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Ali Khamenei, l'homme le plus puissant d'Iran

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Ali Khamenei, l'homme le plus puissant d'Iran

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L’Occident le connait comme “l’Ayatollah”, Ali Khamenei est l’‘homme le plus puissant d’Iran.
Religieux, politique, quelle est sa position? Pour mieux comprendre, nous allons rejoindre Kazem Alamdari, sociologue et professeur à l’université d’Etat de Californie, mais avant cela voici son portrait:

A 74 ans, l’Ayatollah Khamenei, le Guide Suprême de la Révolution, occupe le poste le plus élevé de la République islamique d’Iran. Au dessus du président, fonction qu’il a occupée lui même 9 ans durant. A ce titre, il est le chef des forces armées, et les Gardiens de la Révolution – donc le nucléaire iranien – dépendent de lui.

C’est à la mort de l’Ayatollah Khomeini qu’il est élu Guide suprême par l’Assemblée des Experts, un collège de 80 religieux, en juin 1989. Dès lors, il va s’adjuger le contrôle total des affaires de défense et de sécurité, de la justice, et aussi des médias.

C’est lui qui nomme la moitié des membres du puissant Conseil des Gardiens, chargé de la conformité des lois avec l’Islam.

Pour les observateurs, c’est un “ dur “ du régime, le gardien intransigeant des principes et des valeurs de la révolution islamique de 79.

“A bas le dictateur”, osent les plus audacieux, mais difficile en Iran de dire qu’on est contre lui.

Les manifestatnts opposés à la victoire d’Ahmadinejad en 2009 l’ont payé cher. Répression, et résidence surveillée pour les candidats Hossein Moussavi et Mzedi Karoubi…

Incarcérations, mises à l‘écart, disparitions peuvent être le prix de la dissidence. En 1997, un tribunal allemand l’a tenu lui, et le président de l‘époque, Akbar Hachéémi Rafsanjani, responsable de l’attentat contre des membres de l’opposition dans un restaurant de Berlin cinq ans plus tôt.

Lui même s’affiche comme révolutionnaire, et se dit peu diplomate.

Un homme clé dans l’histoire et l‘évolution du pays: les grandes décisions sur les gros dossiers à commencer par le nucléaire et les relations avec les Etats unis se prendraient dans son bureau…

L’analyse du sociologue Kazem Alamdari

euronews:
Si l’on considère la position politique et religieuse allouée à M. Khamenei par la Constitution, peut-on trouver l‘équivalent sur la scène internationale?

Kazem Alamdari:
De par sa fonction, le Guide Suprême a des attributions illimitées. Dans le monde d’aujourd’hui, ce ne sont pas les dictateurs qui manquent, mais je ne vois pas d’autres cas ou c’est la constitution qui donne à un dirigeant un pouvoir dictatorial. Et ce pouvoir dictatorial est le résultat de deux facteurs: la fusion de deux puissantes institutions, la religion et le gouvernement, et le mandat à vie. Ces deux facteurs, ajouté à le gout du pouvoir de M. Khamenei, ont engendré un phénomène qui est unique au monde.

euronews:
Comment voyez-vous manière dont le dirigeant iranien a pris le pouvoir? Son pouvoir s’appuie sur quelle légitimité?

Kazem Alamdari:
L’arrivée au pouvoir du Guide suprême, c’est le résultat d’une grande conspiration contre l’héritier légitime de l’Ayatollah Khomeini, l’Ayatollah Montazeri, qui était lui caussi un membre de la Chambre des Experts.
Après la mort de Khomeini, le président Rafsandjani a affirmé que Khomeini avait désigné Khamenei comme son successeur. Ceci, alors qu’il n’en était aucunement fait mention dans les 30 pages de testament de Khomeiny. Après la mort de Khomeini, Khamenei et Rafsandjani se sont partagé le pouvoir, et ils ont aussi marginalisé le fils de l’Ayatollah Khomeini, Ahmad. Deux ans plus tard, Ahmad est mort dans des circonstances suspectes. Après cela, Khamenei et Rafsandjani ont commencé à adapter leurs points de vue. Rafsandjani regardant vers l’avenir, Khamenei vers le passé. Lui est contre l’Occident et la modernité.
Avec sa façon de monopoliser le pouvoir, et avec l’aide de l’armée (les Gardiens de la révolution) et des conservateurs de la ligne dure, Khamenei a aussi réussi à marginaliser Rafsandjani.

euronews:
Regardons ce qui s’est passé lors des protestations des mouvements réformistes aux dernières élections présidentielles, peut-on dire que le Guide Suprême interfère dans le processus des présidentielles?

Kazem Alamdari:
Oui. Le Guide interfère dans les élections. La troisième année du mandat d’Ahmadinejad, il a déclaré dans un discours qu’Ahmadinejad ne devait pas considérer qu’il n’avait plus qu’un an d’ici la fin de sa présidence, et qu’il lui fallait se préparer pour les cinq ans à venir. Par conséquent, aux dernières élections présidentielles, Khamenei a usé de son influence pour faire jouer le processus électoral en faveur d’Ahmadinejad, et contre Moussavi. Pour Khamenei, un président trop indépendant peut représenter une double autorité dans le système, et menacer son propre pouvoir absolu.
Et encore cette fois-ci, il a agi contre Khatami et Rafsandjani, il a empêché leur candidature.

euronews:
À votre avis, quel est le défi le plus important pour le chef de la République islamique d’Iran?

Kazem Alamdari:
Le mouvement des femmes pour la liberté, la démocratie et l‘égalité, la très mauvaise situation économique, les sanctions et l’isolement mondial, tels sont les gros défis de Khamenei.