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Opération "Bordure protectrice", le risque d'une guerre ouverte


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Opération "Bordure protectrice", le risque d'une guerre ouverte

L’armée israélienne poursuit son offensive meurtrière contre la bande de Gaza.

Les frappes israéliennes font chaque jour un nombre croissant de pertes civiles, en témoignent les images tournées par nos correspondants.

L’opération “Bordure protectrice” lancée par Tsahal le 12 juin dernier a engendré un nouveau cycle de violences, le plus grave depuis l’opération “Pilier de Défense” en novembre 2012.

Elle a été déclenchée après le rapt puis le meurtre de trois étudiants israéliens en Cisjordanie, attribué par Israël au Hamas, suivi de l’assassinat d’un jeune Palestinien brûlé vif à Jérusalem par des jeunes extrémistes juifs.

Du côté de la communauté internationale, l’inquiétude grandit. Israël n’exclut pas une offensive militaire terrestre et le risque de guerre ouverte est palpable.

Gilles Kepel : “le Hamas va, un jour ou l’autre, être obligé de tirer ses dernières salves”

Entretien avec le politologue français Gilles Kepel, spécialiste de l’islam et du monde arabe contemporain.

Sophie Desjardin, euronews

Gilles Kepel, vous êtes spécialiste de l’Islam, des mouvements djihadistes et du monde arabe en général. C’est une situation très complexe dont nous sommes témoins actuellement, entre Israël d’un côté, le Hamas d’un autre et le Fatah, je dirais, presque au milieu. Chacun détient une clé qui peut infléchir le cours des événements.
Commencons par le Hamas. Le mouvement est de plus en plus isolé après le “lachâge” de l’Egypte notamment, ces provocations contre Israël sont-elles une fuite en avant ? que cherche t-il?

Gilles Kepel :

“Le Hamas est en train de jouer une partie complexe.
La première c’est de faire en sorte de montrer qu’il existe toujours, qu’il est le symbole de l’identité palestinienne au moment où il a dû renoncer à son indépendance, accepter que la bande de Gaza repasse sous l’autorité de l’autorité palestinienne et approuver ce gouvernement d’unité. Même s’il y a encore beaucoup d’armes à Gaza, si on peut en fabriquer sur place, néanmoins avec un Iran plus discret et avec une Egypte plus vigilante, le Hamas va un jour ou l’autre être obligé de tirer ses dernières salves”.

euronews:

Paradoxalement, après la réconciliation fantoche entre le Fatah et le Hamas, Mahmoud Abbas n’a rien fait pour reprendre la main sur Gaza. Les Gazaouis se sentent lâchés et le Hamas de fait se renforce à nouveau parmi les Palestiniens y compris en Cisjornadie. Quelle option Abbas a-t-il entre les mains?

Gilles Kepel :

“Pour l’instant, Mahmoud Abbas ne peut pas faire grand chose dans la mesure où il n’a pas la main politiquement et il se trouve pris entre l’enclume et le marteau. Si le Hamas est suffisamment affaibli, ça fait ses affaires parce qu’il est le seul qui reste. Si le Hamas au contraire en tire une victoire politique, il prendra son mal en patience et attendra que le Hamas soit ruiné financièrement ou battu militairement”.

euronews :

En Israël, on assiste à des manifestations de pacifistes mais parallèlement, l’extrême droite et l’extrémisme se renforcent. On est passé de slogans “mort aux terroristes” à “mort aux arabes”. Benjamin Netanyahu peut il se permettre d’opter pour la manière forte?

Gilles Kepel :

“Benjamin Netanyahu d’emblée s‘était opposé avec virulence au gouvernement d’unité contre l’avis d’un certain nombre de ses conseillers et ensuite il a fait monter la mayonnaise, si j’ose dire, pensant qu’il pouvait ainsi infliger des coups déterminants au Hamas. Le problème c’est que ça a renforcé ceux qui voulaient appliquer la loi du talion et ça a dérapé à partir du moment où le jeune palestinien a été assassiné puisque jusqu’alors d’une certaine façon, le droit était du côté d’Israël entre guillemets, c’est à dire que les critiques contre Israël étaient très faibles (…. )Du coup, dans l’opinion internationale les torts ont été équilibrés et de ce fait Netanyahu est dans une position plus difficile en terme d’image internationale”.

Sophie Desjardin, euronews :

Quelles sont les risques, notamment avec les djihadistes qui s’illustrent en Irak et en Syrie en embuscade d’aller jusqu’au bout contre le Hamas?

Gilles Kepel :

“Il existe déjà des djihadistes à Gaza et le Hamas n’occupe pas la totalité du terrain de l’islamisme justement. Le Hamas est dans une position qu’on ose à peine appeler centriste, mais c’est ainsi, puisque le Hamas regroupe la mouvance des Frères musulmans mais comporte aussi des branches armées qui obéissent à son commandement politique, jusqu‘à un certain point.
Si le Hamas est écrasé politiquement alors ça veut dire qu’un certain nombre de branches armées autonomes qui ne raisonnent plus en terme politique vont prendre le dessus à Gaza”.

Gilles Kepel est l’auteur notamment du livre “Passion arabe”, paru chez Gallimard (2013), dans la collection Témoins.

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