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Réfugiés syriens en Turquie : l'hospitalité a des limites


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Réfugiés syriens en Turquie : l'hospitalité a des limites

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En Turquie, les réfugiés syriens sont de plus en plus confrontés à l’hostilité des Turcs, notamment dans le sud du pays où les autorités ont du mal à faire face à l’afflux de cette population qui fuit depuis 2011, la guerre civile en Syrie. La situation va-t-elle dégénérer à l’approche de la présidentielle ? Beaucoup se posent la question.

D’après les chiffres officiels, le pays accueille désormais plus d’1,2 million de réfugiés syriens : 22 camps ont été ouverts pour leur offrir un abri et des produits de première nécessité. Celui de Nizip regroupe 11.000 réfugiés, il est géré par le service dédié à l'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO) et une ONG danoise.

Il se trouve non loin de la ville de Gaziantep. Proche de la frontière syrienne, elle est particulièrement concernée par la présence massive de Syriens : ils seraient 400.000 sur place. Ceux qui n’ont pas trouvé de place dans les camps se retrouvent souvent à vivre dans des bâtiments abandonnés, à dormir dans des parcs et à mendier comme Fatma et ses enfants. “On vit dans de très mauvaises conditions,” reconnaît la mère de famille, “on était mieux en Syrie, mais quand les soldats d’Assad ont commencé à nous bombarder, on ne pouvait plus rester là-bas.”

D’autres réfugiés parviennent à trouver des logements à louer dans la ville. Mais les appartements deviennent de plus en plus difficiles à trouver vu le nombre de demandes. Certains propriétaires n’hésitent pas à faire installer des préfabriqués sur les immeubles pour les louer aux réfugiés syriens. “Les prix des biens immobiliers à la location et à la vente ont augmenté de manière incroyable : la hausse est d’environ 70 %,” nous indique un agent immobilier de Gaziantep.

Les plus fortunés ont aussi des structures à leur disposition, notamment trois écoles privées ouvertes dans la ville pour les enfants syriens. Mais pour ceux qui ont peu de moyens – et ce sont les plus nombreux -, les réponses apportées à cette crise par les autorités et les ONG ne suffisent pas face à l’ampleur du drame humanitaire.

Cette présence des Syriens parfois massive génère des tensions avec la population locale à tel point que certains manifestent contre les réfugiés comme le 21 juillet dernier. Les autorités ont interdit ces protestations relayées sur les réseaux sociaux, y voyant des actes d’incitation à la haine. “Les Syriens s’installent dans nos maisons et on n’arrive pas à les faire partir quand ils ne payent pas,” dénonce un habitant de Gaziantep. “Parfois,” ajoute-t-il, “ils nous agressent avec un couteau ou un pistolet, beaucoup de gens ont subi des violences, ils prennent notre argent et nous menacent, nos filles se font harceler dans la rue ; jusqu’où ça va aller ?” s’interroge-t-il. Un autre résident n’est pas de cet avis : “nous sommes vraiment désolés pour cette tragédie qui touche notre pays, non seulement au niveau du gouvernement, mais nous aussi, les Turcs et nous devons continuer d’aider ces gens,” assure-t-il, “je pense que le gouvernement fait assez, on doit être plus tolérant vis-à-vis des Syriens.”

La politique gouvernementale d’accueil sans conditions des Syriens suscite la controverse au sein des partis politiques, mais aussi dans la rue. Une femme que nous rencontrons s’insurge : “les gens qui ne sont pas corrects, qu’on leur fasse quitter la Turquie !” lance-t-elle. “Mais il ne faut pas s’en prendre à ceux qui sont des gens honnêtes : ils ont quitté leur pays et ils sont venus ici par nécessité ; mettez-vous à leur place !” dit-elle, “dans leur cas, on se serait enfui nous aussi !” Un homme qui passe par là lui rétorque : “nous, on n’a pas quitté notre pays, on a fait la guerre ici.”

Le climat s’est détérioré quand les habitants de Gaziantep ont compris que les Syriens allaient probablement s’installer de manière permanente. Et certains passent désormais aux actes : des personnes arabophones ont été prises pour cible dans les transports en commun et dans les rues et des voitures avec des plaques syriennes ont été endommagées. Ces actes racistes risquent-ils de dégénérer ?

Constatant une hausse de la criminalité dans cette région où les Syriens sont de plus en plus nombreux, les autorités ont accéléré leur recensement. Et il n’y a pas que la délinquance qui est mise par certains, sur le compte des réfugiés. Beaucoup dénoncent aussi la répercussion de leur présence sur le marché du travail : les Syriens sont souvent accusés de concurrence déloyale parce qu’il leur arrive de travailler au noir pour des salaires inférieurs.

Tout ce ressentiment pourrait avoir des conséquences politiques à l’approche de l‘élection présidentielle. La maire de Gaziantep de son côté se veut rassurante : elle assure que tout est fait pour empêcher une explosion sociale. “Il faut réformer le marché du travail et protéger nos commerçants et marchands turcs,” souligne Fatma Sahin. “Le gouvernement est en train d‘élaborer une nouvelle loi sur l’immigration, la décision finale sera prise par le cabinet du Premier ministre,” poursuit-elle, “on a aussi demandé la construction d’un nouveau camp pour les réfugiés : il est désormais ouvert dans la ville d’Islahiye.”

Cette crise pèse aussi sur les finances de la Turquie qui a déjà dépensé plusieurs milliards de dollars pour les réfugiés et sur son économie : la guerre a fait chuter ses exportations vers la Syrie. Aujourd’hui, le pays craint un afflux de réfugiés venant d’un autre voisin en proie aux violences : l’Irak.

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