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Tempête Xynthia : 29 morts à La Faute-sur-Mer, à cause de qui ?


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Tempête Xynthia : 29 morts à La Faute-sur-Mer, à cause de qui ?

“Il y a même d’anciens habitants de La Faute-sur-Mer qui ne veulent plus habiter sur le littoral parce que le bruit de l’eau leur fait peur” : c’est ce qu’explique Renaud Pinoit, le président de l’association des victimes de cette petite commune française, située au bord de l’océan Atlantique, en Vendée. Alors, au nom de la population encore traumatisée quatre ans et demi après le passage de la tempête Xynthia, au nom des proches des 29 personnes noyées dans la nuit du 27 au 28 février 2010, il a un tas de questions à poser : pourquoi autant de morts dans une si petite superficie ? Pourquoi y a-t-il eu 2,80 mètres d’eau dans certains secteurs de la station balnéaire ? Pourquoi les habitants n’ont-ils pas été prévenus de l’ampleur de la tempête ? Le procès, qui se déroule aux Sables d’Olonne (Vendée), devra permettre de répondre à ces questions et à bien d’autres concernant les constructions en zone inondable.

Ils sont cinq sur le banc des accusés, l’ancien maire de La Faute-sur-Mer, qui n’a pas été réélu en mars dernier, son ex-première adjointe, le fils de cette dernière, un autre ex-conseiller municipal et un ancien directeur départemental adjoint des Territoires et de la Mer. Ils sont tous poursuivis pour “homicides involontaires aggravés”, les quatre premiers le sont également pour “mise en danger d’autrui par violation délibérée d’une obligation réglementaire de sécurité ou de prudence”. L’avocate de l’association des victimes (Avif) et des 120 parties civiles n’est autre que l’ancienne ministre de l’Environnement, Corinne Lepage; elle a prévenu que ce procès, à ses yeux, devait être “exemplaire” et qu’elle soulignerait notamment la “faiblesse de l’Etat” qui, selon elle, n’aurait pas su imposer à la municipalité de La Faute-sur-Mer de suivre la loi sur les constructions à risque. La petite ville est située sur une bande de terre prise entre l’océan Atlantique et l’estuaire du fleuve Lay. Le lotissement qui a été englouti avait été installé dans une zone normalement classée “rouge”, autrement dit inconstructible car dangereuse.

Là vivaient surtout des retraités dont beaucoup ont connu l’horreur, piégés dans leurs maisons, en pleine nuit, par une montée rapide des eaux. La plupart dormaient tranquillement alors qu’une alerte rouge, la plus forte, avait été lancée le soir par Météo-France pour quatre départements, dont la Vendée. Il faut dire que les habitants du littoral charentais et vendéen, qui avaient déjà subi la violente tempête de décembre 1999, s’attendaient plutôt à une attaque du ciel qu‘à un raz de marée. Cette nuit là, la conjonction de vents d’environ 130 km/h sur la côte (160 km/h sur les îles) et d’une marée de coefficient 102 (77 en 1999) fut exceptionnelle. A 01H00 le 28 février 2010, les pompiers ne signalent rien d’alarmant, mais à partir de 03H00, tout s’emballe…Des digues cèdent, d‘énormes vagues s’engouffrent, des quartiers sont inondés, les gens qui peuvent encore appeler les secours sont paniqués au bout du fil. Dans “la cuvette de la mort” comme on l’a surnommée, l’eau est montée si vite que certains résidents se sont réveillés sur leur lit en train de flotter sur au moins 1,50 mètre d’eau. Et ce n’est rien, si l’on peut dire, à côté des 2,50 mètres dans lesquels se sont déjà noyés d’autres habitants. Dans la région en plus, les maisons sont basses et ceux qui ont un étage ou un grenier sont “chanceux” !

Dans ces conditions dantesques, 29 personnes vont mourir en quelques heures, parfois d‘épuisement au bout de la nuit. Des rescapés se rappelleront toute leur vie les cris de détresse qu’ils ont entendu, affaiblis par le bruit du vent et des flots. Il faudra plusieurs jours pour que les eaux se retirent et pour retrouver tous les corps. Après la tragédie, il y a eu le choc, le désespoir, l’incompréhension, le deuil, le réconfort, puis une reconstruction psychologique difficile, perturbée par une autre souffrance. Les propriétaires survivants du lotissement maudit de La Faute-sur-Mer ont dû se résoudre à revendre leur maison à l’Etat, 522 demeures ont été rasées, représentant environ 25% de l’habitat de la petite ville. Quelque chose n’a pas disparu cependant depuis le désastre Xynthia, c’est ce fond de colère des familles des victimes et leur besoin de comprendre, tout comme le reste de la population, comment un tel drame a pu se produire ? Le procès de Vendée est fait pour cela. Il devrait permettre d’examiner de près les “petits arrangements” entre élus de La Faute-sur-Mer, qui servaient leurs intérêts économiques.

L’ex-maire, René Marratier, est particulièrement montré du doigt, lui qui n’a pas écouté pendant des années, de 1989 à 2014, les mises en garde des autorités concernant la construction en zone inondable. Certains des terrains sensibles appartenaient à sa première adjointe, Françoise Babin, chargée d’ailleurs de l’urbanisme…et l’agence immobilière qui les mettait en vente était dirigée par le fils de celle-ci. Pour boucler la boucle, les maisons des nouveaux lotissements étaient construites pour la plupart par l’entreprise d’un autre conseiller municipal, Patrick Maslin, qui faisait partie de la commission urbanisme de la commune. Ils risquent tous cinq ans de prison au maximum et 75 000 euros d’amende. Le procès doit durer cinq semaines, soit jusqu’au 17 octobre.

La tempête Xynthia a fait 47 morts en France (Le bilan initial de 53 morts a été revu à la baisse). Le département de Vendée a payé le plus lourd tribut avec 35 décès.

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