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Chili : une élection pour le changement

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Chili : une élection pour le changement

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L’une est de gauche, l’autre de droite. L’une veut rompre pour de bon avec l’héritage Pinochet, l’autre le revendique. Michelle Bachelet, ex présidente, face à Evelyn Matthei, ex ministre du Travail. Deux femmes pour un fauteuil de présidente qui s’affronteront contre toute attente au second tour des présidentielles chiliennes. Michelle Bachelet était sensée passer dès le premier tour. Mais Evelyn Matthei a réussi l’exploit de déjouer les prévisions en obtenant 25% des voix.

Michelle Bachelet devrait l’emporter selon toute vraisemblance mais pour mettre en oeuvre ses réformes il lui faudra l’appui du parlement. La constitution datant de 1980, sous Pinochet rend difficile les réformes sans majorité parlementaire. Or la réforme de la constitution, qu’aucun président depuis le dictateur n’avait osé toucher, c’est justement l’un des premiers changements que veut faire passer Michelle Bachelet, avant sa grande réforme de l‘éducation.

Michelle Bachelet : “Nous allons lancer un processus qui nous permettra d’avoir une nouvelle constitution. Une Constitution que nous représentera tous, une constitution moderne, qui consacre l’idée d’un Etat ​​social qui garantisse les droits et l’exercice de ces droits pour les citoyens. Et l’action de transformation la plus profonde que nous devons entreprendre, c’est la réforme de l‘éducation. Cette réforme assurera une éducation publique de qualité, gratuite et à but non lucratif, pour tous, parce que l‘éducation est un droit social et non un bien de consommation”.

Des promesses que les étudiants régulièrement dans les rues ont bien l’intention de voir se réaliser. Ils n’ont pas lâché la pression jusqu’au dernier moment. Ce qu’ils veulent : la gratuité de l’enseignement dans un pays ou il faut s’endetter pour faire des études supérieures.

Le néo-libéralisme à la chilienne hérité de Pinochet avait aboutit à la privatisation des systèmes sociaux, de l‘éducation et de la santé. Il y a mieux à faire avec l’argent du pays selon Evelyn Matthei, ,mais Michelle Bachelet s’est engagée elle à changer tout ça cette fois-ci. Très peu mobilisés au premier tour, les Chiliens qui se déplaceront aux urnes le 15 décembre lui accorderont sans doute leur confiance mais les réformes ambitieuses que Michelle Bachelet veut mettre en oeuvre ont un coût, que beaucoup de personnes ne sont sans doute pas prêtes à assumer.

Marta Lagos : l‘échec du “Pinochetisme”

Beatriz Beiras, euronews:
Pour analyser les résultats de ce premier tour de la présidentielle chilienne, nous rejoignons Marta Lagos à Santiago du Chili. Bonjour Mme Lagos, vous êtes analyste politique, directrice fondatrice de la Compagnie Latino Barometro. Les Chiliens vont retourner aux urnes le 15 décembre. Le vote d’hier n’a pas été définitif pour Michèle Bachelet, qui a manqué la présidence de trois points. Peut-on parler d’ “amère victoire” pour Michèle Bachelet et d’“échec plus doux” pour Evelyn Matthei?

Marta Lagos
Je dirais plutôt qu’il s’agit d’un échec cuisant pour la droite chilienne, parce qu’après un seul gouvernement d’alternance, elle rend le pouvoir à la coalition qu’elle avait sortie du pouvoir. L‘échec aujourd’hui à mon avis, il est pour une droite orientée très à droite, d’extrême droite, avec un candidat dont le parti rassemble le plus d’ex-membres du gouvernement Pinochet. C’est aussi un échec du “pinochetisme”, il y a une énorme attente au centre.

euronews:
Aucune des deux candidates ne pourra compter sur l’appui des autres candidats qui ont déjà dit qu’ils ne les soutiendront pas. Cela va-t-il se traduire par plus de polarisation dans la deuxième phase de la campagne?

Marta Lagos:
Le grand problème pour le second tour, c’est la participation. Hier, nous avons constaté que seuls 49 % des chiliens se sont rendus aux urnes, c’est le taux de participation le plus bas depuis 1990 au Chili, et c’est le taux le plus bas dans la région depuis le retour de la démocratie. En ce moment on touche le fond en terme de représentation politique. Ici, ce qui est en jeu, c’est la construction d’une démocratie qui permette la convocation de tous les citoyens, et le système électoral binominal qui est un héritage de Pinochet ne permet pas cette représentation, et c’est ça qui est en jeu dans ces élections.

euronews:
Michelle Bachelet propose aux Chiliens une série de réformes qui incluent un changement de la constitution héritée de la dictature, une hausse des impôts pour les grandes entreprises, et l‘éducation gratuite et de qualité. Pensez-vous que sa coalition a l’assise suffisante au Parlement pour réaliser toutes ces réformes?

Marta Lagos:
Oui, la nouvelle majorité dispose de 20 députés et de 5 sénateurs supplémentaires, elle a les 4 septièmes nécessaires pour réaliser certaines des réformes. Il lui manque encore deux ou trois sénateurs selon les comptes, pour pouvoir mener la réforme constitutionnelle. Elle a suffisamment d’appui dans la chambre basse pour la réforme constitutionnelle, mais elle n’a pas assez de voix dans la chambre haute, il lui manque deux ou trois voix… Mais hier les Chiliens qui sont allés aux urnes ont voté pour le changement, ils ont voté pour une transformation. Je crois que le message a été très clair aux législatives d’hier, ils ont donné un parlement très puissant au nouveau président pour lui permettre de mener les réformes.

euronews:
De surcroît, plusieurs dirigeants du Mouvement des étudiants sont entrés au parlement, n’est-ce pas?

Marta Lagos:
Quatre dirigeants du Mouvement des étudiants 2011 sont entrés au parlement, certains d’entre eux ont été élus avec une majorité écrasante, ce qui donne un grand appui au mouvement des étudiants. Selon les sondages, le mouvement a 87 pourcent de légitimité dans la population, et ça donne beaucoup de force à la réforme de l’enseignement. Maintenant, le seul problème c’est que nous avons une conjoncture économique négative, le prix du cuivre a chuté… Il faut financer cette réforme et le Chili devra très probablement s’endetter pour la financer. mais grâce à dieu, nous n’avons pas de dette, et j’espère bien qu’on aura les crédits.