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Menace terroriste en Russie, les veuves noires sèment la mort


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Menace terroriste en Russie, les veuves noires sèment la mort

Même lieu, même arme: une femme.
En octobre dernier, deux mois auparavant, un attentat dans un bus déjà à Volgograd faisait 6 morts. La responsable: Naida Asiyalova, une kamikaze originaire du Daguestan, amie de celle qui a tué 14 personnes dimanche.
Des femmes devenues l’arme privilégiée des islamistes du Caucase, acquise à la cause d’un homme Doku Oumarov, leader de la rebellion islamiste, ennemi numéro un du Kremlin qui jurait en juillet dernier dans un message video de tout faire pour empêcher la tenue de JO de Sotchi.

A 49 ans, Oumarov est déjà un vieux combattant. Survivant des deux guerres de Tchétchénie. Simple combattant pour l’indépendance au début, opposé aux méthodes terroristes, il se radicalise et se fondamentalise au milieu des années 2000. Aujourd’hui il appelle au djihad contre la Russie.

Entre 1991 et 1999, il devient président de la République thétchène d’Itchkérie autoproclamée indépendante jusqu‘à la deuxième guerre de Tchétchénie. En 2007, il prononce sa dissolution pour la transformer en émirat du Caucase, un territoire englobant aussi entre autre le Daguestan, l’Ingouchie ou l’Ossétie du nord. Lui se proclame émir et distribue les cartes de la rebellion.

En mars 2010, il revendique l’attentat dans le métro de Moscou qui fait 39 morts.
Un crime commis par deux femmes kamikazes. Maryam Sharipova 28 ans, directrice adjointe de l‘école d’un village, et Djennet Abdoullaeva, 17 ans. Elle était la toute jeune veuve d’Oumalat Magomedov, chef de la rébellion islamiste au Daguestan. Ces femmes-kamikazes épousent la cause de leur mari, frère, fils, tués par les forces russes.

Surnommée les veuves noires, elles ont fait leur apparition sur la scène publique pour la première fois en 2002, lors de la prise d’otage du théâtre de la Doubrovka à Moscou. Elles étaient plusieurs parmi les preneurs d’otages. C’est là que le monde les découvre. Depuis, elles sont devenues de plus en plus actives, radicalisées elles aussi mais aussi utilisées en priorité par des hommes pour qui la vie d’une femme compte bien moins que celle d’un homme. Leur sacrifice est acceptable puisqu’elles ne pourront jamais prendre les armes. Une manière aussi pour ces fondamentalistes de frapper fort à moindre coût.

Mais le spécialiste des risques dans les affaires russes, Matthew Clements à Londres, n’y croit pas.

“Euronews : Matthew, deux bombes en 24 heures, qui est responsable ?

Matthew Clements : Les activistes islamistes du Nord Caucase sont sans doute les instigateurs. Ils ont déjà perpétré des attentats-suicides contre des civils dans le passé. Nous pensons que ces explosions à Volgograd ont pour but de créer un climat d’insécurité qui pourrait peut-être même dissuader certains visiteurs des Jeux olympiques de Sotchi.

Euronews : De quelles ressources disposent-ils ? Peuvent-ils poursuivre longtemps cette campagne de terreur si l’on peut qualifier cela de campagne ?

Matthew Clements : Ils perpétuent régulièrement des attentats dans les républiques du Nord Caucase comme le Daguestan, l’Ingouchie ou la Tchétchénie, depuis près de 10 ans. Sans oublier leurs attaques sporadiques dans d’autres régions de la Russie. Mais nous semblons assister à une accélération de cette campagne pour un plus grand sentiment d’insécurité avant les Jeux d’hiver. Il y a donc un risque que ces groupes prennent pour cible le sud de la Russie et certaines grandes villes comme Moscou.

Euronews : Vous dites que la cible ultime serait les Jeux olympiques de Sotchi. Vladimir Poutine a-t-il un quelconque contrôle là-dessus ?

Matthew Clements : Nous observons que les Russes ont mis en place un système de sécurité très strict autour des installations des Jeux d’hiver à Sotchi, et même à travers l’agglomération voisine de Krosnodar. Il y a donc peu de chance que les terroristes parviennent à attaquer les installations des Jeux olympiques. Les cibles les plus fragiles sont les transports de la région et d’autres parties du sud de la Russie. Et, encore une fois, Moscou n’est pas à l’abris parce que l’impact psychologique d’une telle attaque pourrait endeuiller les Jeux. La réputation du gouvernement, ou même celle de Vladimir Poutine, seraient entachées.

Euronews : Pourriez-vous identifier les personnes qui ont perpétré ces attentats ?

Matthew Clements : Non, pour le moment il n’y a pas assez d’informations pour identifier ces individus. Les communiqués de la police russe sur le déroulement de la matinée montrent que les éventuelles cibles ont changé à plusieurs reprises. Une chose semble certaine, les deux attaques de Volgograd étaient des attentats-suicides et dans les deux les kamikazes auraient été des hommes. Au-delà de ça, on ne peut pas affirmer grand chose sur ces personnes.”

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