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La France présente sa collection automne-hiver de bonnets anti-fiscalité

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La France présente sa collection automne-hiver de bonnets anti-fiscalité

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Les syndicats français CGT et CFDT veulent faire tomber les masques et les bonnets. Ils se sont unis contre “la montée des corporatismes et des poujadismes”, des mots employés par Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. Quand il y a “une déliquescence du lien social et des problèmes économiques et sociaux graves”, a-t-il expliqué,“il est de la responsabilité des syndicats de se parler”. La CFDT et la CGT, il y a encore peu de temps en désaccord sur les réformes de la retraite et du marché du travail, comptent établir un front commun pour s’attaquer à la fiscalité. Une négociation sur la réforme fiscale a débuté à Paris à l’initiative du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Concernant l‘écotaxe en particulier, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a indiqué qu’elle pourrait être modifiée dans le cadre de la prochaine loi de finances. La mise en place de l‘écotaxe devrait alors être repoussée à janvier 2015.

Les “Bonnets rouges” maintiennent néanmoins la pression en se rassemblant à Carhaix, dans le département du Finistère. Les Bretons ont lancé cette mode automne-hiver le 28 octobre dernier à Pont-de-Buis, toujours dans le Finistère. Coiffés d’un bonnet rouge, les membres du collectif “Vivre, décider et travailler en Bretagne” n’avaient qu’une idée en tête, régler son compte à l‘écotaxe, la goutte qui a fait déborder le vase fiscal. Le rassemblement d’agriculteurs, de pêcheurs, d’ouvriers, d’artisans, de chefs d’entreprises voulait aussi tirer la sonnette d’alarme face à la multiplication des plans sociaux dans le secteur de l’agroalimentaire en Bretagne. Le 2 novembre à Quimper, la marée rouge était montée jusqu‘à 20.000 voire 30.000 personnes protestant contre l‘écotaxe. Quatre manifestants et un policier avaient été blessés.

Les chefs de la fronde sont Christian Troadec, maire de Carhaix depuis 2001, et Thierry Merret qui se qualifie lui-même de “simple paysan qui produit des artichauts”. Ils se disent tous deux authentiques, des purs et durs de la cause bretonne. Ils se sont d’ailleurs inspiré de la “révolte des Bonnets rouges” menée pendant plusieurs mois par des paysans de Basse-Bretagne pour dénoncer une hausse des taxes sous Louis XIV, en 1675. Christian Troadec n’en est pas moins un politique, élu divers-gauche et créateur de deux collectifs précédents, “Nous te ferons Bretagne” puis “Mouvement Bretagne et progrès”, à l’occasion d‘élections régionales. Thierry Merret a la fibre syndicale, il est président de la FDSEA du Finistère, et il a un penchant pour la médiatisation. Depuis la cérémonie houleuse du 11 novembre dernier à Paris, à l’issue de laquelle des “Bonnets rouges”, vrais ou faux, avaient été interpellés, les deux Bretons ne cessent de dénoncer une “récupération“de leur mouvement.


Sous les bonnets rouges aperçus sur les Champs-Elysées le 11 novembre, il y avait en effet des têtes bien différentes. Certains avaient répondu à un simple appel lancé sur les réseaux sociaux pour protester contre le “matraquage” fiscal, d’autres appartenaient à différents groupuscules d’extrême droite (ou de droite extrême, si on ne doit plus employer le premier terme) comme Renouveau français. Il y avait aussi des militants du Printemps français, hostiles au mariage homosexuel (Quel rapport avec l‘écotaxe, la fiscalité ou le 11 novembre ?), et des partisans d’un nouveau mouvement intitulé “Hollande démission”, qui n’a que cette unique revendication. Le président d’honneur du Front national, Jean-Marie Le Pen, a également porté le bonnet rouge le temps d’une photo, par opportunisme ou pour rappeler ses origines bretonnes ?!

Au coeur même de la Bretagne, il est difficile de reconnaître les siens. Le collectif Révolte bretonne, qui prône l’autonomie, avait tenté d’organiser une manifestation à Saint-Brieuc, mais “Vivre, travailler et décider en Bretagne” ne voyait pas l’initiative d’un bon oeil. La protestation s‘était transformée en consultation de la population. Les ex-salariés d’un abattoir de la société Gad, maintenant au chômage, ne semblent plus croire vraiment au combat des “Bonnets rouges”, le message est trop brouillé. Sur le réseau social Twitter, le “rouge” initial commence également à se diluer, au milieu de toutes les autres couleurs. Chaque nouvelle association choisit désormais un bonnet de couleur différente comme emblème de sa lutte.

Les “Bonnets verts” sont partis en guerre contre l’augmentation de la TVA pour les transports publics qui devrait entrer en vigueur dès le mois de janvier. Cette TVA passerait de 7% à 10%, et l’Association des voyageurs-usagers des chemins de fer dénonce par avance l’augmentation de 3% des billets de train. Le collectif des “Abeilles”, qui regroupe des employés et responsables des petites compagnies d’assurances et des mutuelles, a coiffé un bonnet jaune qui s’accorde avec son écharpe jaune et noire. Il se bat pour la liberté de choisir une complémentaire santé qui est mise en péril, selon lui, par le projet de loi de financement de la Sécurité sociale. Les “Bonnets orange” ont pour leur part défilé plusieurs fois à cheval dans les rues pour protester contre la hausse de la TVA sur les centres équestres. “Pour beaucoup de centres, la hausse sera fatale”, a indiqué le président de la Fédération française d‘équitation.

Le journal Minute qui fait feu de tout bois pour faire parler de lui, y compris en utilisant la haine et le racisme, a voulu profiter du phénomène. Il proposait d’offrir un bonnet rouge, “100% fait en France” précisait-il, à chaque nouvel abonné. Du rouge pour une publication d’extrême droite, c’est étrange ! Quoi qu’il en soit, sa commande de bonnets n’a pas abouti. Le créateur du fameux couvre-chef rouge a refusé. Il est Français, Breton, il s’appelle Farès Hamida, son père est d’origine algérienne.

Les “Bonnets rouges” n’ont pas intérêt à pousser le bouchon trop loin. Les Français semblent lassés par les destructions de portiques écotaxe, de radars et autres…En Bretagne, quatre portiques et au moins 13 radars ont été incendiés. La casse d’un seul portique peut coûter jusqu‘à un million d’euros aux contribuables. Dans un sondage, 57% des Français réclament un cessez-le-feu. De l‘étranger, cette “révolte des bonnets” paraît cocasse. Si René Goscinny était encore de ce monde, il en aurait certainement tiré un bon scénario pour Astérix !