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Les indiens Hopi récupèrent leurs masques sacrés grâce à la ruse

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Les indiens Hopi récupèrent leurs masques sacrés grâce à la ruse

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La cavalerie américaine est intervenue juste à temps, mais pour une fois en venant au secours des indiens ! Lundi dernier à Paris, une vente aux enchères d’objets sacrés de la tribu Hopi a eu lieu à l’Hôtel Drouot. 21 Katsinam, des masques qui symbolisent les esprits des Hopis et sont portés lors de cérémonies religieuses, ont été proposés à des collectionneurs. Ils ont été achetés à des prix supérieurs aux estimations, pour un montant global de 520.375 euros. “Le peuple paisible”, comme se nomme la tribu amérindienne installée en Arizona, n’a rien pu faire. Son référé afin d’obtenir la suspension de la vente aux enchères avait été rejeté par le Tribunal de grande instance de Paris. L’organisation de défense des peuples indigènes Survival International avait également été déboutée.

Mais oh surprise ! Derrière les appels téléphoniques passés depuis l‘étranger pour acquérir les objets sacrés se trouvait une fondation privée américaine. Ce n’est que ce mercredi qu’elle a révélé son identité, expliquant qu’elle avait rusé pour ensuite rendre les Katsinam aux Hopis. Gregory Annenberg Weingarten, le directeur de la fondation dont le siège se trouve à Los Angeles, a mis les choses au clair. “J’ai été frappé par le pouvoir étrange et la beauté de ces objets, a-t-il dit, mais ils sont sacrés et n’appartiennent pas aux maisons de vente aux enchères ni aux collections privées”. En apprenant la bonne nouvelle, un chef de la tribu a déclaré “C’est un grand jour, non seulement pour le peuple Hopi mais aussi pour la communauté internationale dans son ensemble”.

“Pour ces indiens du groupe des Pueblos, a expliqué à Euronews le directeur de Survival International France, Jean-Patrick Razon, les Katsinam, des masques peints et décorés de plumes, sont des esprits amis qui n’appartiennent à personne en particulier mais à la communauté Hopi toute entière. Ils ne doivent surtout pas être cédés, vendus, ni être photographiés ou même dessinés, toute présentation publique est considérée comme une grave offense”. Les Hopis vénèrent une trentaine d’esprits qui se cachent au milieu de la nature. Ils font appel à eux en dansant pendant des jours, par exemple pour faire venir la pluie. Pour ce peuple d’agriculteurs qui vit sur des terres très arides, les danses sacrées sont liées au rythme des récoltes.

Cérémonie en Arizona pour la restitution aux Hopis d’un objet sacré récupéré par Survival International

Ce qui est sacré pour les sociétés de vente aux enchères, ce sont les sommes qui s’envolent. Pour la deuxième fois en huit mois, la justice française leur a donné le feu vert. Le 12 avril dernier à Paris, les réclamations des Hopis avaient déjà été ignorées, 70 Katsinam avaient trouvé preneurs pour un total de 930.000 euros. Ces pièces, qui sont très rares, sont par conséquent prisées par les collectionneurs du monde entier. Survival International tente toutefois l’impossible en envoyant des représentants aux ventes aux enchères pour discuter avec les acquéreurs. En avril, un acheteur venu du Texas s‘était laissé convaincre et avait restitué deux masques sacrés à la tribu Hopi. L’avocat Pierre Servan-Schreiber, mandaté par l’organisation de défense des peuples indigènes, avait également acheté l’un des Katsinam qui a été rendu ensuite aux indiens en juillet dernier.

Les Hopis sont actuellement près de 18.000 à vivre dans une douzaine de villages dans le nord-est de l’Arizona. “Il est regrettable que la loi française permette de nous infliger les mêmes spoliations culturelles et religieuses que nous avons subies par le passé”, déclare l’un de leurs chefs, Leroy N. Shingoitewa”. “Considéreriez-vous comme une offense que des objets liés à l’Holocauste soient mis en vente au meilleur enchérisseur ?”

La photographie qui se trouve en tête de cet article est celle du Hopi James Kootshongsie, mort en 1996