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L'Iran soutient l'idée d'un contrôle des armes chimiques en Syrie


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L'Iran soutient l'idée d'un contrôle des armes chimiques en Syrie

L’Iran, principal allié régional du régime de Damas, a accueilli favorablement la proposition russe de mettre sous contrôle les armes chimiques de la Syrie. La République islamique a exprimé sa position lors du point presse du ministère des affaires étrangères.

“Nous ésperons que les consultations engagées par l’Iran et tous ceux qui s’opposent à une action militaire, sont parvenues à un stade prometteur, un stade qui empêche tout point de non-retour”, a déclaré Marzieh Afkham, porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères.

Pour l’Iran, ce ne sont pas les forces de Bachar al-Assad qui ont utilisé des armes chimiques, mais ceux qu’elles qualifient de “groupes terroristes”, à savoir le front al-Nosra et les autres groupes liés à al-Qaeda. Téhéran estime donc que toute initiative pour le contrôle de ces armes doit s‘étendre à ces groupes.

Reza Marashi est directeur du conseil national irano-américain: Cette organisation à but non lucratif, basée à Washington, oeuvre en faveur des intérêts de la communauté iranienne aux Etats-Unis. Interrogé par notre correspondant, Reza Marashi nous donne son point de vue sur la politique de Téhéran vis-à-vis de la crise en Syrie :

“Pendant au moins l’année dernière, voire depuis plus longtemps, les décideurs iraniens, pas tous mais beaucoup d’entre eux, ont la volonté de couper la tête du serpent en Syrie, autrement dit d’Assad, afin de préserver le corps, les institutions clés de l’Etat, du parti Baas. Et cela tout en s’asseyant à la table des négociations pour essayer de trouver une solution politique. Les Iraniens ont été parmi les premiers, avec les Nations Unies et une poignée d’autres, à dire qu’il n’existe pas de solution militaire à ce problème, mais uniquement une solution politique. Mais la participation des Iraniens pour potentiellement trouver une solution politique qui mettra fin aux tueries ne sera pas gratuite. Elle s’accompagne d’un prix lié à la volonté des Iraniens de marchander. Jusqu’ici, les Etats-Unis et dans une moindre mesure l’Union européenne n’ont pas voulu faire participer l’Iran au processus de négociation.”

Reza Marashi souligne ici que la crise syrienne n’est pas perçue de la même manière que l’on soit décideur ou Iranien ordinaire :

“L’emploi d’armes chimiques par le gouvernement d’Assad a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour beaucoup de décideurs en Iran. Et j’irais même plus loin en affirmant que le massacre aveugle d’innocents syriens au nom du gouvernement d’Assad, par le gouvernement d’Assad, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase pour beaucoup d’Iraniens il y a bien longtemps.”

Les conséquences de la crise syrienne pèsent indirectement sur l’Iran. Une situation de plus en plus difficile à accepter dans le pays estime Reza Marashi :

“Un débat existe depuis longtemps en Iran sur le fait que le soutien inconditionnel apporté au gouvernement d’Assad nuit au pouvoir discret iranien au Moyen Orient. Beaucoup en Iran même estiment que cela pèse sur le pays. Résultat, je pense que des décideurs clés en Iran passeront plus que volontiers ce problème aux Etats-Unis, si les Etats-Unis décident d’intervenir militairement”.

Reza Marashi rappelle enfin les risques qu’une intervention militaire feraient peser sur la région toute entière :

“Il y a un risque quand, lorsqu’on plaide pour la guerre en Syrie, on dit que cela enverra le message au gouvernement iranien que les Etats-Unis pensent vraiment ce qu’ils disent à propos des lignes rouges. Le risque encouru est double selon moi. Premièrement, que l’on soutienne ou pas des frappes militaires en Syrie, je pense qu’il est juste de dire que pour l’instant il n’y a pas de stratégie clairement articulée, et pas de stratégie clairement articulée non plus pour le jour d’après. Deuxième risque, parce que les communications entre l’Iran et les Etats-Unis sont tellement minimes que si elles ne s’améliorent pas et si on ne donne pas à l’Iran une bonne raison de participer à un processus affaiblissant Assad et apportant une sorte de solution politique, alors les éléments extrémistes en Iran y verront une motivation pour travailler contre les efforts des Etats-Unis et de l’Union européenne – de fait si l’Union européenne participe aux efforts militaires en Syrie. Alors le chaos qui est déjà très répandu dans la région pourrait s’aggraver bien plus encore, ce qui est dangereux pour tout le monde”.

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