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Comment le marché de l'art réagit-il face à la crise ?


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Comment le marché de l'art réagit-il face à la crise ?

Aujourd’hui, le marché annuel de l’art est estimé à 43 milliards d’euros. Comment réagit-il à la crise économique internationale ?Qui sont les nouveaux acteurs de ce marché? Et comment les législations fiscales affectent-elles les ventes ?

Euronews a posé ces questions à Guillaume Cerutti,PDG de la maison d’enchères Sotheby’s France, et vice-PDG de Sotheby’s Europe.

Euronews: En quelle mesure la crise économique internationale affecte-t-elle le marché de l’art?

Guillaume Cerutti : La crise économique internationale touche le marché de l’art, comme tous les secteurs, mais elle le touche de manière relative ou différenciée, parce que le marché de l’art a des caractéristiques particulières. C’est un marché très étonnant, c’est un marché où il n’y a que des individus, des collectionneurs très particuliers, et des objets individuels. Ce sont des caractéristiques très spéciales. Et donc face à une crise, ce que l’on observe, c’est que les chefs d’oeuvres, les pièces très rares,avec une provenance prestigieuse ne sont pas trop concernés par la crise. Au contraire, ils sont même davantage recherchés, demandés par les grands amateurs. En revanche, les objets de valeur plus moyenne, les tableaux d’intérêt réel mais moins marqués, eux, peuvent être affectés par la crise et leurs estimations doivent être à ce moment là extrêmement précises pour nous permettre de le vendre sur le marché de l’art. Donc, la crise a un impact un peu différencié, selon la qualité et l’importance de l’objet.

Euronews: On assiste à des enchères où certaines oeuvres d’art atteignent des prix incroyables. Est-ce que l’oeuvre d’art est toujours un bon investissement, ou y a-t-il le risque d’un effet de bulle, comme dans les marché mobiliers?

Guillaume Cerutti : C’est vrai que l’actualité, la communication autour des grandes ventes aux enchères, parlent de records. L’an dernier, par exemple, Sotheby’s a vendu à New York une oeuvre d’Edvard Munch, “Le cri”, pour plus de 120 millions de dollars. Il y a aussi les oeuvres de Picasso vendues aux enchères à Paris, par exemple, un portrait de Dora Maar, vendu sept millions d’euros. C’est vrai que ces chiffres frappent et ils font penser que le marché de l’art est un domaine un peu protégé, une valeur refuge en temps de crise. La réalité est plus nuancée naturellement, car encore une fois, il y a des secteurs où la baisse du nombre d’acheteurs, les inquiétudes sur la situation économique mondiale peuvent se ressentir.

Euronews: Lemarché de l’art est-il donc de plus en plus réservé aux élites, aux très riches?

Guillaume Cerutti: Le marché de l’art est en réalité composé de plusieurs marchés. Si vous prenez les grands tableaux impressionnistes et modernes, les prix atteints pour les chefs d’oeuvre sont souvent très élevés, et donc la réponse à votre question – est qu’ils sont réservés aux gens très riches ou ultra-riches – ce sera plutôt oui. Pour acheter une oeuvre importante de Picasso, il faut avoir beaucoup de moyens. En même temps, il y a des domaines sur le marché de l’art qui permettent de réaliser des acquisitions à des prix très faibles. Par exemple, le domaine des gravures permet d’acquérir une oeuvre de Picasso, qui est une vraie oeuvre originale, car gravée à quelques exemplaires par un graveur important, à des prix de quelques centaines d’euros. Nous avons eu une vente à Paris à la fin du mois de février, la vente provenant du graveur Crommelynck, avec des oeuvres de Picasso extraordinaires, pour quelque centaines d’euros.

Euronews: Quel genre d’oeuvre d’art a le plus de succès parmi vos clients?

Guillaume Cerutti: C’est le domaine de l’art du XXe siècle qui est indéniablement le plus important sur le marché aujourd’hui. L’impressionnisme, l’art moderne, l’art de l’après-guerre, ce sont dans ces domaines que les prix les plus élevés se trouvent. Certains autres secteurs ont connu ces dernières années un développement très rapide, par exemple, les arts d’Afrique et d’Océanie sont devenus en quelques années un secteur très important du marché. Autre secteur qui a connu un développement encore plus spectaculaire : les arts d’Asie. Il y a encore une dizaine d’années, le marché de l’art était un marché principalement réservé aux clients occidentaux : les Européens et les Américains. Et puis, depuis quelques années, les acheteurs asiatiques, notamment chinois, sont venus sur ce marché avec un très grand appétit pour acheter des oeuvres de leur histoire, des oeuvres impériales, des sceaux, des jades, des céramiques et on a vu également ce marché se développer de manière très rapide.

