voulons qu’une partie des recettes de cette taxe soit allouée au budget européen. C’est vraiment nécessaire.”

Chris Burns :
“C’est un tout petit pas, mais prélever les citoyens sous la forme d’impôts sur le revenu, c’est quelque chose qui doit faire rêver quelqu’un comme vous.”

Eider Gardiazábal Rubial :
“Oui, mais je pense qu’on en est encore très loin. Mais il y a des taxes qui ne pèsent pas directement sur les citoyens comme la taxe sur les transactions financières et qui pour nous, en ce sens, sont très faciles à défendre. Cette taxe en particulier revient à faire payer ceux qui ont causé la crise. Même si c’est avec cinq ou dix ans de retard, ils vont au moins payer une partie de cette crise et nous pourrons ensuite utiliser cet argent pour mener des politiques économiques essentiellement destinées à aider ceux qui en ce moment, souffrent de la crise.”