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Kurdes de Turquie : espoir de paix, après 30 ans de guerre

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Kurdes de Turquie : espoir de paix, après 30 ans de guerre

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Il aura fallu près de trois décennies de conflit entre la guérilla du PKK et l’armée turque avant d’entrevoir une issue politique.

Deuxième force de l’OTAN après les Etats-Unis, Ankara a mobilisé l’essentiel de sa puissance militaire contre les séparatistes kurdes. Mais l’option militaire a atteint ses limites.

Non seulement elle n’a rien résolu, mais ce sont les civils qui ont payé le plus lourd tribut. Depuis 1984, le conflit a fait entre 40.000 et 45.000 morts, nombre d’entre eux dans des attentats terroristes.

“Les terroristes constituent un problème à part, précisait le 11 mars dernier le président turc Abdullah Gul. Jusqu‘à présent, nous les avons combattus. Et j’espère qu’ils se sont rendu compte que la lutte armée n’est pas une solution. La Turquie est déterminée, de notre propre initiative, à prendre des mesures pour développer notre démocratie. De sorte que nous puissions mettre un terme aux critiques dont nous avons fait l’objet.”

En effet la Turquie a tout à gagner à clore ce chapitre sanglant de son histoire récente, qui ternit son image sur la scène internationale. C’est en tout cas l’analyse qu’en fait Asli Aydintasbas, éditorialiste au quotidien Milliyet : “la Turquie a des ambitions qui dépassent ses frontières, elle aspire à être une puissance régionale, elle veut être – et c’est particulièrement le cas de ce gouvernement islamiste – un leader du monde sunnite. Et dans la mesure où elle nourrit ces grandes ambitions au Proche-Orient, ce sanglant conflit interne fait mauvaise impression.”

Sur le plan intérieur, le pari du gouvernement turc n’est pas dénué de risques politiques. Mais pour de nombreux Kurdes et Turcs, trop de sang a déjà été versé.

“Je pense que l’initiative politique du gouvernement turc est un pas très positif, commente dans un café Sabahattin Ertin, un résident turc d’Istambul. Toute cette situation nous rend nerveux – mères, pères, soldats, citoyens turcs et kurdes, nous avons tous grandi ensemble. Et une majorité de gens est pour.”

Diyarbakir, la grande ville kurde de Turquie se prend aujourd’hui à espérer. Forte d’un million et demi d’habitants, voilà près de trente ans qu’elle subit la négation de l’identité kurde. La paix pourrait lui apporter ce dont les armes l’ont privée : la reconnaissance de la langue kurde et l’autonomie politique.

Va-t-on vers vers une résolution du problème kurde? Entretien avec l’intellectuel et écrivain Enver Sezgin.

euronews:
Quelle sera la prochaine étape? Comment cela va-t-il continuer?

Enver Sezgin:
“Je pense que cela va se dérouler comme suit. Si le désarmement a lieu, le Parlement devra prendre une décision. Le point le plus important ici, tourne autour de la sécurité après le retrait des forces du PKK. Je pense que le gouvernement devra prendre ses responsabilités et nous devons y être très attentifs. Car lors d’un premier retrait en 1999, les forces de sécurité ont ouvert le feu et de nombreuses personnes ont été tuées. Il y a donc de la méfiance. Nous devons surmonter cela. Le Premier ministre affirme qu’il s’en porte garant mais ses paroles doivent être consolidées par des actions après le retrait. Il doit exister un plan pour leur retour en Turquie et à la vie quotidienne, pour le retour des dirigeants du PKK. Mais dans le même temps, il n’y a pas que le problème du désarmement, il faut aussi s’attacher à trouver une solution à la question kurde. Trouver une solution de façon pacifique et démocratique. Il y a d’autre étapes à franchir.

euronews:
Quelles sont ces étapes?

Enver Sezgin:
“Il s’agit tout d’abord d’un problème constitutionnel. Vous savez que le Parlement travaille actuellement à l‘élaboration d’une nouvelle constitution. Celle-ci doit être démocratique et doit prévoir une large part à la résolution du problème kurde. La définition de la citoyenneté doit être changée. Cette constitution doit être neutre et placer les groupes ethniques sur un même pied d‘égalité. La langue maternelle ne devrait pas être un obstacle à l‘éducation. Toutes ces étapes fournissent une solution à la question kurde. L’enseignement dans la langue maternelle, la définition de la citoyenneté et de la participation de chacun au processus décisionnel, la façon de gouverner.

euronews:
Le slogan de ce Nouvel an kurde s’attache à la libération du chef du PKK et au statut des Kurdes. Qu’en pensez-vous? Des changements sont-ils possibles?

Enver Sezgin:
“D’après ce qui ressort des discussions sur l‘île d’Imrali où est emprisonné Öcalan, nous retenons que ce dernier ne veut pas que son cas personnel fasse partie du processus pour le moment. Il est entendu que cela peut intervenir plus tard dans le processus et qu‘à l’avenir cette question pourra être discutée. Abdullah Öcalan est en prison depuis 14 ans. Si nous atteignons la paix, la vision des gens changera. Tout cela pourra alors être mis à l’ordre du jour de la société pour résoudre le problème.

euronews:
À la fin de ce processus, pensez-vous que le problème sera résolu pour de bon? Que le conflit sera bien fini ?

Enver Sezgin:
“Tout d’abord, la paix est difficile. On ne peut pas arriver à la paix avec seulement quelques personnes réunies autour d’une table. Reste que ce point est déjà une bonne chose. Mais nous parlons de la paix intercommunautaire. Et pour cette raison, il faudra du temps. Malheureusement, il y a du sang entre les communautés et cela ne peut pas se résoudre en quelques mois. Il s’agit d’un processus. À la fin de ce processus, nous verrons les peuples de Turquie vivre en paix.