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Qui est votre client ? Est-ce que son profil est en train de changer?

Cerutti: L’identité des clients acheteurs, le profil des clients acheteurs sur le marché de l’art a évolué ces dernières années. Il y a une dizaine d’années, le profil type c‘était plutôt, pour le client collectionneur, le profil d’un occidental, un Européen, un Américain. Aujourd’hui, le profil type est plus difficile à constituer, parce qu’il y a des acheteurs russes, chinois, indiens, latino-américains, qui sont venus augmenter le nombre des clients potentiels à coté des Americains et des Européens qui sont toujours là. Donc le profil est plus difficile à dessiner. Par ailleurs, des disciplines qui étaient confidentielles se sont développées fortement ces dernières années. Prenez par exemple la photographie, ou les arts d’Afrique et d’Océanie qui ont connu un développement très rapide, ils ont entraîné un afflux de nouveaux acheteurs, plus jeunes, un peu différents de ce que nous avions dans les secteurs plus classiques jusqu‘à il y a une dizaine d’années.

Euronews: Paris est-il toujours attirant pour les collectionneurs?

Guillaume Cerutti: Paris et la France étaient il y a 40 ans le marché de l’art principal au monde. C‘était une époque où la France, où Paris, étaient encore d’un point de vue de la créativité, de la densité d’artistes, un lieu incontournable. Et puis il y avait des maisons de vente et des marchands extrêmement importants qui dominaient le monde dans une période où le marché de l’art était encore relativement réduit. C‘était une coexistence des marchés nationaux. Et puis, au cours des années 70, 80, 90, depuis l’an 2000, le marché s’est internationalisé. Et la France a perdu du terrain, parce que, dans ce Pays, on aime souvent avoir un réflexe un peu protectionniste, la France a toujours eu vis à vis de la mondialisation un peu de frilosité. Et on a raté, comme cela, le train de la mondialisation et la France a perdu sa première place. Elle a été remplacée par des Pays qui ont été plus dynamiques pour attirer les acheteurs et créer des évènements autour de grandes ventes : Londres, New York bien évidemment, et puis maintenant aussi Hong Kong, qui est un lieu de vente extrêmement important.

Euronews: Est-ce que le marché de l’art est sensible à la fiscalité des différents Pays?

Guillaume Cerutti: Le marché de l’art est un marché extrêmement sensible à la fiscalité et aux règlementations. Pour une raison très simple: les objets qui sont vendus sur le marché de l’art, tout comme les collectionneurs qui interviennent sur le marché de l’art, sont très mobiles. Un objet peut être vendu à Paris, mais son propriétaire peut aussi décider de le vendre très facilement à Londres ou à Genève. Un collectionneur peut choisir d’acheter dans une vente à Paris mais il peut aussi très facilement acheter à Londres, à Genève, à New York, avec les techniques internationales, Internet, l’envoi des catalogues, la communication que font les maisons de vente, qui apportent l’information à domicile partout dans le monde. Donc, la fiscalité de ce point de vue là est décisive, parce qu’elle peut entraîner un déplacement de ces acteurs ou de leurs choix concernant la vente d’une oeuvre d’art.

Euronews: Quelles sont vos prévisions pour 2013 et les années suivantes?

Guillaume Cerutti: Ce qu’on a observé ces dernières années, c’est qu’après une période de développement très rapide dans les années 2000, nous avons connu, comme les autres secteurs, une crise en 2008-2009, une crise qui était principalement une crise de confiance, et donc le marché s’est rétracté. Nous avons rebondi très fortement, nous nous sommes bien développés en 2010-2011. 2011 a été une très bonne année pour l’activité du marché de l’art. 2012 a été une année un peu en recul par rapport à 2011, et 2013 est une année que nous observons avec beaucoup d’attention, parce que je pense qu’il y a des facteurs de risque. Il faudra être prudent dans l’estimation des objets qui sont mis en vente, parce que l’horizon économique de l’ensemble des opérateurs, mais aussi de nos clients, s’est énormément rapproché. Les gens ne font pas de plans à long terme, ils observent cette année, qui est une année indéniablement difficile au plan européen pour la croissance, et donc ils sont prudents. Notre rôle dans ce contexte, c’est de nous adapter par des estimations extrêmement attractives, pour générer de la confiance, et puis d‘être extrêmement sélectifs dans la qualité des ventes que nous mettons en place chez Sotheby’s, ce qui est un de nos objectifs principaux.

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