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La réduction des risques, qu’est ce que c’est ?


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La réduction des risques, qu’est ce que c’est ?

« La fonction d’un État, c’est moins de viser le bonheur que de viser la réduction des souffrances et des malheurs des hommes. » Karl Popper

La réduction des risques liés à la toxicomanie est une politique qui privilégie des stratégies de soins et de prévention afin de limiter les effets nocifs de la consommation de drogue et d’alcool. Le terme est apparu dans les années 1980, lorsque de nouveaux programmes ont été créés pour stopper la propagation du VIH (Virus de l’immunodéficience humaine).
Un de ces programmes a établi, par exemple, dans certains pays, la gratuité des aiguilles hypodermiques pour les consommateurs de drogues par voie intraveineuse. Cette stratégie semble porter ses fruits car la propagation du VIH et d’autres infections ralentit chez les toxicomanes. Le nombre de décès par overdose diminue.

L’objectif principal de la réduction des risques est d’arrêter la propagation du VIH et de l’hépatite, mais aussi de réduire le nombre d’overdoses et d’améliorer les conditions de vie des usagers de drogues par voie intraveineuse.
Un autre objectif est d’aider les dépendants à arrêter de consommer. Il ne s’agit plus de les inciter à l’abstinence totale du jour au lendemain, mais de les encourager d’abord à se tourner vers des drogues douces, moins nocives.

Au cours des vingt dernières années, la politique de réduction des risques a permis de changer la vision des gens sur les drogues et la toxicomanie. Les experts ne voient plus les usagers de drogues comme la racine du problème, mais plutôt comme des partenaires dans la réduction de ce dernier. Les méthodes aussi ont changé. Les experts ne cherchent plus à supprimer les drogues de manière radicale mais concentrent leurs efforts dans la réduction de leur nocivité.

La prévention des risques ne signifie pas nécessairement être favorable à une dépénalisation ou légalisation des drogues douces. Le but de la réduction des risques est d’atténuer les effets néfastes de la drogue.

Procédures de réduction des risques

A travers l’Europe, il existe différents programmes de réduction des risques pour les personnes dépendantes, comme :

  • Des aiguilles hypodermiques gratuites
  • Des traitements de substitution, ou traitement médicamenteux d’aide au sevrage prescrits par des médecins
  • Des accompagnants de soirées : formés ils offrent leurs services lors de fêtes où de la drogue sera certainement en circulation
  • Un service de suivi des ex-toxicomanes
  • Des travailleurs sociaux aidant les personnes dépendantes qui vivent dans la rue

Le crack semble être un phénomène encore relativement nouveau en occident. En cela, il représente un véritable défi pour les addictologues. Des organisations canadiennes et britanniques ont tenté d’y apporter une première réponse en proposant des kits contenant du matériel stérile pour la consommation et des préservatifs.

La dépendance à l’héroïne peut être soignée avec un traitement à la méthadone mais la dépendance à la cocaïne n’a pas de traitement de substitution connu. Les seules pistes avancées par les chercheurs sont la dexamethamphetamine et le modafinil. D’autres manières de se sevrer pourraient consister à mâcher des feuilles de coca ou à boire du thé à la coca.

Les politiques de réduction des risques concernent aussi les drogues légales. Pour l’alcool, par exemple, l’introduction de verres incassables dans les bars permet de réduire les blessures lors des bagarres entre personnes alcoolisées.
Pour les fumeurs, différents médicaments comme les gommes à mâcher ou les patchs à la nicotine font également partie de la réduction des risques. Les cigarettes électroniques se présentent comme une autre alternative même si leur innocuité est toujours en débat.

Quels sont les résultats de ces politiques ?

« Les projets de réduction des risques ne peuvent réussir que dans les pays où ils deviennent partie intégrante des politiques de santé publique et de sécurité sociale », estime Mitchel Kazatchkine, directeur du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Dans les pays d’Europe de l’est, les programmes de réduction des risques ont peu de chances d’apporter des résultats car ils ne sont pas soutenus par les gouvernements. Dans certains pays, ils sont même interdits.

La gratuité des aiguilles hypodermiques et les traitements de substitution à la méthadone ont prouvé leur efficacité dans la lutte contre le VIH. 40% des toxicomanes européens consommant par voies intraveineuses reçoivent une aide médicale et peuvent mener une vie plus ou moins normale. La méthadone réduit le nombre d’overdoses mortelles et représente un traitement efficace pour les personnes dépendantes en prison.

Les salles dites “de shoot”, où les toxicomanes peuvent s’injecter leur produit dans un environnement protégé, sont apparues en 1986 en Europe occidentale. Depuis, plus de 90 salles ont été ouvertes. Des études montrent que ces salles de consommation à moindre risque, leur nom officiel, n’ont pas entraîné une augmentation de la consommation ostentatoire de drogue. Des études à Vancouver indiquent même que les crimes liés à la drogue ont diminué avec l’ouverture de ces salles de shoot.

En matière de tabagisme, les pays qui ne se limitent pas à l’interdiction de fumer dans les lieux publics mais proposent aussi des traitements de substitution nicotinique, voient le nombre de patients atteints de cancers du poumon diminuer.

Prévention v. la réduction des risques

L’efficacité des interventions en prévention dans les collèges et lycées n’a pas encore été prouvée. Certaines études affirment même que les campagnes agressives anti-tabac ou anti-drogues sont contre-productives.

Les solutions les plus efficaces sont celles où des jeunes témoignent de leurs mauvaises expériences. Leurs paroles ont plus de poids que celles des enseignants ou même des experts en addictologie. Il existe de nombreux projets de ce type ; Unplugged en est un exemple à l‘échelle européenne.

Quelques associations françaises de réduction des risques

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