DERNIERE MINUTE

Vous lisez:

Wolinski, Tignous, Maris...trop d'enterrements pour une journée


monde

Wolinski, Tignous, Maris...trop d'enterrements pour une journée

Ils n‘étaient vraiment pas pressés d’aller au paradis, auquel ils croyaient peu, et les voilà qui font la queue…Deux autres grandes plumes françaises, ou plutôt “mines de crayon” de la bande de Charlie Hebdo, Wolinski et Tignous, ont suivi de près leur pote Cabu, enterré le mercredi 14 janvier dans l’intimité à Châlons-en-Champagne, dans la Marne. Georges Wolinski, qui était âgé de 80 ans, a été incinéré jeudi au cimetière du Père-Lachaise à Paris. Environ 200 personnes, dont de nombreuses personnalités du monde politique et culturel, ont assisté aux obsèques. L’un des tout derniers dessins du célèbre caricaturiste, qui était resté sur sa table de travail, a été exposé dans le hall d’entrée du crématorium. Son cercueil, sur lequel était posé un simple bouquet d’anémones, a été introduit au son de la trompette de Miles Davis. Les cendres de Wolinski ont été inhumées au cimetière parisien du Montparnasse.

C’est dans le cimetière du Père-Lachaise que Bernard Verlhac, alias Tignous, mort à 57 ans, a été inhumé; auparavant, une cérémonie en mémoire du dessinateur a été organisée à la mairie de Montreuil, en Seine-Saint-Denis. A l’intérieur de l’hôtel de ville était disposé son cercueil en bois clair, très simple, sur lequel des amis dessinateurs ont écrit un dernier message. La ministre de la Justice, Christiane Taubira, était présente à cette cérémonie car Tignous était aussi un dessinateur de presse qui suivait les grands procès. “En France, a déclaré Christiane Taubira, on peut tout dessiner, y compris un prophète”. L’humoriste Christophe Alévêque a rendu hommage à Tignous en chantant “Bella Ciao”, la célèbre chanson révolutionnaire italienne. Le trompettiste franco-libanais Ibrahim Maalouf a également joué pour lui.

Wolinski, Tignous, Cabu, Charb et Honoré ont été massacrés tous ensemble le 7 janvier, lors de leur ultime conférence de rédaction dans les locaux de Charlie Hebdo à Paris. Wolinski, comme Cabu, était un dessinateur de presse mythique en France depuis les années 60. Il a notamment été un pilier du féroce journal Hara-Kiri, ancêtre de Charlie Hebdo. Créateur du fameux “roi des cons”, il s‘était en quelque sorte spécialisé dans l’irrévérence totale et les grivoiseries, ce qui ne l’empêchait pas d‘être un amoureux passionné des femmes. Chaque mercredi, dans Charlie, il faisait se rencontrer deux personnages, un gros, dominateur, et un maigre, timide, qui dialoguaient dans un style de brèves de comptoir.

Tignous, d’une autre génération, croquait les travers de la société depuis 1980. Engagé, parfois désespéré, il s’attaquait notamment au capitalisme, dénonçait les inégalités sociales dans l’hebdomadaire Charlie mais aussi dans Marianne. Le caricaturiste participait également à des émissions télévisées en commentant les débats à sa manière, à coups de crayon. Tignous était également l’auteur de bandes dessinées; il avait, par exemple, retracé dans un album le procès d’Yvan Colonna, militant indépendantiste corse condamné pour l’assassinat du préfet Claude Erignac.

Bernard Maris, qui signait “Oncle Bernard” dans les pages de Charlie, a été tué, lui aussi, par les terroristes Chérif et Saïd Kouachi à l‘âge de 68 ans. Cet économiste, qui ne se cachait pas d‘être de gauche, défendait activement la thèse de la décroissance, dénonçant dans le même temps la société de consommation. Il a été enterré ce jeudi 15 janvier à Montgiscard, en Haute-Garonne. Environ 300 personnes, dont les écrivains Emmanuel Carrère et Michel Houellebecq, l’ont accompagné dans sa dernière demeure.
Egalement chroniqueuse à Charlie Hebdo, Elsa Cayat, qui avait 54 ans, est la seule femme à avoir été assassinée par les deux tueurs. La psychiatre a été inhumée dans le carré juif du cimetière du Montparnasse à Paris, en présence notamment du dessinateur Luz, rescapé de la tuerie, et de la maire de Paris, Anne Hidalgo.

Enfin, les funérailles de Franck Brinsolaro, le policier de 49 ans qui servait de garde du corps au dessinateur Charb, se sont déroulées à Bernay, dans l’Eure. Plusieurs centaines de personnes y ont assisté, dont le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve. Certains amis du policier portaient un badge, sur lequel était écrit “Je suis Francky”.

Prochain article

monde

Adieux discrets à Cabu, doux rêveur mais féroce dessinateur