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Alexis Tsipras, le jeune loup de la gauche européenne


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Alexis Tsipras, le jeune loup de la gauche européenne

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Dans les rues d’Athènes, on trouve encore des passants qui ne connaissent pas Alexis Tsipras, mais ils deviennent de plus en plus rares. Le dirigeant du parti de la gauche radicale Syriza, aujourd’hui âgé de 39 ans, a été désigné par la gauche européenne pour la représenter dans la course au poste de président de la Commission qui sera nommé une fois le nouveau Parlement élu le 25 mai prochain.

Originaire d’Athènes, Alexis Tsipras est tombé très tôt dans le bain de la politique : il n’a que 17 ans lorsque membre du parti des jeunes communistes, il prend la tête des actions de protestation contre les réformes dans l‘éducation au début des années 90. Très peu connu à l‘étranger il y a encore deux ans, il finit par se faire un nom quand son parti devient la deuxième force au Parlement grec à l’issue des élections de 2012. Ses partisans sont ceux qui ont le plus souffert de la crise financière et du plan d’austérité qui ont mis l‘économie grecque à genoux ces quatre dernières années. Débordants de colère, ils voient alors un espoir dans le leader de Syriza.

Mais incapable de former un gouvernement, il finit par prendre la tête de l’opposition grecque. Il entend continuer le combat contre l’austérité en Grèce, mais aussi sur un deuxième échelon : l’Europe.

En pleine campagne pour les européennes et pour les municipales dans son pays – deux scrutins prévus en mai -, nous le rencontrons sur l‘île de Syros, au sud-est d’Athènes. Le dirigeant politique a peu de temps à nous accorder. Sa priorité, ce jour-là, c’est de rencontrer les habitants et préparer un discours pour un meeting qui a lieu le soir même. Leitmotiv de son intervention : l’Union européenne et en particulier la troïka, ainsi que les différents gouvernements grecs qu’il estime responsables du plan de sauvetage qui a conduit à des baisses de salaires et à des hausses d’impôts. “Nous devrions féliciter ce gouvernement et les deux précédents pour ce qu’ils ont fait depuis 2010 parce qu’ils ont réussi à anéantir les classes moyennes de ce pays et à faire grimper le taux de chômage à 30 % et à 60 % chez les jeunes !” lance Alexis Tsipras avec ironie, “ils sont aussi parvenus à faire quitter le pays à 300.000 jeunes scientifiques brillants et à faire d’eux des migrants”.

Sous l‘étiquette des Jeunes Communistes et de Syriza, Alexis Tsipras n’a eu de cesse de condamner les politiques européennes jugées néo-libérales. Mais aura-t-il les moyens de changer la donne au niveau européen ? Certains de ses proches pensent que oui. Son ami, Mantheos Tsimitakis se rappelle que dès l‘âge de 17 ans, il maîtrisait ses dossiers (sur l‘éducation à l‘époque) et “était en mesure de négocier”.

Mais pour passer du leader étudiant de 17 ans à la figure politique nationale, Alexis Tsipras a dû changer, sans évidemment parvenir à faire l’unanimité. S’il est un héros pour une partie des Grecs parce qu’il veut s’attaquer aux effets collatéraux de la politique européenne, pour l’autre partie, il représente un danger pour l’avenir du pays au sein de l’Europe.

Même s’il doit parfois tirer un trait sur sa tranquillité de père de deux fils et renoncer à la moto pour se doter de gardes du corps, Alexis Tsipras endosse avec ambition, son nouveau costume : celui de candidat de la gauche européenne à la présidence de la Commission. L’homme affirme ne pas être anti-européen, mais vouloir en finir avec les politiques de rigueur et renforcer la démocratie en Europe. “L’Europe a besoin d’un nouvel accord social, d’un new deal,” déclare-t-il.

Un new deal pour l’Europe, c’est la mesure phare portée dans cette campagne par le candidat grec. Certains économistes comme Babis Papdimitriou le voient comme le porteur d’un message plutôt que comme un prétendant sérieux au poste de président de la Commission. “La Grèce est un pays qui a beaucoup souffert, le peuple grec également”, souligne-t-il, “donc pour la gauche et ceux qui votent à gauche en Europe, le fait d’avoir un candidat grec, c’est très bien. Mais il est vrai”, ajoute-t-il, “qu’Alexis Tsipras est très éloigné de l’Europe et surtout de la manière dont l’Europe a essayé et lutte encore pour dépasser cette crise”.

Elena Panaritis, économiste et ancienne députée grecque du Pasok (Parti socialiste grec), veut de son côté nuancer l’image du leader de Syriza : “il n’est pas le Tsipras qu’il était il y a encore deux ou trois ans, il a été préparé, il a fréquenté les arcanes du pouvoir, il s’est entretenu avec des dirigeants européens”, affirme-t-elle, “il s’est aussi rapproché des entrepreneurs grecs et du secteur privé du pays”, poursuit-elle avant de conclure : “il est assurément de gauche, mais il est certainement devenu moins radical”.

Il est clair qu’Alexis Tsipras est un homme politique sur lequel il faudra compter vu sa progression dans les sondages réalisés en Grèce. Pour autant, beaucoup se demandent s’il ne pourrait pas plus devenir le prochain Premier ministre grec que le nouveau président de la Commission. “Nos adversaires politiques en Europe préfèreraient me voir diriger la Commission plutôt que le gouvernement grec !” assure le principal intéressé, sourire aux lèvres, “parce qu’ils savent bien que s’il y a un vrai changement politique radical en Grèce, ils auront beaucoup de mal à continuer de suivre leur agenda politique en Europe !”

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