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Les confidences d'Arseni Iatseniouk avant sa démission

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Les confidences d'Arseni Iatseniouk avant sa démission

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Après trois mois de combats contre les séparatistes pro-russes, les autorités ukrainiennes continuent leur lutte pour maintenir leur identité et leur indépendance contre Moscou. Quelques heures avant de présenter sa démission, le désormais ancien Premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk s‘était confié à notre correspondant à Kiev, Sergio Cantone.

Sergio Cantone. Euronews:
Pensez-vous que la Russie acceptera, après de nouvelles sanctions, une sorte de cessez-le-feu et de vraies négociations ?

Arseni Iatseniouk, ancien premier ministre de l’Ukraine:
Une chance existe encore, il y a une pièce prête pour accueillir ces discussions, Mais le seul et unique modèle de négociations que le gouvernement ukrainien peut accepter est le format de Genève: les Etats-Unis, l’Union Européenne, l’Ukraine et la Russie. Nous avons toujours une pièce à disposition mais nous devons aussi avoir une cellule, une cellule de prison pour ceux qui commettent ces crimes internationaux.

Euronews:
Qu’attendez vous des semaines à venir ? Pensez-vous que ce pays que vous mentionnez pourrait augmenter sa pression contre l’Ukraine?

Arseni Iatseniouk:
Tout dépend des objectifs ultimes du président Poutine et de ses alliés proches. Nous considérons toujours que l’objectif de la Fédération de Russie est de d‘éliminer l’Ukraine, de rayer notre pays de la carte du monde…pas de permettre à l’Ukraine d’intégrer la grande famille de l’UE, pas de permettre à l’Ukraine de rester un pays indépendant et libre. Nous nous battons pour notre paix et nos libertés. Nous nous battons pour notre pays, pour notre patrie et pour le futur. A partir de là, ceux qui se battent contre nous sont du côté sombre.

Euronews:
Maintenant, compte tenu de cette situation très compliquée pour l’Ukraine, pensez-vous que le bon moment est venu, d’un point de vue de politique interne, de politique nationale, de dissoudre le parlement et de provoquer de nouvelles élections, le plus rapidement possible ?

Arseni Iatseniouk:
Nous n’avons que deux options: être ou ne pas être.
D’une part, la Chambre doit adopter un plan d’austérité, nous devons imposer des réformes et pour cela nous devons maintenir une certaine stabilité et une majorité au parlement.
D’autre part, nous devons entendre la volonté du peuple ukrainien. Il souhaite reprendre et modifier le parlement, en avoir un nouveau, une majorité des ukrainiens demande des élections parlementaires anticipées. Avoir des élections anticipées est une décision qui pourrait être prise une fois que nous aurons imposé la paix et la stabilité dans l’est de l’Ukraine.

Euronews:
Ne pensez-vous pas, dans tous les cas, qu’il y ait un vrai besoin de donner des réponses politiques aux citoyens de l’est du pays, ces gens qui souffrent actuellement de la guerre ? Il y a, d’un point de vue politique, une sorte de manque de représentation pour eux. Quel est votre message pour ces personnes en vue de possibles élections anticipées?

Arseni Iatseniouk:
Tout d’abord, permettez-moi de clarifier certaines choses, car vous ne connaissez probablement pas la réalité du terrain en Ukraine. La majorité des présidents, des premiers ministres et des autres membres des gouvernements ukrainiens étaient originaires de l’est du pays.

Euronews:
Ce n’est pas que je ne connais pas les réalités du pays, mais c’est ce que ces gens disent, donc je dois…

Arseni Iatseniouk:
Mais, nous devons encore une fois nous appuyer sur des faits bien réels. Mon deuxième point est que l’est de l’Ukraine a une très large représentation au sein du parlement, ils contrôlent totalement leur parlement régional, leur gouvernement local. Le troisième point, et vous avez raison, nous devons trouver des solutions politiques, Mais d’abord nous devons définir quelles sont leurs demandes politiques. Si, par exemple, cela concerne la langue russe, j’ai été le premier à rappeler que nous avions une loi en vigueur donnant un statut particulier à la langue russe.

Euronews:
Je ne parle pas de la langue russe, je parle des besoins de ces personnes, du fait qu’ils disent qu’ils n’ont pas confiance en Kiev.

Arseni Iatseniouk:
Il y a quelques jours, j‘étais à Slaviansk. Slaviansk est un ancien bastion de ces guerillas dirigées par les russes. Il est exact que près de 30% des personnes indigènes, originaires de l’est ne font pas confiance à Kiev. Et c’est absolument normal. Mais j’ai vu les yeux et les visages de ceux qui ont été libérés par l’armée ukrainienne. Peut-être qu’ils ne nous apprécient pas, mais ils haissent encore plus les guerillas dirigées par les russes.

Euronews:
Une dernière question: allez-vous leur offrir la possibilité de voter pour leur propre gouverneur, dans le cadre d’une décentralisation par exemple ?

Arseni Iatseniouk:
C’est l’idée que nous avons. ce soi-disant programme de décentralisation…

Euronews:
Pas de fédéralisation?

Arseni Iatseniouk:
C‘était le programme préparé par les russes pour éliminer l’Ukraine, pour créer un état fédéral et acheter des parts de l’Ukraine.

Euronews:
C’est la raison pour laquelle j’ai utilisé le terme décentralisation.

Arseni Iatseniouk:
Décentralisation. Quelle sorte d’idée avons-nous ? Jusqu‘à aujourd’hui, le président nommait les gouvernement locaux. Nous voulons supprimer cette facon de faire et permettre aux conseils locaux d‘élire directement leurs gouverneurs. Nous sommes prêts à cela et le président a déjàintroduit un amendement à la constitution auprès du parlement.