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Italie : témoignage inédit du président Napolitano dans un procès sur la mafia

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Italie : témoignage inédit du président Napolitano dans un procès sur la mafia

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Un président en exercice interrogé comme témoin dans un procès historique sur de présumées tractations secrètes entre l’Etat et la mafia. Un fait inédit en Italie. Giorgio Napolitano a été interrogé ce mardi par les représentants du parquet de Palerme et des avocats des inculpés lors d’une audience à huis clos au Quirinale, le palais présidentiel.

Giorgio Napolitano était à l‘époque des faits président de la Chambre des députés et n’est soupçonné d’aucune implication dans les négociations secrètes.
L’affaire remonte aux années 90, une époque meurtrie par de nombreux attentats commis par la mafia, comme les assassinats des juges Falcone et Borsellino. Pour que le bain de sang s’arrête, des représentants de l’Etat négocieront en secret avec la mafia. En échange de la paix, l’Etat donnera notamment aux prisonniers mafieux des meilleures conditions de détention.

Toto Riina, l’un des plus puissants chefs de la mafia, est sur le banc des accusés. Selon les juges, le choix tactique du pouvoir à l‘époque ne l’a pas empêché d’ordonner d’autres attentats.

Euronews a rencontré en exclusivité le magistrat Nino di Matteo qui instruit le dossier sur les négociations passées entre l’Etat italien et la Mafia dans les années 90. L’actuel chef de l’Etat, Giorgio Napolitano a même été appelé à témoigner.

Sabrina Pisu, euronews :
Le procès des négociations entre l’Etat et la mafia, c’est un peu un procès ou l’Etat se place sur le banc des accusés. L’Etat est-il prêt à s’auto-impliquer dans de crimes aussi sérieux ?

Nino Di Matteo, magistrat italien :
C’est un procès unique en son genre et il concerne une période tragique de l’histoire de notre République. Ce procès vise à comprendre si entre la fin de l’année 1991 et 1994, Cosa Nostra a menacé l’Etat de mener des actes terroristes pour le persuader de faire des choix moins répressif concernant la Mafia. Il s’agit aussi de déterminer si des représentants de l’Etat sont devenus des intermédiaires suite au chantage de la Mafia envers l’Etat. Je crois qu’un Etat, qu’un système légal qui se veut crédible ne doit pas avoir peur de faire face à ces questions difficiles.”

Sabrina Pisu, euronews :
Est-ce que les négociations entre l’Etat et la Mafia ont ralenti ou augmenté les actes terroristes ?

Nino Di Matteo, magistrat :
Quand Cosa Nostra a eu le sentiment que des représentants de l’Etat cherchaient à entrer en contact, peut être comme médiateurs, au lieu de se mettre en retrait, la Mafia a multiplié les tentatives d’actes terroristes.
A un certain moment, la Mafia a compris qu’un niveau élevés d’attaques était payant, parce que qu’en cherchant à négocier, l’Etat a montré qu’il était prêt à céder du terrain. Cosa Nostra, et plus particulièrement Toto Riina, a compris que la stratégie d’attaques à la bombe était la bonne stratégie pour forcer l’Etat à passer un accord.

Sabrina Pisu, euronews :
En tant que magistrat anti-mafia, craignez-vous de nouveaux actes terroristes ?

Nino Di Matteo, magistrat :
L’histoire de la Mafia alterne entre moments de calmes apparents, de moments difficiles, et de soudains retours à la stratégie de la bombe. Je ne crois pas qu’il y ait actuellement des éléments nous permettant de considérer un retour à une stratégie terroriste incluant de violentes attaques contre l’Etat.

Sabrina Pisu, euronews :
Pensez-vous qu’il soit vraiment approprié de demander au chef de l’Etat, Giorgio Napolitano de venir à la barre des témoins ?

Nino Di Matteo, magistrat :
Nous avons expliqué à la Cour pourquoi il était pertinent et essentiel de demander au Chef de l’Etat de témoigner.
La Cour d’Assises a considéré la pertinence de ces arguments et a indiqué que l’article 205 du code de procédure pénale définissait le cadre qui permettait au Président de la République de témoigner.
Je pense que jusqu‘à présent, tout a été fait dans le strict respect de la Loi.

Sabrina Pisu, euronews :
Comment le pôle anti-mafia a-t-il ressenti les accusations selon lesquelles il avait fait chanter le Chef de l’Etat et l’avait humilié avec la révélation d‘écoutes téléphoniques le concernant ?

Nino Di Matteo, magistrat :
Nous sommes tout à fait indifférents à ces accusations car nous savons que ce n’est pas la vérité. Nos intentions ont toujours été de poursuivre la vérité et d’enquêter sur les faits, ceux qui se sont tenus entre 199é et 1993 et qui sont liées aux heures les plus noires de notre pays, de point de vue des actes terroristes menés par le crime organisé.