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L'Hermione, réplique de la frégate de La Fayette, rêve d'Amérique

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L'Hermione, réplique de la frégate de La Fayette, rêve d'Amérique

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Tous les ingrédients étaient réunis pour vivre une belle aventure digne de Jules Verne. Mais qui aurait pu croire que l’idée folle, qui a germé en 1992 dans l’esprit de l‘écrivain et académicien Erik Orsenna et de quelques passionnés du Centre international de la mer, aboutirait à une telle réussite ? La frégate Hermione de La Fayette, qui partit en 1780 prêter main-forte aux Américains pour gagner leur indépendance, a non seulement été reconstruite pièce par pièce à l’identique, mais elle est pratiquement prête à voguer vers l’Amérique début 2015. Afin d’effectuer ses premiers essais, elle a déjà remonté l’estuaire de la Charente et navigué près de l‘île d’Aix (Charente-Maritime); début octobre, le trois-mâts est allé plus loin en suivant l’estuaire de la Gironde pour rejoindre le port de Bordeaux où il a fait escale tout un week-end.

Le port d’attache de l’Hermione est exactement le même qu’il y a plus de deux siècles, Rochefort-sur-Mer (Charente-Maritime) qui était à l‘époque l’arsenal maritime royal de par la volonté de Louis XIV et de Colbert, et le plus prestigieux chantier de construction navale de France. De Rochefort partirent aussi beaucoup d’expéditions scientifiques et botaniques, notamment vers l’Inde, aux XVIIIe et XIXe siècles. La première Hermione fut construite en 1778, le marquis de La Fayette traversa l’Atlantique à son bord deux ans plus tard pour prévenir George Washington de l’engagement à ses côtés d’un nouveau corps expéditionnaire français. La Fayette ne se contenta pas de jouer les émissaires puisqu‘à la tête du régiment Virginie, il participa à la victoire capitale de Yorktown en 1781. Ce n’est pas pour rien qu’il est reconnu depuis comme un héros par les Américains.

C’est le 4 juillet 1997 qu’a débuté réellement le chantier de la nouvelle frégate dans ce qu’on appelle une forme de radoub (cale sèche), presqu’au même endroit où l’originale avait été construite. Il a fallu retrouver le savoir-faire traditionnel d’autrefois, dans de nombreux domaines, de la forge à la voilerie en passant par la charpente. La vie a repris dans l’ancien arsenal de Rochefort-sur-Mer, au bord de la Charente, animée par un ballet continuel de bûcherons, de sculpteurs, de tonneliers, de forgerons, de poulieurs (qui fabriquent les poulies), de voiliers, de gréeurs (qui installent le gréement, servant à manoeuvrer)…Des tonnes de chêne massif, avec sélection des meilleurs arbres dans les forêts françaises afin d’obtenir des pièces courbes, ont été nécessaires pour fabriquer la coque, 17 voiles en toile de lin ont été en partie faites main comme au XVIIIe siècle, un gréement de près de 25 kilomètres de cordage a été réalisé, un ouvrage unique au monde. Une cinquantaine d’entreprises ont été sollicitées mais il a fallu 17 ans d’efforts pour arriver au bout.


Ouf ! Après le navire, les hommes…Un équipage de 78 membres est presque constitué. Une quinzaine d’entre eux sont des marins professionnels, dont le commandant bien sûr, Yann Cariou, un “loup de mer” breton qui était déjà le capitaine du trois-mâts Belem, le bosco (maître d‘équipage), et puis le cuisinier et des matelots. Les bénévoles qui se sont engagés à fond dans le projet ne sont pas oubliés, chef mécanicien et maître voilier ont par exemple été choisis parmi eux. 150 jeunes volontaires venus de toute la France ont également été sélectionnés et formés; il leur faut une sacrée motivation car ce sont les gabiers de l’Hermione, autrement dit ceux qui doivent monter tout là-haut dans la mâture pour manoeuvrer les voiles. Ils seront en tout et pour tout 54 à bord (dont un tiers de femmes), et ce n’est pas gagné parce qu’ils doivent encore faire leurs preuves au cours des sorties actuelles en mer, sinon pas de voyage vers l’Amérique !

L’Hermione remontant l’estuaire de la Gironde:

Bordeaux est le premier grand port français à avoir profité du trois-mâts, qui est resté à quai pour être visité par le public. Puis, les choses sérieuses ont commencé, le bâtiment s’est servi de Brest (Finistère) comme port d’attache afin de tester ses capacités en haute mer. Ayant mérité un peu de repos, il passe l’hiver à domicile, à Rochefort-sur-Mer. Quelques finitions et réglages seront nécessaires avant le “grand saut”. L’Hermione devrait faire route vers les Etats-Unis en avril prochain, un long voyage dont le marquis de La Fayette, dans l’au-delà, devrait être fier. La frégate fera étape dans 13 grandes villes américaines, en premier lieu à Yorktown, symbole de l’indépendance, du 5 au 7 juin. On n’en doute pas, elle y sera accueillie avec ferveur; une fondation “Friends of Hermione in America” a été créée pour organiser toutes les festivités. Et après environ quatre mois de navigation, il faudra toute de même penser à rentrer au port…

Voici les différentes escales américaines:

L’association Hermione La Fayette, qui compte plus de 7 000 membres, a toujours besoin de soutien financier. Voici son site: ­ www.hermione.com