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Edwy Plenel : l’affaire Cahuzac, « un séisme démocratique »


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Edwy Plenel : l’affaire Cahuzac, « un séisme démocratique »

Joint au téléphone par euronews, Edwy Plenel, président et co-fondateur de Mediapart, revient sur les aveux de Jérôme Cahuzac et évoque l’impact de l’affaire sur la politique française, le journalisme et l’Europe.

« On ne peut être que satisfait de voir que Jérôme Cahuzac ce mardi devant les juges d’instruction a commencé à dire la vérité. C’est une bonne nouvelle que les informations de Mediapart soient confirmées par celui-même qui les niait pendant quatre mois », commente M. Plenel. « En même temps, le journaliste que je suis ne peut se réjouir de nouvelles qui abîment le visage de notre démocratie. »

Pour le président de Mediapart, le site d’information qui a dévoilé l’affaire, les aveux de Cahuzac soulèvent de graves interrogations : « La vraie question, c’est ce séisme politique : qu’un ministre important, chargé de la loi fiscale, c’est-à-dire la loi la plus élémentaire, qui lui-même violait cette loi et qui toute honte bue, devant la représentation nationale, mentait effrontément ».

Un « séisme démocratique » qui ébranle l’oligarchie politico-financière

Les conséquences vont au-delà du cas personnel de l’ex-ministre du Budget : « C’est dramatique pour l’image de la politique et cela concerne toutes les familles politiques, même si l’opposition s’empare de l’affaire, » rappelle le journaliste. « Nous avons vu que la droite était solidaire de M. Cahuzac, que M. Eric Woerth était son premier défenseur, lui-même prédécesseur au Budget, financier de l’UMP et lui-même mis en examen dans l’affaire Bettencourt. »

Sombre, il ajoute : « Je pense que c’est un séisme démocratique dont nous ne mesurons pas toutes les conséquences. Il ébranle cette oligarchie au croisement de la puissance politique et de l’intérêt économique, financier, personnel, qui s’est cru propriétaire de la République, qui a cru être au-dessus des lois et qui se rend compte aujourd’hui que ces lois s’appliquent à elle aussi. »

La profession de journaliste « doit s’interroger sur sa faible culture démocratique »

Mediapart, sous un feu roulant de critiques venant d’autres médias, a tenu tête jusqu’à ce que la vérité sorte. Pour Plenel, des leçons doivent aussi être tirées de ces paroles : « La profession de journaliste, tous médias confondus, doit s’interroger sur ce qui s’est passé qui témoigne de notre faible culture démocratique, qui infiltre les médias eux-mêmes et leurs comportements. Tout ce qui a été confirmé par M. Cahuzac et par l’enquête préliminaire, ce n’est rien d’autre que ce qu’a affirmé Mediapart dès ses premières révélations de début décembre ».

Il poursuit : « Il suffisait de prendre en compte ces informations pour faire que l’Histoire soit différente, de questionner M. Cahuzac, d’enquêter, de reprendre notre travail. Au lieu de cela, on a eu une succession de commentaires, de gloses, de jeux d’opinions qui ont décrédibilisé une partie du monde médiatique. Je trouve ça grave. Je suis content que Mediapart ait joué son rôle mais je ne suis pas content qu’il ait été si seul. » Le président de Mediapart parle même d’alerte démocratique et d’un besoin d’auto-critique sur « notre trop grande dépendance à l’égard des puissants. »

Une affaires qui interpelle les élites gouvernantes européennes

L’affaire Cahuzac va, pour M.Plenel, avoir des échos hors de France : « C’est une mauvaise nouvelle puisque M. Cahuzac était présenté comme l’homme fort du gouvernement, celui qui accompagnait les nécessaires, selon le pouvoir actuel, mesures d’austérité, celui qui au fond était exigeant avec les faibles et l’était moins avec les forts ». Et d’affirmer « c’est évidemment quelque chose qui interpelle toutes les élites économiques, financières, gouvernantes européennes ».

« Vous savez, en démocratie, il y arrive qu’il y ait des tentations, des faiblesses et des mensonges. Il faut que ces faiblesses puissent être dénoncées et rapidement sanctionnées ». Pour Edwy Plenel, l’affaire est une faillite de la France : « Là où la démocratie française est un mauvais élève de ses propres valeurs, c’est qu’il a fallu quatre mois d’entêtement d’un petit journal indépendant comme Mediapart pour que cette histoire perce un mur de déni, de mensonges, et ça, ce n’est pas normal. »
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