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Catch cinéphile : Nos héros sont morts ce soir de David Perrault

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Catch cinéphile : Nos héros sont morts ce soir de David Perrault

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‘Nos héros sont morts ce soir’, premier film de David Perrault, sélectionné à la semaine de la critique à Cannes en mai dernier sort ce mercredi 23 octobre dans les salles.

Nos héros sont morts ce soir se passe dans la France du début des années 60, quelque part entre la fin de la guerre d’Algérie et mai 68. Invité sur le ring par son ami Simon, le Spectre au masque blanc, Victor joue le mauvais rôle : il porte le masque noir et le nom de L’Equarisseur de Belleville. Mais Victor, fragilisé par son retour de la guerre, aimerait être, pour une fois, celui que l’on applaudit. “Simon suggère alors à son ami d‘échanger les masques. Mais on ne trompe pas ce milieu-là impunément.”

David Perrault, dont c’est le premier long métrage, explique avoir eu l’idée du film en tombant sur une photo de l’Ange Blanc, catcheur populaire du début des Trente Glorieuses. On le voyait accoudé au comptoir d’un troquet typiquement parisien, portant son masque. Pour autant, le film n’est pas une biographie, mais “une pure fiction”.
“Dans le film, l’Ange Blanc est seulement évoqué telle une figure mythologique qui plane au dessus des deux personnages principaux joués par Denis Ménochet et Jean Pierre Martins. C’est sa substance qui m’a inspiré, son côté iconique : une sorte de super héros français, avec son masque et sa cape blanche…”

Jeux de masques...

Victor et Simon, amis et ennemis de combat, figure blanche et figure noire dans le jeu de dupes et de masques qu’est le catch ne sont donc que de lointains descendants de l’Ange Blanc. “A travers ce héros oublié j’ai juste tenté de retrouver un plaisir enfantin, un certain goût du merveilleux qui a tendance à disparaître dans le cinéma français. Je ne connaissais pas du tout la mythologie du catch à la française mais cela faisait écho chez moi à une autre mythologie que, du coup, je connais très bien : celle du cinéma. On peut d’ailleurs voir le catch comme une métaphore des films : on sait très bien que tout est faux et pourtant on se force à y croire pendant toute la durée du spectacle.”

Alors que les superhéros masqués ou déguisés envahissent les écrans depuis quelques années, au point qu’un Spiderman puisse être ‘rebooté’ (nouvelle série de films, nouveaux acteurs) 10 ans après la dernière trilogie, David Perrault propose une autre sorte de film pop, à une croisée de chemins inattendue : du polar à la française années 50 au film de héros encapés à la lucha libre version titi parisien ?
“C’est un peu tout cela à la fois…” explique le réalisateur. “Je n’aime pas les films d’un bloc. “Nos héros sont morts ce soir” passe par plusieurs ambiances : comédie, drame psychologique, polar et flirte même parfois avec le fantastique. Ce n’est pas vraiment un film sur le catch mais plutôt une sorte de rêve éveillé qui s’interroge, entre autres, sur la figure du héros masqué.”
C’est aussi pourquoi le réalisateur précise n’avoir pas travaillé sur une reconstitution ostentatoire de cette époque : “Je pense avoir fait un film très moderne dans sa facture : les années soixante certes, mais revisités par un jeune homme d’aujourd’hui.”

Un premier film hors-norme

Des choix qu’il fallait pouvoir assumer en début de carrière : “La difficulté venait principalement du fait que le film ne rentre dans aucune case préconçue. Il est, par exemple, très éloigné de l’idée que l’on peut se faire d’un premier film d’auteur en France. C’est un film personnel, de par l’univers qu’il propose, mais ce n’est pas un film biographique ou qui s’inscrit dans une veine naturaliste ou sociale.”
Mais des choix qui ont su convaincre. Sélectionné une première fois à la Semaine de la critique à Cannes cette année, le film continue à être bien accueilli dans les festivals où il passe. Il a reçu le prix du meilleur réalisateur au Fantastic fest d’Austin aux États-Unis, le prix du meilleur film indépendant au festival allemand d’Oldenburg et le prix de la meilleure interprète féminine pour Constance Dollé au festival Jean Carmet organisé à Moulins en France.
“La première a eu lieu aux Etats-Unis il y a quelques semaines et l’accueil critique et public a été démentiel. Je ne m’y attendais pas du tout.” ajoute le réalisateur. “Je pense que c’est dû à la facture très visuelle du film. Celui-ci s’inscrit dans une réalité très française mais développe aussi un langage universel : celui du pur cinéma. C’est pour cela je pense qu’il plaît autant à l‘étranger.” Verdict sur le ring à domicile, ce mercredi.